Lettre ouverte au Président Ouattara : « Le sympathique Monsieur que j’ai connu en 2008 n’est pas celui que je suis en train de voir »

Plus qu’un simple journaliste, qui n’a ni ami ni ennemi selon notre déontologie, je voudrais m’adresser à vous aujourd’hui, Monsieur le Président, en tant que celui qui fut modestement l’ami de votre illustre famille par le biais de votre aimable épouse.

Tout a commencé en 2008 dans le cadre d’une interview que votre épouse avait sollicitée à Fraternité Matin. C’est Madame Anne Ouloto, actuelle ministre de l’Assainissement et de la Salubrité, qu’elle a envoyée voir Maurice Ferro Bally alors Directeur des Rédactions Adjoint ? Moi j’étais son Rédacteur en Chef. Quand Mme Ouloto a exposé les raisons de sa présence dans nos locaux, Ferro Bally m’appelé dans son bureau et m’a dit ceci : « Mme Ouattara veut accorder une bonne interview à Fraternité Matin. Comme toi tu es très bien en interview, je veux que tu ailles la rencontrer ».

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Je lui ai répondu : « Tu es mon chef. Je vais là où le devoir m’appelle ». Le lendemain, je suis allé réaliser cette interview avec comme photographe, N’Cho Jean de regrettée mémoire. Etaient présentes aux côtés de votre épouse : Mme Anne Ouloto et ma consœur Sara Dicoh de Radio Nostalgie elle aussi de regrettée mémoire. Nous avons fait le travail. Et en Off, votre épouse a demandé mon avis sur un certain nombre de chosesrelatives à l’actualité politique d’alors. Et je lui répondu sans faux- fuyant. Elle a remué la tête et m’a répondu : « Ah oui, j’apprécie votre franchise. Vous êtes courageux ? A partir d’aujourd’hui, je vous considère comme mon conseiller politique. Pour toute chose, n’hésitez pas. Tenez-moi informée ».

Ainsi fut née une excellence relation pour laquelle je ne saurai jamais assez gré à votre épouse pour l’honneur qu’elle a fait à ma modeste personne jusqu’à une date récente où, pour des raisons que j’ignore, elle a cessé de me compter parmi ses « amis » (le mot est d’elle-même). Mais je me suis dit qu’appartenant désormais au monde entier de par ses hautes et nombreuses charges, elle ne pouvait plus avoir le temps pour tout le monde. Surtout pas pour un petit journaliste qui n’a fait que son travail.

Monsieur le Président,

Loin de moi une quelconque volonté de faire les importants, le rappel de ces quelques souvenirs avec votre épouse vise à expliquer pourquoi j’ai précisé au début de mon texte que je m‘adresse à vous aujourd’hui en tant qu’un ami de votre illustre famille. Car quand votre épouse m’a adopté, elle m’a fait l’honneur de me présenter un jour à vous-même lors d’une visite à votre résidence, la même que vous habitez en ce moment.

Ce jour-là, j’étais accompagné de mon ami de tous les jours, Koné Youssouf. C’était la première fois que je vous voyais de près et échangeais avec vous. En outre, lorsque lors d’un sommet à Pretoria en 2009, il a été décidé que vous soyez éligible pour la présidentielle de 2010, j’ai sur le vif sollicité un entretien pour recueillir vos impressions à chaud sur cette importante décision. Votre épouse vous en a parlé et vous m’avez accordé une interview téléphonique qui a été publiée dans Fraternité Matin.  Tout cela est vérifiable.

Monsieur le Président,

C’est donc votre jeune ami et frère, que je me targue d’être, qui vous parle aujourd’hui du fond du cœur. Débarrassé de sa toge de journaliste. Savez-vous que c’est sous votre régime que j’ai perdu mon emploi après près de 30 ans de service à Fraternité Matin ? Mais cela n’est pas le centre d’intérêt de cette intervention que j’ai voulue sous forme de lettre ouverte à vous.

Je voudrais simplement et modestement vous dire que le sympathique Monsieur que j’ai connu en 2008-2009, n’est pas du tout celui que je suis en train de voir à la tête de ce pays. Vous, qui avez fait les grandes Institutions du monde, où les règles de bonne gouvernance sont de mise, pourquoi votre gouvernance fait si peur ?

Le peuple souffre et gémit en silence, au lieu de hurler, de peur de se faire entendre et être sanctionné comme le disait Mme Madeleine Tchikaya dans Le Nouveau Réveil du 4 juillet. Pourquoi refusez-vous d’écouter les sons de cloche même les plus raisonnables ? Pourquoi tenez-vous à ce que sous votre règne, la Côte d’Ivoire soit taxée de pays qui viole les règles de bonne cohabitation entre Etats  souverains ?

L’interpellation de la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples pour la mise en place d’une Cei indépendante et impartiale, et à laquelle votre gouvernement refuse de se soumettre, en est un exemple patent. Pourquoi voulez-vous qu’on retienne de vous celui qui brimait l’opposition et sous le règne de qui les libertés étaient si étouffées qu’on contraignait les citoyens à adhérer à un parti,appelé Rhdp, 30 ans après le multipartisme ?

Pourquoi, Monsieur le Président, après la grave crise postélectorale qui a fait plus de 3000 morts en Côte d’Ivoire en 2010, vous êtes réfractaire à la mise en place d’une Commission électorale indépendante hors de tout soupçon afin que plus jamais il n’y ait de crise postélectorale qui dresse les Ivoiriens les uns contre les autres ? Pour cela, vous avez poussé l’opposition à bout qui a décidé de manifester jusqu’à obtention de gain de cause ?

Est-ce parce que vous êtes assuré de ce que cette opposition, que l’Union européenne dans son Rapport de juillet 2018 a qualifiée de « moribonde » ne peut rien contre votre régime ?

Je voudrais, très humblement, vous rappeler cet adage africain selon lequel : « Nul n’est trop fort pour être toujours le plus fort ».Ce n’est nullementune menace. Qui suis-je pour oser cela ? Mais c’est une sagesse dont nous devons, tous autant que nous sommes, nous inspirer pour aller de l’avant en nuisant le moins possible aux autres comme aimait à le dire le président Houphouët-Boigny : « Si vousne pouvez vivre sans nuire, mais tâchez de nuire le moins possible ».

Pardon Monsieur le Président,

Celui que vous appeliez « grand journaliste » quand vous étiez dans l’opposition, voudrait vous prier de bien vouloir reconsidérer votre mode de gouvernement. Afin de composer sincèrement avec l’opposition et toutes les forces vives dans leur volonté de voir être mise en place une Cei véritablement indépendante et impartiale qui soit utile à tout le monde et de tout temps. Car on peut être au pouvoir aujourd’hui et dans l’opposition demain. La roue tourne, dit-on.

L’article 29 de la Constitution de novembre 2016, que vous avez appelée de tous vos vœux, vous recommande de composer avec l’opposition même si le Législateur a préféré la forme facultative en disant : « L’Etat garantit le droit d’opposition démocratique. Sur des questions d’intérêt national, le Président de la République peut solliciter l’avis des partis et groupements de l’opposition ».Le Législateur aurait dû écrire « doit solliciter l’avis de l’opposition ».

Pour tout dire, Monsieur le Président, pensons à la Côte d’Ivoire qui nous a tant donné. Le pouvoir, c’est Dieu qui le donne. Créons les conditions d’élections sans palabres inutiles et meurtrières. Ma plus grande satisfaction, Monsieur le Président, sera de vous voir tenir compte de ces quelques réflexions que seuls, votre bien personnel et celui du peuple de Côte d’Ivoire, m’ont inspirées en ma qualité d’éveilleur de conscience. « Dieu est Amour », disait Félix Houphouët-Boigny.

ABEL DOUALY

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