L’hommage plein de révélations de Soro à Charles Diby : « Il est le père de l’annulation de la dette ivoirienne »

Afriksoir vous propose l’hommage de Guillaume Soro à Charles Koffi Diby. Le président du Conseil économique, social, culturel et environnemental est décédé ce samedi 7 décembre 2019. A Abidjan.

En ce dimanche 8 décembre 2019, je voudrais partager avec chacune et chacun d’entre vous, les pensées émues, la tristesse et la gratitude qui m’ont envahies à l’annonce du décès du ministre Charles Koffi Diby, un grand homme de mon pays natal, la Côte d’Ivoire.

J’ai pu parler au téléphone avec son épouse, à qui j’ai présenté mes condoléances en mon nom personnel et au nom de ma famille. J’ai également eu l’occasion de me rappeler avec elle les moments importants, saillants devrais-je dire, qu’il y a eu entre le ministre Charles Koffi Diby et moi. Il y a en effet des rencontres humaines qui marquent à jamais, par leur qualité et leur intensité exceptionnelles. Comme si soudain, dans le ciel d’un soir de contemplation, passait une merveilleuse étoile filante.

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A vrai dire, je ne connaissais pas M. Charles Koffi Diby, jusqu’au jour où, membres du gouvernement sous le Premier ministre Charles Konan Banny, il fut nommé ministre délégué à l’Economie et aux Finances auprès de ce dernier.

Charles Diby, homme courtois

Nous avions des relations courtoises, et je dois dire que M. Charles Koffi Diby était un homme profondément humble, presqu’effacé, généreux et serviable. C’est dans le cadre de notre relation au gouvernement, qu’un jour, m’inquiétant de l’absence de l’administration financière dans les zones CNO, zones dites rebelles à l’époque, que Diby me fit la promesse de s’engager à mettre en œuvre le redéploiement des régies financières dans cette partie du pays.

Et comme il l’avait dit, il vint me rencontrer à Bouaké, avec l’autorisation du Premier ministre Banny. Nous eûmes alors notre premier entretien sérieux. Pendant nos échanges, le ministre Diby m’exposa son plan de redéploiement de la Banque du Trésor et de toutes les autres administrations liées à son département. C’est ainsi que nous décidâmes de travailler de concert pour relancer l’administration financière dans ces zones. Je découvris alors un homme courtois, infatigable et déterminé qui gagna mon respect.

Le jour de la signature de l’Accord politique de Ouagadougou le 26 mars 2007, les présidents Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré ainsi que moi-même, nous nous sommes retirés pour un huis-clos. Le Président Gbagbo, qui visiblement avait été conditionné pour ma nomination en qualité de Premier ministre, m’informa tout de go qu’il était disposé à signer le décret portant nomination du Premier ministre, que je devrais être.

Je marquai ma grande surprise et lui rétorquai: « Ah non, M. le Président, je ne peux pas être votre Premier ministre ! » Gbagbo surpris, se retourna vers Compaoré et lui demanda : « Mais Blaise qu’est-ce qu’on fait alors ? » Compaoré avec un petit sourire, lui dit qu’il avait trois propositions à lui faire pour le poste de Premier ministre. Premièrement M. Soro Kigbafori Guillaume, deuxièmement M. Guillaume Kigbafori Soro, troisièmement M. Kigbafori Soro Guillaume.

Premier ministrable en 2007 ?

Bien sûr, nous sommes aussitôt partis dans un grand rire chaleureux. Gbagbo se tourna alors vers moi et me demanda très sérieusement qui je voyais comme Premier ministre. Je lui dis :«M. le Président, je vous proposerais la nomination de M. Charles Koffi Diby au poste de Premier ministre ».

 » J’avais déjà vu en Charles Koffi Diby, la carrure d’un homme d’Etat. C’est pour cela qu’au-delà de ma personne, je l’avais déjà proposé en 2007 au poste de Premier ministre »

Le huis-clos me demanda à l’unisson, « pourquoi lui ? » Je répondis :«Il est déjà au gouvernement comme ministre délégué au titre du PDCI-RDA et il s’entend bien avec tout le monde. J’imagine que le FPI n’a rien contre M. Diby. Moi, de mon côté, je m’entendrais bien avec lui. De mon point de vue, il pourrait faire un Premier ministre consensuel ».

Certains initiés le savent, j’avais déjà vu en Charles Koffi Diby, la carrure d’un homme d’Etat. C’est pour cela qu’au-delà de ma personne, je l’avais déjà proposé en 2007 au poste de Premier ministre. Quand la crise postélectorale de 2010 survient, Charles Koffi Diby est perturbé.

Un travailleur infatigable

Il y a d’un côté Laurent Gbagbo qui l’appelle pour qu’il le rejoigne, dans le cadre de la formation de son gouvernement. Et de l’autre côté (je peux le dire ici, sans risquer d’être démenti, et son collaborateur Kalou Bonaventure est bel et bien un témoin vivant) il y a moi, en ma qualité de Premier ministre d’alors qui appelle Charles Koffi Diby qui se trouvait à Bouaflé, pour lui demander de venir immédiatement à Abidjan.

Charles Koffi Diby à Bucarest Hommage Soro Charles Diby
Charles Koffi Diby à Bucarest, sa dernière sortie publique

Quand il arrive, je le reçois sous la tente au Golf Hôtel. Je lui dis à peu près ceci : « Charles, toi et moi avons travaillé au Gouvernement. Quand j’ai été nommé Premier ministre, je t’ai fait passer de ministre délégué à ministre plein de l’Economie et des Finances. Aujourd’hui je suis dans une entreprise nouvelle. Je dois former un gouvernement. Cette fois, sous l’autorité du Président Ouattara. Je te demande de me suivre dans cette aventure ».

Hommage de Soro à Charles Diby

Sans hésiter, le ministre Charles Koffi Diby me dit ceci : « M. le Premier Ministre, je ne vous ai jamais déçu. Vous m’avez appelé pour me nommer au gouvernement. Je vous fais confiance et je marque mon accord pour intégrer votre équipe ».

Voici comment, au lieu d’aller dans le camp de Gbagbo, Diby accepta d’être membre du gouvernement que je devrais proposer au Président Ouattara, par la suite. Cette décision du ministre Diby ne fut pas sans conséquences pour lui. Il fut menacé de mort et de violences de toutes sortes, mais il tint bon. Il décida ensuite de se rendre en France. Avant de voyager, il vint me voir pour me dire ceci :« M. le Premier ministre vous m’avez fait confiance. Je pars à Paris pour me battre afin que le gouvernement n’ait pas de problèmes d’argent ». Et il tint sa parole.

Pour terminer sur ce témoignage, puisqu’il le mérite bien, je dois dire que la Côte d’Ivoire doit beaucoup à Charles Koffi Diby. Beaucoup de faux prophètes et de prétentieux, excellents pêcheurs en eaux troubles, se font voir aujourd’hui dans le débat sur la question de l’annulation de la dette et de la signature de l’accord PPTE. Ils se pavanent tels des paons, mais sans le moindre mérite.

Homme d’Etat

Je veux dire ici que, plus que quiconque, Charles Koffi Diby est le père de l’annulation de la dette en Côte d’ivoire. Sur ce point précis, je suis sûr de faire l’unanimité. Le Président Gbagbo sera d’accord avec moi, le Premier ministre Charles Konan Banny aussi, je n’en doute pas. Charles Koffi Diby fut celui qui se démena tant et si bien que nous avons fini par obtenir l’annulation de notre dette. Tous ceux qui voudront revendiquer ce fait sont des imposteurs. Rendons à César ce qui est à César. Le ministre Diby est le principal artisan de l’annulation de la dette et du PPTE, il faut que cela soit su.

Aujourd’hui qu’il nous a quittés, ayons la décence et l’humilité de reconnaître que c’est cet homme, qui des nuits voire des années durant, s’est battu pour que notre dette soit annulée et que le pays puisse reprendre un second souffle. Et les témoins sont légions. Ce témoignage, je l’ai fait du vivant de Charles Koffi Diby. Et je le réitère ici en hommage à sa mémoire. Bravo l’artiste ! Repose en paix. Que la mémoire de la Nation te chérisse à jamais ! Adieu !

Guillaume Kigbafori Soro

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