« Le statut de la magistrature au Burkina Faso est le plus évolué en Afrique francophone » (Avocat)

Arnaud Ouedraogo, avocat burkinabé

Pour l’avocat Arnaud Ouedraogo, le statut de la magistrature au Burkina Faso est l’un des plus évolués d’Afrique. Il en donne les raisons dans cette tribune.

Le statut de la magistrature au Burkina Faso est sans doute le statut de la magistrature le plus évolué de l’Afrique noire francophone. Je suis fier de faire partie des artisans intrépides de cette glorieuse conquête qui inspirera certainement d’autres pays africains.

Quand nous nous engagions dans cette conquête, qui revêtait toutes les allures d’une utopie, c’était d’abord parce que nous savions que l’indépendance du juge était le premier droit de la défense. Lorsque le juge n’est pas dégagé de l’étreinte du Prince, le procès n’est qu’une farce pour gens de cirque, et l’avocat un simple porteur de valise.

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C’était aussi parce que nous savions que l’Etat de droit était le meilleur rempart contre les chocs intérieurs et extérieurs. Bien sûr que tous les pays sont exposés au terrorisme mais ils n’y sont pas exposés mêmement. Un Etat où la corruption règne en maître s’écroule face aux premiers assaillants quand un État de droit lutte farouchement sans s’effondrer.

Magistrature au Burkina Faso

C’est encore parce que nous savions que le droit était la force motrice de la civilisation humaine. Là où l’homme ne répond de rien, là où la parole donnée vaut pour du vent, la confiance se rompt et l’état de nature reflue. C’est Loisel qui écrit : « On lie les taureaux par les cornes et les hommes par la langue ».

 » Ne nous y trompons pas : dans cette affaire, c’est aussi le droit qui est en crise. Nous sommes bel et bien face à une crise de gouvernance qui voudrait trouver dans le terrorisme un cache-sexe bien commode. »

C’était enfin parce que nous savions que la responsabilité juridique maintient les esprits en état de veille, et exerce les hommes à la vigilance de tous les instants : « chacun est responsable de son fait, de sa négligence et de son imprudence « .

Mais il restait une dernière bataille à livrer pour le droit : nous n’avons pas pu mettre en place un mécanisme efficace de responsabilisation des gouvernants, pour que le pouvoir ne tombe jamais dans les mains de Barrabas.

Droit et terrorisme

Quand la corruption s’érige en système de gouvernance, la lutte contre le terrorisme devient une aubaine inespérée pour tous les margoulins. L’économie de la terreur vient se superposer à l’économie de paix. Tout le monde tente de tirer son maron du feu.

Palais de Kosyam Burkina Faso
Palais de Kosyam Burkina Faso

Et cela va de l’opacité des dépenses militaires jusqu’aux barricades payantes érigées par les forces de l’ordre pour ponctionner les populations qui payent sans broncher. Car on ne doit pas broncher contre ceux qui gardent notre sécurité. Celui qui a déjà traversé les frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso saura témoigner de cet étrange destin du droit.

Ne nous y trompons pas : dans cette affaire, c’est aussi le droit qui est en crise. Nous sommes bel et bien face à une crise de gouvernance qui voudrait trouver dans le terrorisme un cache-sexe bien commode. Personne ne nous explique pourquoi, à leur arrivée, les terroristes n’ont trouvé aucun État, pourquoi les rôdeurs ont trouvé les portes de la République entrebâillées.

Il n’y a pas à chercher midi à quatorze heures : l’Etat de droit demeure notre seule porte de sortie. La seule issue.

Arnaud Ouedraogo

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