« La Côte d’Ivoire est désormais aux portes d’une nouvelle dictature après celle de Guéi » (Opinion)

Excellence Monsieur le Président de la République, c’est avec surprise et indignation que j’ai suivi, avec beaucoup d’attention, les péripéties de ce qu’il est convenu d’appeler « l’Affaire Jacques Mangoua ». Et, après plusieurs réflexions, j’ai décidé de vous adresser ce courrier afin d’attirer votre haute attention sur les graves dérives qui sont malheureusement en train de jalonner votre fin de règne.

En effet, Excellence Monsieur le Président de la République, au terme d’un procès pour le moins rocambolesque, M. Mangoua Koffi Saraka Jacques, ci-devant, Président du Conseil Régional du Gbêkè et Vice-président du PDCI-RDA, a été incarcéré dans les geôles de la prison civile de Bouaké avant d’être nuitamment transféré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). L’objectif de ce transfèrement, selon le procureur Koné Braman, était de le rapprocher de sa famille, son épouse et, certainement, de son médecin traitant. Or, sa famille au nom de laquelle ce transfèrement a été effectué est aujourd’hui empêchée de rendre visite au « prisonnier ».

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Excellence Monsieur le Président de la République,

Etes-vous informé de cette situation ? Savez-vous que M. Jacques Mangoua, haut cadre du parti houphouetiste, et de surcroit Président du Conseil régional du Gbêkè, est empêché de toutes visites ?  Si oui, comment pouvez-vous entretenir un silence opaque et impénétrable sur cette situation ? Comment comprendre, Excellence Monsieur le Président de la République, que vous qui aviez des années durant, combattu l’injustice et l’arbitraire dans ce pays, soyez capable de cautionner une telle mascarade ? Surtout que, « l’Affaire Jacques Mangoua » continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive en Côte d’Ivoire.

En effet, dans cette affaire, les Ivoiriens trouvent curieuse, l’attitude du procureur Koné Braman qui semble dire le droit à l’envers. Les Ivoiriens s’étonnent de l’attitude de ce procureur qui a osé royalement ignorer le procès-verbal (PV) de la gendarmerie de Botro qui aurait pu lui permettre de faire éclater la vérité. Également, l‘on s’étonne que sous le régime du RHDP, la ‘’présomption d’innocence’’ se transforme en ‘’présomption de culpabilité’’. De sorte que, désormais, c’est à l’accusé d’apporter la preuve de la détention ou non d’un objet jugé dangereux, et non à l’accusateur de démontrer la culpabilité de l’accusé.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Depuis la création de la Côte d’Ivoire, c’est seulement sous votre régime que le principe de ‘’présomption d’innocence’’ s’est transformé en ‘’présomption de culpabilité’’. Faisant ainsi de tous les Ivoiriens des prisonniers en sursis dans leur pays. Aussi, est-il curieux voire difficile à comprendre que M. Jacques Mangoua qui, selon le procureur Koné Braman, est le propriétaire des objets trouvés dans sa résidence, ait lui-même saisi à la fois la gendarmerie de Botro, le Préfet de Bouaké et le procureur lui-même en sachant bien que cela pourrait lui être préjudiciable. M. Jacques Mangoua serait-il aussi naïf pour garder à son domicile des objets dangereux et informer, par la suite, les autorités administratives et judiciaires ?

Excellence Monsieur le Président de la République, il semble donc évident que l’arrestation de Monsieur Jacques Mangoua procède moins d’une quelconque découverte d’armes à son domicile qu’à une volonté manifeste de nuire à sa personne. Il s’agirait assurément d’un complot ourdi par des mains obscures contre le vice-président du PDCI dont l’objectif est de mettre sous l’éteignoir un potentiel candidat à la présidentielle de 2020. Également, cette mascarade viserait à affaiblir son parti et son Président Henri Konan Bédié. Et pourtant, cette arrestation semble avoir produit l’effet contraire. A en juger par la détermination des populations de Bouaké qui s’étaient révoltées au lendemain de ce procès rocambolesque.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Il semble donc évident que l’arrestation suivie de la détention de Monsieur Jacques Mangoua crée plus de problèmes à votre régime qu’elle n’en résout. Car, à l’allure où vont les choses, il est clair qu’en 2020, les différents directeurs de campagnes du RHDP auront des difficultés à convaincre les populations de Bouaké de rallier leur cause. Déjà, un avant-goût a été donné récemment dans l’Ouest du pays lors de la tournée de votre collaborateur Jeannot Kouadio Ahoussou. Les populations Baoulé de cette région lui ont réservé un accueil qu’il n’oubliera certainement pas de sitôt.

Excellence Monsieur le Président de la République,

cette « Affaire Jacques Mangoua » interpelle la conscience humaine et dépasse même l’entendement. Elle montre bien que ceux qui avaient cru en vos promesses de campagne en 2010 relativement à votre volonté de bâtir un Etat de droit en Côte d’Ivoire s’étaient certainement trompés. Car, après « L’affaire Akossi Bendjo » et celle relative au président de la JPDCI urbaine, lui aussi curieusement astreint à toutes activités politiques, celle de Jacques Mangoua constitue, à n’en point douter, la preuve de la fébrilité et de la frilosité de votre régime. Or, lorsqu’un régime devient fébrile et frileux, cela n’augure pas de lendemains meilleurs.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Le slogan « ADO solutions » prôné en 2010 serait-il finalement devenu « ADO problèmes » pour les Ivoiriens ? L’arrestation de Jacques Mangoua, ajoutée à « L’affaire Bendjo » et « L’affaire Kouassi Valentin », montre bien que la Côte d’Ivoire est désormais aux portes d’une nouvelle dictature après celle de Guéi Robert en 2000. Pourtant, votre accession au pouvoir, dans des conditions quasi pénibles, avait néanmoins suscité beaucoup d’espoir eu égard à vos promesses de faire de la Côte d’Ivoire, un Etat véritablement démocratique.

Excellence Monsieur le Président de la République,

que s’est-il passé entre-temps pour que la gestion démocratique du pouvoir d’Etat, prônée naguère, se soit transformée en une gestion autocratique et dictatoriale ? Croyez-vous, Excellence Monsieur le Président de la République, que le bâillonnement des cadres de l’opposition ainsi que d’autres graves dérives dont se rend quotidiennement coupable votre régime peuvent vous assurer une sortie honorable en 2020 ? Surtout que, lorsqu’un régime développe un appareil répressif d’envergure, c’est que celui-ci n’a plus une longue durée de vie. Enfin bref !

En tant que chef de la magistrature, il vous appartient, au regard de tout ce qui a été évoqué,  de rappeler à l’ordre tous ceux qui ont osé dire le droit à l’envers dans cette affaire,  et exiger la relaxe pure et simple de M. Jacques Mangoua avant qu’il ne soit certainement trop tard.

Par Niamien Kouadio Sévérin, Cadre de la Région du Gbêkè

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