Présidentielle ivoirienne octobre 2020 : Que peut l’opposition face aux manœuvres de Ouattara ?

Alassane Ouattara et Amadou Gon Coulibaly, le 6 novembre 2019 au palais présidentiel du Plateau

Présidentielle ivoirienne octobre 2020, Alassane Ouattara se présentera-t-il à l’élection présidentielle d’octobre 2020 ? Cette question, tous les Ivoiriens se la posent, tout comme les observateurs de la scène politique ivoirienne. Mais personne ne peut répondre avec exactitude. Le concerné lui-même, ayant entretenu le flou sur la question jusque-là.

Début janvier 2017, recevant le corps diplomatique accrédité en Côte d’Ivoire, à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux de nouvel an, Alassane Ouattara déclare : « A l’occasion de mes 75 ans, ce qui m’amène à réaffirmer que les institutions de la République qui seront mises en place très prochainement me permettront de prendre congé en 2020 ». Déjà en novembre 2017, en marge du sommet Union africaine-Union européenne, il se confie à la chaine française, France 24 en ces termes : « A priori, je ne me présenterai pas en 2020. En politique, on ne dit jamais non. Attendez 2020 pour connaître ma réponse ». Depuis lors, le doute s’est installé dans les esprits.

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En entretenant ce doute dans les esprits, Alassane Ouattara crée aussi une polémique autour de la nouvelle Constitution adoptée en 2016. « Je peux me représenter si je le souhaite. C’est une nouvelle Constitution. Tous les avis juridiques que j’ai consultés me confirment », a-t-il déclaré le 11 février 2019 à Radio France internationale (RFI).

Et si malgré tout, Ouattara se présente ?

Sur cette question, certains de ses proches l’ont déjà contredit. Au cours d’une interview accordée en 2016, à la chaine Africa 24, Ibrahim Cissé Bacongo déclarait : « L’article 183 ne permet pas à Ouattara de se présenter en 2020 ». Défendant la Constitution de la troisième République devant les députés Ivoiriens, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Sansan Kambilé a emboité le pas à Ibrahim Cissé Bacongo : « Il est impossible à Ouattara de se présenter en 2020 ».

« Au demeurant, la nouvelle CEI nommée par Alassane Ouattara n’est pas conforme à l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. »

En entretenant le doute dans les esprits sur sa probable candidature en 2020, et en contredisant des juristes qui estiment que la Constitution ne lui donne pas la latitude de se présenter, Alassane Ouattara met son opposition dans une équation à deux réponses probables.

Les juristes de Ouattara

Soit, il décide de ne pas se représenter en 2020. Dans ce cas, la tâche est aisée pour Henri Konan Bédié et ses alliés de la Coalition pour la démocratie la réconciliation et la paix (CDRP) qui devront se préparer à affronter le candidat du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Soit, il décide de se présenter à un troisième mandat, foulant ainsi aux pieds, sa parole donnée (Je m’arrêterai en 2020), et violant la Constitution de 2016, telle qu’interprétée par les juristes (Cissé Bacongo, Sansan Kambilé). Dans ce second schéma, l’opposition sera face à ce que l’on peut qualifier de « passage en force ». Henri Konan Bédié ne déclarait-il pas dans les colonnes de Jeune Afrique du 22 au 28 septembre 2019 : « …La limite, c’est deux mandats, c’est écrit dans la Constitution. Un troisième mandat ne serait pas acceptable, ni pour moi ni pour le pays. S’il le fait, vous entendrez le tapage que cela ferait ».

Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Présidentielle ivoirienne octobre 2020
Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo

Une déclaration qui annonce à mot couvert, des moments sombres si Alassane Ouattara venait à se présenter. Mais en réalité, que peut l’opposition face à Ouattara ? Pour l’analyste politique André Silver Konan, « l’opposition est en panne de stratégie face à la volonté du pouvoir RHDP de faire un passage en force ». Et de poursuivre : « Que fait cette opposition face à la nouvelle Commission électorale indépendante (CEI) présentée par le pouvoir ? »

CEI à problèmes

En réalité, Alassane Ouattara mène le bal face à ses opposants. Il l’a si bien démontré sur la question de la réforme de la CEI. En effet, suite à l’arrêt en 2016 par la Cour africaine des droits de l’homme et de peuples, jugeant l’ancienne CEI déséquilibrée et demandant au gouvernement de changer sa composition, ce n’est qu’en 2019 (nomination des membres de la nouvelle CEI, le mercredi 25 septembre 2019) qu’Alassane Ouattara s’est exécuté. Qu’a fait l’opposition pour obtenir une réforme avant les élections municipales et régionales 2018 ? Rien.

Au demeurant, la nouvelle CEI nommée par Alassane Ouattara n’est pas conforme à l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. D’où une nouvelle saisine de celle-ci par des députés Ivoiriens. Au cours de son meeting le 19 octobre 2019, à Yamoussoukro, Henri Konan Bédié a mentionné que « la requête des députés a été jugée recevable ». Quand est-ce qu’un nouvel arrêt sera rendu ? Alassane Ouattara suivra-t-il cet arrêt à la lettre ?

La présidentielle en Côte d’Ivoire est prévue pour octobre 2020. Ce qui signifie que nous sommes à douze petits mois. Il n’y a pas que la question de la composition de la CEI qui est soulevée par l’opposition ivoirienne. Il y a cette préoccupation non moins importante de l’établissement gratuit des Cartes nationales d’identité. Où en sommes-nous ?

« Enrôlement des étrangers »

Il y a aussi la question de l’enrôlement des étrangers sur la liste électorale par le RHDP comme l’a si bien confirmé Kobenan Kouassi Adjoumani, porte-parole principal du RHDP lors de sa conférence de presse du mardi 11 juin 2019 : « Nous, RHDP, on n’a pas peur d’enrôler les étrangers pour constituer notre électorat ».

Si l’opposition ivoirienne veut obtenir des élections crédibles, ouvertes et transparentes, il lui faudra tout mettre en œuvre pour obtenir :

1-La composition d’une CEI impartiale

2-L’établissement des CNI gratuitement comme ce fut le cas en 2009

3-Le respect scrupuleux de la Constitution de la troisième République

4-La non modification de la loi fondamentale à un an de la présidentielle

5-La non-inscription des étrangers sur la liste électorale devant servir à l’élection présidentielle d’octobre 2020.

6- La libération de tous les opposants détenus arbitrairement

Mais pour tout cela, quelles sont les stratégies envisagées par l’opposition ?

Une saisine de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples ne suffit pas pour régler toutes ces questions qui constituent des préalables à la tenue d’élection ouverte, transparente et crédible. Et pour l’heure, l’opposition semble ne pas montrer grande chose en dehors des discours.

Jules Claver Aka

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