Prix Nobel de la paix Ouattara mérite-t-il cette distinction ?

Alassane Ouattara au comité politique du RHDP

Le président Alassane Ouattara, prix Nobel de la paix ? Tel est le rêve, pour le moins irréaliste, de certains de ses partisans. A qui l’on pourrait demander s’ils sont dans cette même Côte d’Ivoire que ceux qui pensent tout le contraire et avec preuves à l’appui. Pourquoi, donc, Alassane Ouattara ne mérite pas, du moins pour le moment, la prestigieuse distinction de la communauté internationale qu’est le prix Nobel de la Paix ? Plusieurs raisons.

La première raison, c’est que le président Ouattara est de ceux qui ont publiquement salué le coup d’Etat de 1999 qui avait renversé le président Henri Konan Bédié. Et ce, après avoir dit quelques jours auparavant :« Ce régime moribond, je le frapperai et il tombera ». Plus récemment, en 2011, il a également salué la rébellion armée du 19 septembre 2002 qui s’est soldée par la crise postélectorale de 2010-2011 avec ses 3000 morts. Ce sont ces forces rebelles qui l’ont soutenu militairement contre le président Laurent Gbagbo lors de la présidentielle d’octobre 2010. Il a salué leur combat qui, selon lui, a contribué à instaurer la démocratie en Côte d’Ivoire.

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La deuxième raison est celle-ci : aidé par la communauté internationale qui voyait en lui un technocrate rompu aux normes de la bonne gouvernance, Alassane Ouattara s’est fait régulièrement interpeller par cette même communauté sur ses graves manquements auxdites normes. On se souviendra encore de ce rapport corsé de l’Union européenne publié en juillet 2018. Et dans lequel le régime ivoirien a été épinglé pour son laxisme dans la lutte contre la corruption, la mauvaise gestion des deniers publics, et la répartition inégale des fruits de la croissance qu’on clame pourtant à deux chiffres. On n’oubliera pas non plus la pratique excessive du gré à gré dans la passation des marchés publics, toute chose contraire aux règles de bonne gouvernance.

Violations récurrentes des droits de l’Homme

La troisième raison a trait aux violations récurrentes des droits de l’Homme par le présent régime. L’incarcération du député Alain Lobognon pour un simple Tweet, le maintien en prison de plusieurs détenus de la crise postélectorale malgré les plaidoyers d’une bonne frange de la classe politique en faveur de leur libération, les violations intolérables des lois y compris la constitution en ses articles 8 (relatif à la violation de domicile), 14 (en rapport à la discrimination dans l’accès aux fonctions et dans leur exercice), en son préambule faisant obligation à l’Etat de Côte d’Ivoire de respecter les traités internationaux, sont autant de faits qui confondent le régime Ouattara. Même si l’on ne saluera jamais assez l’amnistie prise le 6 août 2018 qui a permis la libération de certains prisonniers parmi lesquels Mme Simone Gbagbo.

Toutefois, cette amnistie ne saurait noyer les autres faits négatifs qui le disqualifient pour une quelconque distinction en matière de paix qui, faut-il le rappeler, n’est pas seulement l’absence de guerre. Mais aussi et surtout une vie harmonieuse basée sur l’égalité des chances, la justice pour tous, la tolérance, l’amour du prochain, le respect des lois et règlements ainsi que celui des droits de l’Homme, etc.

La quatrième raison, ce sont les atteintes répétées aux principes démocratiques. Et en cela, le cas le plus inimaginable est l’obligation faite aux uns et aux autres de militer au sein du RHDP unifié sous peine de perdre leurs postes dans l’administration et les institutions républicaines. Plusieurs cadres ont ainsi perdu leurs fonctions. En tête de ceux-ci, il y a l’ex-président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Soro, qui a été poussé à la démission de son prestigieux poste pour avoir refusé d’adhérer au Rhdp unifié.

Echec de la réconciliation nationale et refus d’une CEI consensuelle

Et que dire des graves atteintes au libre fonctionnement des partis politiques qui se sont vu tous fissurer par la justice. Le pouvoir y trouvera son compte encomposant avec la frange qui lui fait allégeance. Et en condamnant à un quasi bannissement celle qui ne fait pas son affaire. Le DCI-RDA, le FPI, le PIT, le MFA, l’UPCI, Lider, ont tous été secoués par la même crise fomentée par des mains obscures qui encouragent les militants dissidents desdits partis à poursuivre le travail de division au sein de leurs formations d’origine.

La cinquième raison, c’est le refus du régime Ouattara de mettre en place une Commission électorale indépendante (CEI) consensuelle conformément aux exigences de l’opposition. Et à l’Arrêt de la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples (Cadhp) en date du 18 novembre 2016. Ce refus est d’autant plus incompréhensible que les conflits postélectoraux de la présidentielle de 2010, ainsi que des élections régionales et municipales du 13 octobre 2018, sont imputables à la partialité des membres de la Cei en faveur des candidats du pouvoir.

Pour mettre les Ivoiriens à l’abri d’autres crises postélectorales et garantir ainsi la paix, le bon sens aurait voulu que les institutions en charge des élections soient au-dessus de tout soupçon tel que le veulent l’opposition, la société civile, les deux appuyées par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

La sixième raison, sur laquelle nous nous arrêtons sans pour autant que l’énumération soit exhaustive, c’est l’échec de la réconciliation nationale qui était pourtant supposée être une priorité du pouvoir dès son avènement en 2011. La raison, tout le monde la connaît : depuis le coup d’Etat du 24 décembre 1999, la Côte d’Ivoire est plongée dans une turbulence sociopolitique ponctuée d’autres tentatives de coups d’Etat. Celles-ci ont eu leur point culminant le 19 septembre 2002 avec la rébellion armée, l’un des protagonistes de la crise postélectorale de 2010 qui a fait, on ne le dira jamais assez, 3000 morts. Officiellement.

Loin de nous toute hostilité à la distinction du premier citoyen ivoirien

Malheureusement, non seulement le président Ouattara n’a pas réussi à ressouder le tissu sociopolitique ivoirien, mais il a contribué à l’émietter davantage avec despratiques citées plus haut. Sans oublier la fameuse politique du « rattrapage ethnique » et du « tabouret » contraire à l’article 14 de la Constitution du 8 novembre 2016 qui proscrit toute discrimination dans l’accès aux fonctions et dans leur exercice. Est-ce ce que l’on constate en ce moment en Côte d’Ivoire où les postes s’attribuent selon qu’on est de même plumage politique RHDP ?

C’est la raison pour laquelle, dès l’entame de cette analyse, nous avons demandé si ceux qui pensent que le président de la République peut être éligible au prix Nobel de la paix vivent en Côte d’Ivoire et sont au courant de tout ce qui a été énuméré dans cet article. Loin de nous toute idée de faire la politique politicienne ou d’être hostile à une telle distinction du premier citoyen ivoirien, qui serait une fierté pour nous tous.

L’objet de la présente analyse est de faire comprendre au chef de l’Etat et à ses partisans que lorsqu’on aspire à de tels honneurs, on y met tous les ingrédients nécessaires. Et Dieu seul sait si le président Ouattara s’est donné cette peine, lui qui est plutôt occupé à mener la vie dure àses adversaires politiques qu’il traite non comme des frères. Mais comme de redoutables ennemis. C’est pourquoi, pour parler comme le citoyen Lambda, nous disons : le prix Nobel, ça se mérite !

A.D.

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