« Entre le RDR et les autres partis du RHDP, c’est une relation du cheval et du cavalier » (Opinion)

Les 114 cadres PDCI partis au RHDP

Au moment où la récente interview du président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, relance le débat sur la candidature de l’ancien chef de l’Etat à la présidentielle d’octobre 2020, il n’est pas superflu de revenir sur l’Appel de Daoukro du 17 septembre 2014. Et analyser comment un tel appel aussi ovationné et salué, en son temps, par l’ensemble des houphouétistes peut être à la base d’une si grave crise qui met aujourd’hui en péril le pays tout entier.

Bref rappel historique. Dans le cadre des visites d’Etat qu’il effectuait dans les différentes régions du pays, et qui reprennent aujourd’hui à Dimbokro après quelques années d’interruption, le président Alassane Ouattara s’est rendu dans l’Iffou en septembre 2014. Au cours du meeting de clôture le 17 septembre à Daoukro, chef-lieu de région, le président du PDCI-RDA lance un appel solennel à l’endroit des partis membres du RHDP. Afin qu’ils soutiennent la candidature d’Alassane Ouattara pour un second mandat en 2015.

A lire aussi : Bictogo sur RFI : « La candidature de Ouattara est une option, Gbagbo est perçu comme une bouée de sauvetage pour Bédié »

Une décision prise sans même avoir consulté ses militants et les instances de son parti et en contradiction avec les résolutions du 12èmecongrès ordinaire. Qui avait décidé que le PDCI-RDA présente « un candidat actif » à la présidentielle d’octobre 2015.Dans ce même Appel de Daoukro, Henri Konan Bédié avait formé le vœu qu’en contrepartie, le RHDP accorde son soutien à la candidature d’un cadre issu des rangs du PDCI-RDA en 2020.

Cet appel, on s’en souvient, avait été accueilli par un Standing Ovation (applaudissement en se mettant debout). Et le président Ouattara de s’écraser dans les bras de son aîné Aimé Henri Konan Bédié presque les larmes aux yeux d’émotion et de joie. Il rendra, par la suite, un hommage appuyé à ce dernier dont il mettra en lumière les grandes qualités d’homme d’Etat et de paix.Le résultat de ce consensus fut plutôt édifiant: Alassane Ouattara, qui n’avait aucun candidat de poids en face, a été élu avec un score confortable de 83,66% au premier tour de la présidentielle du 25 octobre 2015. Son suivant, Pascal Affi N’Guessan, avait recueilli 9,29% des suffrages.

Frustration et révolte des militants PDCI-RDA

Devenu historique, l’Appel de Daoukro était commémoré chaque année. Et à son troisième anniversaire le dimanche 17 septembre 2017, tousles intervenants ont réitéré les mêmes hommages à celui pour qui ils ne tarissaient plus d’éloges jusqu’en 2018, année de l’éclatement de la crise entre les deux frères, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Le premier accuse le second de n’avoir pas respecté la deuxième clause de l’Appel de Daoukro relative au soutien à la candidature d’un cadre du PDCI-RDA en 2020.

Et le président de la République de se défendre en refusant avoir promis à son aîné un quelconque soutien à la candidature d’un cadre de son parti lors du scrutin présidentiel de 2020. Pour Alassane Ouattara, « c’est le meilleur d’entre nous qui sera choisi comme candidat du RHDP » n’a -t-il cessé de répéter. Et ce, après avoir bénéficié de la première clause de l’Appel de Daoukro qui invitait les autres partis du RHDP à soutenir sa candidature en 2015.

Bédié tombe des nues et n’en croit pas ses yeux. Pour lui, comment peut-il faire une telle déclaration publique sans en avoir préalablement discuté avec l’autre partie ? En outre, si le président Ouattara n’était pas d’accord avec la clause relative au soutien à un candidat du PDCI en 2020, pourquoi ne l’avoir pas relevé sur-le-champ à Daoukro ? Pour Bédié, c’est un acte de haute trahison qu’il vient de subir de la part de celui pour qui il a consenti tant de sacrificesdepuis la crise postélectorale de 2010. Mais aussi et surtout une grande humiliation vis-à-vis des militants de son parti.

Fort heureusement, ceux-ci ne lui en voudront nullement. Bien au contraire, ils éprouvent de la frustration et de la révolte et se serrent les coudes autour de leur chef. Puis cerise sur le gâteau : Ouattara veut dissoudre le PDCI-RDA au profit du RHDP unifié. La révolte est au comble conduisant à une rupture totale entre les deux hommes et leurs formations politiques respectives. Pourtant, à la lumière de ce bref rappel historiquedes faits, l’on s’aperçoit que le bon sens aurait voulu que ce soit Alassane Ouattara qui, dans un élan de reconnaissance envers son aîné pour ses actes de réconciliation et de paix, encourage la candidature d’un cadre du Pdci-Rda comme Bédié l’a dit dansl’Appel de Daoukro.

Non à la relation du cheval et du cavalier !

Même si ce cadre du PDCI devait être M. Bédié lui-même, ce ne serait que justice rendue à cet homme que tous reconnaissent aujourd’hui comme un artisan de paix et qui avait été renversé par un coup d’Etat en 1999, comme il l’a rappelé lui-même dans Jeune Afrique de cette semaine.Et en cela, les deux hommes n’auraient rien inventé en matière d’arrangement politique. Entre l’actuel président russe Vladimir Poutine et son Premier ministre Dmitry Medvedev, il a prévalu ce genre d’arrangement, chacun assumant la magistrature suprême à tour de rôle.

Après avoir été président de 2008 à 2012 avec comme Premier ministre son prédécesseur Vladimir Poutine, Medvedev est devenu le Premier ministre de ce dernier depuis 2012 quand Poutine a été réélu à la tête de la Russie. Sans être un modèle d’alternance à souhaiter, puisque ce sont les deux hommes qui se font la passe et non leurs formations politiques, on peut considérer que les arrangements peuvent assurer une alternance pacifique et démocratique si les partis s’accordent sur le mode et le mécanisme et si tout se passe dans le respect des règles de la démocratie.

C’est ce que Bédié a voulu et que Ouattara a refusé. Aujourd’hui, avec la part belle faite au Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, tous ont compris que le fameux cadre RHDP « meilleur d’entre nous », dont le chef de l’Etat parlait dans ses discours, est bel et bien le Premier ministre. C’est-à-dire un autre cadre du RDR qui succéderait à son mentor Ouattara. Ainsi, entre le RDR et les autres partis membres du RHDP, ce serait une relation du cheval et du cavalier, l’un étant condamné à porter par l’autre. D’où cette réaction du secrétaire exécutif en chef du PDCI-RDA, Pr Maurice Kakou Guikahuéqui, à une réunion des délégués du PDCI le 15 avril dernier, disait : « Si réconcilier Bédié et Ouattara, c’est mettre le PDCI-RDA à la disposition du RDR, nous n’en voulons pas ». 

Pour tout dire,au-delà des intérêts et colorations politiques,ce que la justice sociale et la raison attendent du président Ouattara, c’est de se ressaisir, reconnaître le tort causé à son aîné et accéder à ses desiderata. Plutôt que de s’enfoncer dans un bras de fer dans lequel il croit avoir raison tout simplement parce que le pouvoir lui en donne l’illusion. Les tripatouillages de la constitution et autres manœuvres pour vaincreses challengers ne sauraient être des armes de guerre contre des adversaires politiques. Qui attendent que tout se passe à la loyale. Afin qu’on connaisse la vraie valeur de chacun.

ABEL DOUALY

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