Côte d’Ivoire : Quand la BHCI tombe en faillite sous la gouvernance du grand banquier Ouattara

La Banque pour l’habitat de Côte d’Ivoire (BHCI) va-t-elle mettre la clef sous la porte ? Bien qu’il soit difficile de répondre à cette question pour le moment, il est encore surprenant de se la poser sous le règne du grand banquier Alassane Ouattara, l’ancien fonctionnaire du Fonds monétaire international (FMI).

En effet, même si la banque n’a pas encore déclaré faillite, certains de ses clients, qui n’arrivent plus à entrer dans leurs fonds depuis 2 à 3 mois, pensent qu’elle est au bord du gouffre, en dépit des explications des responsables de l’établissement bancaire. Interrogés, certains clients estiment qu’elle n’est plus en mesure de remplir les exigences en matière de banque.

« Des agences manquent de liquidité et les guichets automatiques des autres banques refusent les cartes magnétiques BHCI. Si elle est en faillite, n’est-ce pas mieux d’informer la population et prendre des mesures idoines ? », s’est demandé un client en colère, décriant « un silence honteux » des dirigeants actuels du Rhdp, parti au pouvoir. Même son de cloche pour Issiaka Sangaré, qui relève que des difficultés de fonctionnement ont été observées depuis près de quatre mois. Et depuis lors, les retraits d’argent qui étaient limités à 50.000 francs CFA, sont aujourd’hui « quasi impossibles », a-t-il déploré.

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« Nous ne sommes pas en faillite. C’est une pure invention et une manipulation relayée dans les médias » a indiqué JD Diabira, le directeur général de BHCI, lors d’une conférence de presse en septembre 2019. Et d’ajouter : « Nous respirons une bonne santé financière. En plus nous poursuivons notre expansion à travers des offres personnalisées pour devenir la référence du financement de l’immobilier de l’espace UEMOA ».

Toutefois, les plaintes des clients ne cessent de pleuvoir. Alors, comment expliquer que la banque ait « une bonne santé financière » et que les clients ne puissent pas retirer plus de 100 000 FCFA de leurs comptes ? En tout état de cause la rumeur sur la faillite de la BHCI semble de jour en jour se vérifier.

Si non, qu’est ce qui expliquerait le manque de liquidité dans une banque d’un pays comme la Côte d’Ivoire dont le taux de croissance avoisinerait les 8%, depuis 8 ans ? Pour le porte-parole du gouvernement ivoirien, Sidi Touré, ce ne sont que des « rumeurs ». « Dans tous les cas, le système bancaire est très surveillé » et s’il y a « des situations qui mettent en danger les intérêts des Ivoiriens », l’Etat prendrait des mesures nécessaires, a-t-il rassuré, à l’issue d’un Conseil des ministres tenu à Yamoussoukro, le 18 septembre 2019. Notons que l’État ivoirien qui détenait 51,6 % du capital de la banque a cédé la totalité de ses parts et ses démembrements dans le capital de la BHCI en août 2017 à une société de droit canadien spécialisée dans le financement de l’immobilier, Westbridge Mortgage REIT.

Stand de la BHCI à Abidjan, en mars 2019
Stand de la BHCI à Abidjan, en mars 2019

En décembre de la même année, il a annonçait avoir acquis 5% de l’ex BHCI pour continuer à participer à la définition des orientations et de la stratégie de la banque, en vue de promouvoir sa politique de logements sociaux au profit des populations à revenus modestes. Une opération qui permet à l’Etat de Côte d’Ivoire de demeurer au capital de la BHCI et de disposer d’un représentant au Conseil d’Administration de cette banque.

Une privatisation qui se passe plutôt mal

Repris par Westbridge Mortgage REIT depuis janvier 2018, la BHCI qui a changé de dénomination (Banque Habitat Afrique) est à court de liquidités, explique Financial Afrique. Selon le confrère, la recapitalisation à hauteur de 10,7 milliards de FCFA de la banque n’a pas suffi à couvrir ses engagements et suivre une spectaculaire hausse de la courbe des effectifs passés de 170 employés à 270 en l’espace d’une année d’exercice. Au cours des dernières années, l’État ivoirien s’est souvent porté au secours de la BHCI.

Sous-capitalisée avec 1,75 milliard de F CFA à sa création en 1996, l’établissement s’était aussi éloigné de son cœur de métier, le financement de l’immobilier social. Ses dirigeants ont diversifié les activités de la BHCI en finançant notamment le spécialiste ivoirien de l’huile de palme Palmci ou encore le Port autonome d’Abidjan, sans véritable réussite faute de ressources propres suffisantes.

La banque avait engagé en 2012 une recapitalisation pour passer de 5,8 milliards de F CFA à 12 milliards en 2012, sans succès. En 2015, le capital de la BHCI était de 6,7 milliards de F CFA, bien en dessous du capital minimal de 10 milliards de F CFA imposé aux banques de la zone UEMOA. D’où sa privatisation en 2017 par le Président Alassane Ouattara et son gouvernent conduit par Amadou Gon Coulibaly.

Moïse Yao K.

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