Lettre ouverte à Affi et ses alliés : « Ne tombez pas dans le piège du pouvoir ! »

A quoi assiste-on ces derniers temps entre le PDCI-RDA et le FPI tendance Affi N’Guessan ? Une passe d’armes sur la place publique ? Vous qui vous réjouissiez, il y a peu, de vous retrouver dans le cadre de la « plateforme non idéologique » pour ramener la paix durable et la réconciliation en Côte d’Ivoire. Que se passe-t-il au point de vous empoigner déjà, faisant ainsi le jeu du régime Ouattara qui applaudira des deux mains de vous voir vous entredéchirer au lieu de vous donner la main et vous serrer les coudes pour l’affronter en 2020 ? Ne pas tomber dans le piège de ceux qui veulent vous diviser pour vous éloigner de l’objectif final. Car une voix perdue pour vous est une voix gagnée pour votre adversaire.

L’enjeu de la prochaine présidentielle ne mérite-t-il pas que chacun taise son amour-propre pour aller à l’essentiel ? Et cet essentiel est de tout mettre en œuvre pour redonner espoir aux nombreux Ivoiriens. Qui voient dans les efforts de cohésion et de rassemblement de l’opposition une chance inouïe pour sauver le pays de la mal gouvernance, des injustices et des graves atteintes aux principes démocratiques ces dernières années.

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Quoi qu’on dise, et comme il le dit lui-même dans l’interview accordée au quotidien Fraternité Matin du mercredi 4 septembre, Affi N’Guessan fait partie des premières personnes à se rendre à Daoukro. Afin d’apporter leur soutien au président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, lorsque le régime en place a déchaîné tous les instruments judiciaires et institutionnels contre le PDCI en vue de sa liquidation au profit du RHDP unifié qui était encore en gestation dans le secret des tenants du pouvoir.

La sagesse veut qu’entre partenaires, on ne s’étale pas sur la place publique

C’est fort de ces différents soutiens des autres partis de l’opposition que le président Bédié a annoncé la mise en place d’une plateforme qui regrouperait tous les partis et mouvements épris de paix et désireux de faire aboutir en Côte d’Ivoire une réconciliation vraie. Et non celle de façade faite à coups de propagande alors que la réalité est plutôt aux méchancetés gratuites contre les opposants, à la raison du plus fort, aux emprisonnements intempestifs et autres mesures arbitraires contre tous ceux qui n’épousent pas l’esprit RHDP-RDR.

C’est dans cette ambiance délétère et de graves menaces pour le parti septuagénaire que plusieurs Ivoiriens, dont Pascal Affi N’Guessan, se sont regroupés autour du président du Pdci-Rda pour dire « Non » à la dissolution du parti créé par Félix Houphouët-Boigny. Chemin faisant, il peut y avoir des couacs dans la marche et la démarche. Mais la sagesse veut qu’entre des partenaires, on ne s’étale pas sur la place publique dès le premier malentendu. D’où le célèbre adage selon lequel « le linge sale se lave en famille ».

La politique serait-elle devenue si « laide en Côte d’Ivoire » (pour paraphraser feu Bernard Zadi Zaourou) que la tolérance n’y a plus la moindre place ? Après donc ces quelques rappels, venons-en à l’actualité qui tourne autour de la réforme de la Commission électorale indépendante. Telle qu’exigée par l’Arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (Cadhp) du 16 nombre 2014. Dans le cadre des discussions ouvertes en son temps aux fins de cette réforme, l’opposition a rédigé un document unique contenant ses observations et propositions.

Affi et ses camarades floués par le gouvernement

Ce document a été paraphé le 1er mars 2019 par 23 partis et mouvements de la société civile dont le Fpi tendance Affi et remis au gouvernement. Devait suivre la série d’échanges entre l’opposition et le gouvernement. Après une première rencontre à laquelle tous les partis étaient présents, il se posera un problème de Termes de référence (TDR) qu’une partie de l’opposition, dont le Pdci-Rda, l’Eds, Lider, dit attendre du gouvernement qui les lui aurait promis.

Ces TDR n’ayant jamais été au rendez-vous, cette partie de l’opposition a estimé que cela constituait une fuite en avant du gouvernement qui invite ses interlocuteurs à une rencontre sans en préciser l’ordre du jour et les objectifs visés. Ces formations politiques qui exigent les Termes de référence refusent donc d’aller à des discussions dont elles ne maîtrisent pas les contours.

A contrario, Affi N’Guessan et un groupe d’opposants décident, eux, de prendre part aux discussions sous-prétexte que la politique de la chaise vide ne fait que l’affaire du pouvoir. Qui n’attend que cela pour opérer un autre passage en force en 2020 comme il sait si bien le faire. Le résultat de cette participation, on le connaît : Affi N’guessan et ses camarades se sont dit floués par le gouvernement au terme des discussions. « Nous ne nous reconnaissons ni de près ni de loin dans cette réforme de la Cei qui ne tient pas compte de nos propositions », dénoncent-ils.

Fort de cette déception, ces opposants semblaient se rapprocher de ceux qu’ils appellent « l’opposition radicale ». Du moins, à en croire le secrétaire exécutif en chef du Pdci-Rda, Maurice Kakou Guikahué, qui expliquait hier (jeudi) dans les colonnes du Nouveau Réveil : « Quand le gouvernement nous a saisis à l’effet de désigner nos représentants dans la nouvelle Cei, c’est Monsieur Affi N’Guessan qui nous a joints et conseillé le refus en bloc de notre participation à cette Commission électorale indépendante ».

Peut-on raisonnablement parler du Fpi en faisant fi de Gbagbo ?

Et d’ajouter : « Il a, à cet effet, animé la première conférence de presse le mardi 20 août 2019. Nous lui avons emboîté le pas le mardi 27 août 2019 avec à la clé notre correspondance de refus de désigner un représentant à la Cei adressée le même jour au gouvernement. Au moment où nous nous attendions au dépôt de la correspondance de Monsieur Affi N’Guessan, nous l’avons vu sortir d’une rencontre d’échanges avec le gouvernement le 2 septembre 2019 ». Une attitude qui a fait réagir Monsieur Guikahué qui se demande si « Affi N’Guessan est encore digne de confiance ».

Le premier animateur du Pdci-Rda fera remarquer à Pascal Affi N’Guessan que le choix opéré par le président Bédié de discuter avec toutes les tendances du Fpi procède de sa volonté de réconciliation et ne saurait être un revirement de ce dernier. D’ailleurs comment pouvait-il en être autrement quand on sait que le président du Pdci-Rda n’a de cesse de dénoncer l’intrusion du gouvernement dans le fonctionnement des partis politiques, toute chose dont est victime le Fpi ?

En outre, peut-on raisonnablement parler du Fpi en faisant fi de son fondateur, Laurent Gbagbo, acquitté par la Cpi et en résidence à Bruxelles en attendant l’aboutissement de l’appel interjeté par la procureure Fatou Bensouda ?

Appel à tous les leaders de l’opposition

Pour des gens qui ont un objectif commun à poursuivre et surtout à atteindre, à savoir battre le régime actuel en 2020, doit-on se bagarrer sur la place publique pour des questions auxquelles on peut valablement trouver des solutions pourvu qu’on en ait la bonne volonté et qu’on s’asseye autour d’une table de discussions ? Face à un régime qui proclame partout que les élections sont déjà gérées, calées et pliées, ne faut-il pas taire les querelles intestines pour former un bloc solide pour aller au combat plutôt que de se tirer dans les pattes ?

Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Maurice Kakou Guikahué, Pascal Affi N’Guessan, Assoa Adou, Simone Gbagbo et tous les autres responsables de l’opposition, le peuple ivoirien vous observe et se demande si vous voulez réellement sauver ce pays de la situation déplorable dans laquelle elle se trouve en ce moment. Si oui, il ne vous reste qu’une chose : appropriez-vous l’adage qui dit : « Quand ta case brûle, tu ne tries pas l’eau pour éteindre l’incendie au risque de laisser toute la case se consumer ». Sortez donc de la politique d’exclusion en votre sein ! Unissez-vous au chevet de la Côte d’Ivoire malade !

Cela devrait être la seule préoccupation du moment. Car face à la Côte d’Ivoire dont vous-mêmes ne cessez de dire qu’elle est en danger, il ne vous reste qu’à vous ressaisir. Et à rattraper ce qui peut l’être encore dans votre marche commune pour le salut du pays. Et ce, au-delà de tout autre intérêt personnel.

ABEL DOUALY

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