Côte d’Ivoire : La rébellion du 19 septembre 2002 était-elle nécessaire, au regard du recul démocratique actuel ?

Des rebelles du MPCI paradant à Bouaké

En prenant les armes le 19 septembre 2002, les ex-rebelles croyaient mettre totalement fin à toutes les dérives antidémocratiques dans le pays d’Houphouët-Boigny. Il croyait pouvoir garantir la liberté d’expression, le respect des lois, l’égalité de chance de réussir pour tous, un développement équitable pour toutes les régions du pays, la démocratie comme on en voit dans certains pays de l’hexagone…

Que non ! 17 ans après l’éclatement de la rébellion en Côte d’Ivoire et huit ans après l’accession d’Alassane Ouattara à la magistrature suprême, les arguments qui ont motivé la prise des armes refont surface.
Quand les rebelles évoquaient l’Ivoirité, il faisait allusion au code électoral d’alors qui stipulait que le candidat à une élection présidentielle en Côte d’Ivoire devrait être de père et de mère ivoirien. Ces derniers devant être eux-mêmes, Ivoiriens d’origine.

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Aujourd’hui, ceux qui ont pris les armes et qui ont accompagné ou favorisé l’avènement d’Alassane Ouattara au pouvoir( c’est eux qui le disent) constatent que le pays n’a pas rompu avec les idées exclusionnistes. C’est Ouattara lui-même qui, dès son accession à la magistrature suprême, a annoncé le rattrapage au profit des populations du nord de la Côte d’Ivoire. Depuis lors, la part belle est faite aux ressortissants du nord de la Côte d’Ivoire, dans les nominations aux emplois publics.

Ce n’est pas tout. Guillaume Soro, le chef de file de la rébellion estime que la démocratie n’est pas de mise dans le pays.  » Si aujourd’hui, quelqu’un dit le tiers de ce que Ouattara a dit lorsqu’il était dans l’opposition, il sera pendu avec un crochet de boucher « , a déclaré Guillaume Soro lors d’une rencontre à Paris. Visiblement, ceux qui ont pris des armes, tirés sur des Ivoiriens se rendent compte qu’ils se sont trompés. D’où cette interrogation: la rébellion du 19 septembre 2002 était-elle nécessaire ?

De mon point de vue, elle n’a servi à rien, sinon à favoriser l’avènement d’un parti politique, le RDR et son mentor au pouvoir. Les militaires ivoiriens exilés, il y en a sous Ouattara. Ces derniers doivent-ils prendre les armes pour se faire entendre? Le Rattrapage existe bel et bien. Les autres régions défavorisées doivent-elles prendre les armes? On continue d’emprisonner des députés. Doivent-ils entretenir des combattants?

Si Soro, Lobognon, Kanigui, Sekongo Félicien et bien d’autres se présentent aujourd’hui comme des opposants à Alassane Ouattara, cela signifie tout simplement qu’ils regrettent d’avoir pris les armes. Naturellement, ça veut dire que la rébellion n’a pas donné les fruits escomptés. Les Ivoiriens, dans leur grande majorité, dénoncent le manque de liberté d’expression donc de démocratie. Même Henri Konan Bédié, d’ordinaire réservé, a fini par affirmer que Ouattara refuse l’alternance.

A en croire l’adresse du Chef de l’État, le 6 août 2019, veille de la célébration de l’anniversaire de l’accession de la Côte d’Ivoire, la constitution pourrait être révisée. Et ce, en vue de disqualifier d’éventuels candidats à la présidentielle d’octobre 2020. En somme, nous nous retrouvons dans la même situation qu’il y a vingt ans. Les ex-rebelles, nos amis et frères qui ont pris les armes hier, qu’ils aient eu un rôle majeur ou qu’ils aient été de simples exécutants, doivent confesser sincèrement leurs actes, à l’instar de Guillaume Soro, qui ne rate plus une occasion pour le faire. Ou alors s’ils veulent qu’on les comprenne, ils devraient être plus exigeants pour lutter contre les mêmes dérives qui les ont motivés à prendre les armes hier. Ainsi, on reconnaîtra en eux des hommes de principes. Tout simplement.

Jules Claver Aka

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