Présidentielle ivoirienne 2020 : « L’âge de Bédié, un vrai faux débat ! » (Opinion)

Henri Konan Bédié, président du PDCI

Ces derniers temps, le débat sur l’âge du président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), Henri Konan Bédié, par rapport à l’élection présidentielle de 2020, semble prendre une certaine ampleur. Il ne se passe pratiquement plus de semaine sans que des acteurs politiques n’en parlent dans la presse. Il y a ceux qui estiment qu’à 85 ans en 2020, M. Bédié ne devrait plus briguer un autre mandat présidentiel.

A contrario, il y a des Ivoiriens pour qui le rôle éminemment important que joue le président du PDCI-RDA sur l’échiquier politique national en faveur de la paix et de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire devrait lui valoir d’être l’homme de la situation pour réconcilier effectivement et durablement les Ivoiriens, une fois élu président de la République.

Cela est d’autant plus impérieux que beaucoup d’acteurs et observateurs de la scène politique ivoirienne constatent, avec regret, l’échec pur et simple du processus de ladite réconciliation. Sous le régime Ouattara alors que ce chantier était assurément le plus important après la grave crise militaro-politique de septembre 2002.Qui s’est muée en une rébellion armée et dont l’épilogue a été la crise post-électorale de 2010 avec ses 3000 morts officiellement.

Un homme de mesure et attaché à son pays

Cette soif de réconciliation vraie est réelle chez de nombreux Ivoiriens. De sorte que beaucoup s’étonnent de voir que, non seulement le régime en place ne parvient pas à la réaliser mais bien plus grave, il s’attelle à diviser davantage les populations. A travers des pratiques décriées comme le fameux « rattrapage ethnique » qui, en matière de nomination aux fonctions de l’administration et dans la redistribution des ressources du pays, fait la part belle aux ressortissants d’une seule région au détriment des autres.

En outre, le pouvoir s’est employé avec la complicité de certains magistrats à créer la division au sein de nombreux partis de l’opposition : PDCI-RDA, FPI, PIT, MFA, UPCI. Tous ont été secoués par des crises internes encouragées par les tenants du pouvoir. Cela a significativement contribué à exacerber la tension et la méfiance entre les Ivoiriens qui, après les deux crises successives citées plus haut, n’aspiraient qu’à retrouver la quiétude et à vivre ensemble dans la paix.

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Victime d’un coup d’Etat le 24 décembre 1999 qu’il a pardonné ; victime en outre d’une spoliation de 600.000 voix à la présidentielle de 2010 qu’il a également pardonnée, le président Bédié fera fi de tout esprit revanchard pour appeler les militants de son parti à s’aligner derrière le candidat d’un autre parti, le Rdr, afin de le porter au pouvoir en 2010 et 2015. C’est donc cet homme, de mesure, de tolérance et profondément attaché à l’amour de son pays, qui est, depuis un moment, au centre des débats par rapport à son âge et son éventuelle candidature à la présidentielle de 2020.

Modifier la Constitution trois ans seulement après sa promulgation ?

Ceci n’est qu’un autre vrai faux débat après la polémique créée autour de la dénonciation qu’il avait faite des orpailleurs clandestins armés qui détruisent les forêts ivoiriennes. Faux débat donc pour deux raisons principales : la première raison est que c’est le président Ouattara lui-même qui a fait sauter la limitation d’âge prescrite dans la Constitution abrogée en novembre 2016 à sa demande pressante. Et remplacée par une autre Loi fondamentale actuellement en vigueur.

Pourquoi avait-il supprimé la clause relative à la limitation d’âge à la présidentielle si c’était pour venir s’en prendre par la suite à des candidats sous-prétexte qu’ils sont vieux et qu’ils doivent laisser la place aux jeunes générations ?La volonté du président Ouattara serait-elle au-dessus de la Constitution ? D’ailleurs la dernière édition de La Lettre du contient, parue le 28 août, fait état des manœuvres auxquelles s’adonnerait le pouvoir Ouattara pour réintroduire dans la Constitution du 8 novembre 2016, moins de trois ans après sa promulgation, la limitation d’âge à l’élection présidentielle rien que pour faire barrage au président Bédié.

Une autre clause pourrait également être introduite dans la même Constitution pour éliminer Soro Guillaume. Il s’agirait de la clause exigeant le parrainage de plusieurs dizaines d’élus pour être candidat à la présidentielle. « Ce serait une véritable provocation », fulminent Anaky Kobena du MFA et Ouattara Gnonzié du RPP. Le premier, lors de son passage le 20 août au « Fauteuil Blanc » du Nouveau Réveil et le second, le 17 août au siège de son parti.

« Ce serait trop direct et trop gros »

Leur indignation est d’autant plus justifiée que le président Ouattara avait lui-même crié sur tous les toits que l’introduction de la conjonction de coordination « ET » dans la Constitution de 2000 sous le régime militaire était faite contre lui. Et que le concept d’Ivoirité, prononcé pour la première fois par le président Bédié à la Convention nationale du PDCI-RDA les 25 et 26 août 1995 à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de Yamoussoukro, visait également à l’écarter de la présidentielle. Comment ce même Ouattara peut-il envisager, à son tour, de faire ce qu’il avait reproché aux autres ? « Ce serait trop direct et trop gros », affirme Innocent Anaky Kobena avant d’ajouter : « Attendons de voir ».

La seconde raison principale pour laquelle le débat relatif à l’éventuelle candidature du président du PDCI-RDA à la prochaine présidentielle est un vrai faux débat est que, dans la tradition des partis politiques en Afrique et dans bien d’autres Etats du monde, le premier responsable d’un parti est de facto le candidat naturel dudit parti à l’élection présidentielle. Il se fait entériner par une convention qui, seule, est compétente pour le récuser.

Mais au cas où il ne souhaiterait pas se porter candidat, libre à lui de se désister au profit d’un autre cadre du parti. Nulle part dans le monde un autre parti ou candidat de parti, fût-il au pouvoir, ne peut désigner le candidat d’un parti adverse à la place des militants de ce parti. Du jamais vu ! Et cela donne raison à tous ceux qui dénoncent les atteintes aux principes démocratiques orchestrées par ce régime.

Répartir les tâches entre le président, son vice-président et son Premier ministre

C’est pourquoi l’opinion publique nationale et internationale observe avec un brin de stupéfaction et d’amusement l’acharnement de certains militants du RHDP-RDR contre le président du PDCI-RDA qui ne cesse de leur dire que dans son parti seule la convention désigne le candidat à l’élection présidentielle. Mais y a-t-il plus sourd que celui qui ne veut rien entendre ?

Une chose est certaine : ni les jérémiades des anti-PDCI, ni leurs accusations infondées ne sauraient faire changer la donne au sein du plus ancien et plus expérimenté des partis politiques en Côte d’Ivoire qui a fait de la démocratie interne le pilier de son fonctionnement. A en croire par la diversité et le dynamisme de ses instances.Qui, chacune dans son domaine de compétence, font méthodiquement leur travail dans la perspective des élections à venir. Et le nombre de plus en plus important des membres des instances vise à accorder une plus grande légitimité aux décisions desdites instances.

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Pour ce qui est de l’âge du président Bédié, qu’est-ce que 85 ans à côté des 93 ans de la Reine Elisabeth du Royaume-Uni sur le trône depuis le 6 février 1952 ? Qu’est-ce que 85 ans comparés aux 94 ans du Premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, réélu récemment en 2018 ? Plus près de nous, que sont 85 ans à côté des 86 ans du président camerounais Paul Biya au pouvoir depuis le 6 février 1982 ?

Bref ! Sans être opposé à l’avènement des jeunes générations au pouvoir d’Etat, loin s’en faut, nous pensons que le débat relatif à l’âge du président Bédié est d’autant plus faux que la Côte d’Ivoire est le seul pays au monde où l’Exécutif est composé d’un président de la République, d’un vice-président et d’un Premier ministre. D’aucuns parlent d’un Exécutif à trois têtes.

Un président âgé de 85 ans révolus, si tel est sa volonté et celle de son parti, peut donc gouverner tranquillement en répartissant les tâches entre lui, son vice-président et son Premier ministre qui peuvent être plus jeunes et qui gagneraient à faire leurs classes à ses côtés. Dès lors, lui s’occuperait de bien d’autres tâches régaliennes et de la très cruciale réconciliation nationale que le pouvoir actuel n’a pu offrir aux Ivoiriens de plus en plus divisés.

Abel Doualy

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