« Notre État de droit a cédé le pas à un régime d’exception » (KKS)

« Notre État de droit a cédé le pas à un régime d’exception », c’est la conviction profonde de Konan Kouadio Siméon (KKS). Sa déclaration à lire.

Depuis quelques jours, la Côte d’Ivoire est dans l’expectative. L’enchaînement des événements de ces derniers jours avec leur lot de tension et de brutalité a à nouveau plongé le peuple tout entier dans l’angoisse et l’incertitude du lendemain.

Les faits

Le 26 novembre 2019, l’opposition adresse une demande au Maire de la commune de Yopougon pour un meeting le 14 décembre. Reporté au 21 pour indisponibilité du lieu, la manifestation sera finalement délocalisée à port bouet après qu’un arrêté municipal ait interdit toute manifestation publique sur le territoire communal de Yopougon jusqu’au au 5 janvier 2020. Le 20 décembre, un arrêté ministériel interdit à son tour toute manifestation politique dans le district d’Abidjan. Le meeting de l’opposition est donc annulé. L’on en était encore aux interrogations et aux supputations quand le feuilleton du retour de l’ex PAN s’invita au débat.

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En effet, après une longue absence, l’ex PAN était annoncé à Abidjan pour le 23 décembre dernier. Au bout d’une journée d’imbroglio digne des grandes séries américaines, son avion ne posera pas à Abidjan mais plutôt à Accra où il fut dérouté avant de repartir en direction de l’Europe. Les plus hauts responsables des partis et mouvements proches de l’ex PAN, parmi lesquels 5 députés de la nation sont arrêtés.

« Arrêtons la politique de l’autruche, apprécions lucidement et sans ego la menace (à l’intérieur comme à l’extérieur) et prenons ensemble et d’un commun accord la bonne décision comme des sages pour nous en sortir tous ensemble ».

KKS affaire Soro Guillaume.

Le soir, dans le journal télévisé de 20h. Le procureur de la République annonce qu’un mandat d’arrêt a été requis contre Monsieur Soro Kigbafori Guillaume. ‘’Pour présomption grave de tentative d’atteinte contre l’autorité de l’Etat. Et l’intégrité du territoire national, de recel de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux’’. Le 27 décembre le procureur de la république rend publique la principale pièce à conviction, l’enregistrement audio annoncé. Réagissant, Me Affoussiata Bamba, collaboratrice de Monsieur Guillaume Soro, confirmera à travers une déclaration dans la foulée, que les deux personnes en présence dans l’audio étaient bien Monsieur Soro Guillaume et un barbouze français, tout en indiquant que l’enregistrement date de l’année 2017. Quant au ‘’recel de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux’’ il daterait selon le procureur, de 2007 / 2008.

Analyse et commentaire

Pourquoi avoir donc attendu jusqu’au 23 décembre 2019 (pratiquement 3 ans et 11 ans), pour saisir la justice dans des cas aussi graves ?
Cette action judiciaire, n’aurait-elle vraiment pas de relents politiques voire politiciens ? Le mandat d’arrêt international concernerait-il aussi l’interlocuteur et donc le supposé complice de l’ex PAN dans l’audio ?

Au regard des nombreuses zones bien sombres. Et de la précocité du dossier dont le Procureur lui-même semble manifestement ignorer à cette heure des éléments. Un certain nombre d’interrogation pourrait s’avérer nécessaire pour éclairer la lanterne de tous. Mais vous l’aurez compris. Cette déclaration n’a pas pour objet de porter un jugement de fond sur une affaire les premiers éléments et qui plus, est désormais du domaine du judiciaire.

KKS affaire Soro Guillaume.

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Par ce large rappel, nous entendons plutôt convoquer l’attention des acteurs politiques. Et notamment du Président Ouattara sur la fragilité. Et la volatilité de la situation en les invitant à constater avec nous comment même une présomption de tentative d’atteinte contre l’autorité de l’état. Peut être susceptible de changer la nature d’un régime dit démocratique en une dictature de toutes les conséquences. Ces dernières semaines. Avec la mesure d’interdiction de manifestation politique sur tout le district d’Abidjan. Les arrestations de plusieurs députés au mépris de leur immunité parlementaire. La vague de perquisitions tous azimuts dans l’inobservance totale des règles. Et procédures requises, notre Etat de droit déjà bien problématique a, au mieux, cédé le pas à un régime d’exception. Toute chose qui, à quelques dix mois de la présidentielle d’octobre 2020, contrarie les assurances données par le Président de la République sur la tranquillité et la sérénité du processus électoral.

Appel

C’est pourquoi, tout en réitérant notre ferme condamnation de toute tentative de prise du pouvoir par les armes. Et en exhortant les uns et les autres à n’user que des seules voies démocratiques pour le nécessaire changement en Côte d’Ivoire. Il nous plait de réitérer instamment et avec insistance, notre appel au dialogue. Et à la concertation nationale inclusive pour un consensus national à l’effet de la mise en place, dès la fin du mandat du Président Ouattara. C’est-à-dire le 31 octobre 2020, d’une TRANSITION démocratique, consensuelle. Et inclusive pour la réconciliation nationale et l’organisation d’une élection présidentielle juste et équitable.

KKS et l’État de droit

Oui, nous nous inscrivons en faux contre la thèse qui veut que la transition soit toujours consécutive à un coup de force. Et persistons à croire que dans le consensus qui est aussi une forme de démocratie, nous pouvons librement. Et paisiblement convenir des modalités d’une transition salutaire pour le peuple et mutuellement bénéfique pour chacun.

Nous osons prendre le risque d’insister même en ce moment critique où ce concept peut paraître mal venu. Parce que c’est notre conviction que seule une transition peut réunir les conditions d’une véritable réconciliation nationale. Et entre les acteurs, seule gage efficace pour annihiler toute raison. Et tout mobile de velléités dans un pays qui aura passé les 25 dernières années de son histoire à voir ces enfants s’entre déchirer dans des crises tragiques.

« Par ce large rappel, nous entendons plutôt convoquer l’attention des acteurs politiques. Et notamment du Président Ouattara sur la fragilité et la volatilité de la situation ».

‘’A un moment donné vous estimerez que vos efforts. Et votre main tendue ne sont pas reconnus, vous durcirez votre régime et vous aurez la main lourde. Toute chose qui conduira à un blocage du processus électoral d’où on ne sortira que par une transition si un processus de dialogue inclusif. Et de réconciliation sincère n’était pas engagé maintenant’’. Appréciez à l’aune du contexte présent le caractère prémonitoire de cette intuition, que nous eûmes l’honneur de livrer de vive voix à l’attention de Monsieur le Président de la République, il y a de cela 14 mois.

Notre Etat de droit a cédé le pas à un régime d’exception

KKS État de droit. Kouadio Konan Siméon au milieu de supporteurs en octobre 2016
Kouadio Konan Siméon au milieu de supporteurs en octobre 2016

Arrêtons la politique de l’autruche, apprécions lucidement et sans ego la menace (à l’intérieur comme à l’extérieur). Et prenons ensemble d’un commun accord la bonne décision comme des sages pour nous en sortir tous ensemble.

Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !

Konan Kouadio Siméon (KKS)
Candidats aux élections présidentielles 2010 et 2015
Président de Initiatives Pour la Paix en Côte d’Ivoire (IPPCI)
La voix des sans voix et des sans écritures

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