Les Gnambros, nos chers maîtres ! (Editorial)

Des gnambros ont tué un gendarme à Yopougon Lavage le dimanche 25 août 2019

Officiellement, ils n’ont aucune légitimité. Mais leur règne est sans partage dans les communes du District d’Abidjan et sur les gares routières de l’intérieur du pays. Aux yeux et à la barbe de nos décideurs.

Tous ceux qui ont voyagé une seule fois dans leur vie en Côte d’Ivoire, par car, ou qui se sont simplement déplacés d’une commune à une autre dans le District d’Abidjan, par le biais des taxis communaux communément appelés Wôrô-wôrô, se souviennent certainement de ces jeunes. Ils sont généralement imposants par la forme, des gens physiquement au point pour la plupart. Dans leurs rangs, on rencontre aussi des gens au physique frêle. Certains arborent assez de bagues noires sur leurs doigts, comme pour dire qu’ils disposent de certains pouvoirs mystiques.

La mission qu’ils se sont assignés : organiser le transport avec ou contre le gré des usagers. Ainsi donc, ils créent des espaces qui leurs servent de gares routières. Ils invitent les véhicules à y venir pour charger, et ils trouvent des clients pour les chauffeurs qui acceptent de charger à leur gare. Tout cela, moyennant des taxes étudiées qu’ils fixent aux propriétaires de véhicules ou chauffeurs qui utilisent leurs espaces.

Dans leur milieu, les incompréhensions se règlent par la force. C’est assez souvent que pour avoir refusé de leur verser 100 F, 200 F, 300 F voire 500 F qu’ils battent à sang, parfois à mort des chauffeurs. Ou des passagers qui essaient de remettre en cause ou de dénoncer leur système. Il y a quelques années, ils ont abattu froidement un policier à Adjamé (Texaco), récemment à Koumassi, ils ont fait parler d’eux. Les exemples sont légions. Ce dimanche 25 Aout 2019, c’est le Maréchal des Logies( Mdl) Tiékou Anderson, qui a payé cash sa volonté de s’interposer entre ces grands messieurs, nos chers maîtres et un chauffeur, selon des témoins de la scène.

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D’abord, ils réussissent à cerner très rapidement le jeune gendarme qui était en territoire inconnu et seul contre tous. Les Gnambros, nos chers maîtres pouvaient se contenter de le frapper, de le désarmer et de le conduire au poste de Police le plus proche. Que non ! Nos chers maîtres ne fonctionnent pas ainsi. Ils vivent certes sur le territoire ivoirien, mais ils sont régis par des règles qui leurs sont propres. Certainement pour ce genre de cas où un intrus tente de les raisonner, il faut lui ôter la vie. Et ils l’ont fait…

Anderson Tiekou, repose en paix !

Que ton âme repose en paix, mono. Comme tout bon Gendarme, Policier ou Militaire, tu as voulu mettre de l’ordre, certainement. Ou alors, tu as voulu prêter main forte à une personne en danger de mort et tu as trouvé la mort. Certains prendront le raccourci et  diront, qui l’a envoyé là-bas ? Il n’était pas en mission ou encore il sait très bien que les Gnambros sont violents…et patati et patata. Et tes frères d’armes, ton binôme, et tes collègues de promotion qui ont appris cette triste nouvelle répandue à travers le pays depuis 15 heures ce dimanche, ne pourront rien faire. Pour au moins trois raisons :

Parce qu’ils doivent rester dignes dans leur douleur,

Parce qu’ils sont Gendarmes et donc un corps d’élite,

Parce qu’ils n’ont pas le droit de se rendre justice.

Pendant ce temps, nos chers maîtres, les Gnambros, eux, peuvent continuer de jouer les héros, d’effrayer passagers et chauffeurs, d’imposer leurs lois. Nos autorités qui ont fait le choix de traiter au cas par cas, la question du désordre dans le transport dans les communes d’Abidjan, pour des raisons qui leurs sont propres, prendront certainement un arrêté dès ce lundi 26 Août pour interdire l’activité des syndicats dans la commune de Yopougon, peut-être même qu’elles n’oseront pas.

« Ils peuvent dégainer quand ils veulent, tuer qui ils veulent, imposer leurs taxes pour faire augmenter le transport sans que cela n’émeuve nos décideurs »

Et si elles venaient à interdire l’activité de ces derniers, Yopougon serait la seconde commune après celle de Koumassi. Pendant ce temps, ce désordre peut prospérer dans les autres communes du District d’Abidjan. On attendra que nos chers maîtres tuent encore à Bingerville, à Abobo, à Anyama, à Adjamé…avant d’oser réagir.

Le préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié ne déclarait-il pas, le mardi 11 juin 2019, suite aux affrontements à Koumassi : « L’activisme des groupes isolés violents ou criminels au sein d’une communauté, aussi importante et stratégique que la communauté du transport, sera combattu » ?

Parce que ce sont nos chers maîtres. Ils peuvent dégainer quand ils veulent, tuer qui ils veulent, imposer leurs taxes pour faire augmenter le transport sans que cela n’émeuve nos décideurs. Yako à mes amis militaires, à tous les braves Policiers. Et enfin, en pensant à vous, chers gendarmes de la brigade d’Azaguié, pour votre assistance pendant que j’étais en panne, en pleine forêt, entre Azaguié et Yakassé-Mé, dans la nuit du 18 Août. Dieu vous protège dans vos missions respectives et vous garde.

Jules Claver Aka

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