Lettre ouverte à Mabri : « Il y a trop de plaintes autour de toi, tu vaux mieux que ça »

Albert Toikeusse Mabri, ministre de l'Enseignement supérieur

Afriksoir vous propose la lettre ouverte d’un sympathisant à Albert Toikeusse Mabri, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui brille par son absence de réformes, à la tête de ce département, depuis sa nomination.

Cher Mabri Toikeusse, Avant tout propos, permets-moi de te tutoyer afin de t’abreuver de vérités salutaires, sans m’embarrasser de fioritures. En tant que sympathisant, il est de mon devoir d’attirer ton attention sur un certain nombre de choses qui ne militent pas en ta faveur, et qui sont susceptibles de te porter préjudice. J’espère que tu feras preuve de suffisamment d’humilité pour corriger le plus tôt possible toutes ces tares que tu traînes comme des boulets.

Mais, bien avant, je voudrais te saluer, saluer l’homme politique que tu es pour ton discours mesuré, pour ta courtoisie, aux antipodes de ce qui est de mise sur la place publique. Face à des populations déjà traumatisées par les atrocités de la sale guerre qui a eu lieu dans notre pays, tes propos n’inspirent nullement la terreur, contrairement à la plupart des hommes politiques qui promettent l’apocalypse en 2020 ! Par ton style, tu te démarques nettement d’eux ; jamais un mot de trop, toujours loin des discours guerriers et autres agressions verbales. Assurément, on pourrait te décerner la palme de l’homme politique le plus fair-play de Côte d’Ivoire.

Lettre ouverte Mabri

Pour autant, est-ce suffisant pour prétendre à la magistrature suprême ? Il se raconte que tu es candidat aux élections présidentielles de 2020 ; sous la bannière UDPCI ou RHDP, on n’en sait rien pour le moment. Toujours est-il que tu ne fais plus mystère de ta volonté de briguer le poste de Président de la République. Ton épouse Solange ne s’en cache pas non plus, à travers des actions caritatives tous azimuts qui la préparent au statut de Première Dame.

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Aspiration légitime, pourrait-on dire, pour un homme resté longtemps dans les arcanes du pouvoir. Toutefois, cher Mabri Toikeusse, le sympathisant que je suis, s’inquiète pour toi. Mes inquiétudes se justifient à plus d’un titre, dans la mesure où trop de choses se racontent sur ton compte, ces derniers temps. En effet, il y a trop de bruits, trop de plaintes autour de ta personne, notamment au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique que tu as l’honneur de diriger.

Que se passe-t-il réellement ? Pourquoi tant de contestations relativement à ta gouvernance ? Les enseignants des Universités mécontents (plusieurs d’entre eux privés de salaire depuis de nombreux mois) ont finalement réussi à fédérer leurs différents syndicats à travers une plateforme en vue d’en découdre avec la tutelle. Les étudiants, eux, ne sont pas plus heureux. Bien au contraire, ils sont au bord du désespoir ; cinq mille d’entre eux non-inscrits, sont en passe d’être exclus de l’Université Félix Houphouët Boigny, sans la moindre compassion.

Comment donc s’étonner qu’un des leurs ait manqué de justesse de se suicider, en se jetant du haut d’un immeuble, récemment ? La population estudiantine se demande bien ce qu’elle a fait pour subir un tel sort ? L’échec cuisant de l’organisation du BTS 2019, avec des résultats calamiteux, est là pour attester mes inquiétudes. Pour preuve, par deux fois, ton cabinet situé au 20e étage de la Tour C au Plateau, a littéralement été pris d’assaut par des milliers d’étudiants en colère. Autant le dire, ce sont des signes qui ne sont guère rassurants.

Un koutoukoudrôme au sein de l'université de Cocody. Lettre ouverte Mabri
Un koutoukoudrôme au sein de l’université de Cocody ( Lettre ouverte Mabri )

Pour un candidat à une élection présidentielle, ces faits constituent une contre-publicité, susceptibles de donner du grain à moudre à tes adversaires. Cher Mabri Toikeusse, qui veut aller loin, ménage sa monture. Tu n’as donc pas intérêt à laisser prospérer tous ces bruits autour de toi, sans prendre la moindre initiative en vue d’y apporter des solutions. Faire la sourde oreille serait suicidaire pour toi ! Sache que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique est un champ d’expérimentation te permettant de te préparer à la gestion des affaires nationales.

Quand on est engagé dans la course pour des élections présidentielles, on ne saurait occulter certains paramètres qui, au finish, vont peser lourds dans la balance. Quand on veut engager une bataille de la plus haute importance, il faut s’assurer de la bénédiction de ses parents, de ses collaborateurs, voire de son entourage. Justement, parlant de tes collaborateurs de l’administration centrale du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, c’est le mécontentement généralisé !

En effet, sur la base des ressources financières générées, estimées à plusieurs milliards de francs CFA, les agents revendiquent une prime trimestrielle. Il semble que cette revendication, sommes toutes, légitime demeure tout aussi légale dans la mesure où il existe un arrêté portant création d’une régie d’avances depuis février 2010, signé des mains de l’ancien Ministre de l’Economie et des Finances Charles Koffi Diby.

« Où va donc l’argent depuis tout ce temps ? Les agents n’ont-ils pas raison de dire qu’ils sont spoliés depuis près de 10 ans ? Peut-on en vouloir à ceux qui crient à l’arnaque ? Cher Mabri Toikeusse, cette affaire de primes trimestrielles des agents empoisonne inutilement le Ministère. »

Ton prédécesseur Bakayoko Ly Ramata l’a appris à ses dépens. Tu l’as remplacée ; pourquoi donc ne pas régler une bonne fois pour toutes, ce problème qui gangrène l’administration centrale depuis si longtemps ? Trop de choses se racontent autour de cette fameuse prime trimestrielle. On dit par exemple que tu as finalement refusé de payer cette prime parce que le Directeur des Affaires Financières du Ministère, un certain Doumbia, aurait réussi à ‘’fermer ta bouche’’ (tu sais de quoi je parle) et que tu serais aussi l’otage du Directeur des Systèmes d’Information, un certain MaÏga (là encore, tu sais de quoi je parle).

Si deux petits fonctionnaires réussissent pour si peu à te museler, toi le candidat à l’élection présidentielle de 2020, que pourras-tu faire, une fois élu, face au diktat des puissances impérialistes ? Depuis une dizaine de jours, tes agents sont en grève, l’administration centrale est paralysée parce qu’ils revendiquent de meilleures conditions de vie et de travail.

Lettre ouverte Mabri : « le pouvoir est dans la rue »

Qu’as-tu fait en retour pour les apaiser ? Qu’as-tu entrepris en vue d’apporter des solutions à leurs problèmes ? Jusque-là, absolument rien ! J’ai même appris que leur grève va prendre d’ici quelques jours, un caractère illimité ! Comment comprendre ton mutisme ? N’as-tu rien à leur proposer dans la mesure où un bon dirigeant, c’est celui qui est capable d’apporter des solutions aux problèmes posés ? Ton mutisme doit-il être interprété comme un aveu d’impuissance ? En tout cas, en ce moment, on a l’impression qu’au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, le pouvoir est dans la rue !

« Mon cher Mabri Toikeusse, comme moi, de nombreux sympathisants attendent que tu décantes cette situation afin que ton honneur de véritable homme d’Etat magnanime soit rétabli. »

Non, mon cher Mabri Toikeusse, tu vaux plus que cela ! Les lamentations et les pleurs de tes agents, ces pères et mères de familles, doivent impérativement t’interpeller au plus haut niveau. Car, tu as besoin de leurs prières et bénédictions, eux qui crient nuit et jour à DIEU en vue de sortir des difficultés. Evite que la colère médiatisée de tes agents ne soit une contre-campagne pour ta candidature en 2020.

Sincèrement, j’ai mal de voir que tes efforts pour séduire davantage les Ivoiriens, à travers des dons et bâtiments offerts ça et là, sont en train d’être phagocytés par la révolte de ton personnel administratif. Que vaut la réhabilitation de l’école primaire publique dans la sous-préfecture de Gbonné, financée à hauteur de 12 Millions de francs CFA, quand les agents de l’administration centrale ont faim, malgré la richesse du Ministère ?

Est-il vrai que ton équipe et toi, considérez les ressources financières du Ministère comme une propriété privée, un butin de guerre, pardon de campagne, au point de ne pas donner le moindre centime au personnel administratif et technique ? Si c’est le cas, tu as tort sur toute la ligne ! Au nom de la justice sociale et de l’équité, permets à tes agents de bénéficier de ce qui leur revient de droit, à l’instar d’autres Ministères qui ont compris le sens du partage, la nécessité de bannir l’égoïsme et la méchanceté.

Lettre ouverte Mabri : « la balle est dans ton camp »

La région de la Mé s’apprête à te rendre hommage pour toutes les actions de développement posées en sa faveur. Eh bien, sache que les agents de l’administration centrale et leurs familles respectives sont prêts à en faire autant, pourvu que leur prime trimestrielle devienne une réalité. La balle est donc dans ton camp par rapport à ce potentiel électoral non-négligeable, à moins que la Présidence de la République ne t’intéresse pas en réalité ; comme le soutiennent certains analystes politiques, tu serais prêt à te contenter d’un poste de Vice-président ou de Premier Ministre.

En tout état de cause, l’Histoire jugera. En ce qui me concerne, je reste fortement préoccupé par ce qu’on retiendra de ton passage au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Sache que la réputation est préférable à l’argent. Retiendra-t-on de toi que tu auras été celui qui a changé positivement la vie des agents en leur octroyant enfin la prime trimestrielle ou alors que tu auras été celui qui a pris plaisir à les tromper cyniquement, de manière permanente avec tes fausses promesses ? Donneras-tu raison à ceux qui ont commencé à te désigner ironiquement sous le sobriquet de ‘’Alberto Trompéro’’ ou alors feras-tu parler ton cœur, de manière à les confondre ?

Mon cher Mabri Toikeusse, comme moi, de nombreux sympathisants attendent que tu décantes cette situation afin que ton honneur de véritable homme d’Etat magnanime soit rétabli. L’opinion nationale et internationale te regarde…

Gueu Mathias

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