Député Gnangadjomon Koné : « Ouattara n’aurait jamais été Président si Soro avait cédé aux propositions de milliards »

Gnangadjomon Koné, député de Dianra

Le député Gnangadjomon Koné s’est ouvert à Afriksoir.net. Dans cet entretien, il parle de son rapprochement au mouvement Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (RACI).

Vous venez d’être nommé au sein du RACI, quel sentiment ?

Effectivement, j’assume désormais les responsabilités de Vice-président du Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (RACI) chargé de la recherche scientifique, des sciences, de la technologie et de l’environnement. Au surplus, je suis désigné Secrétaire général et porte-parole du groupe parlementaire Rassemblement affilié au RACI. Naturellement, je suis habité par un sentiment de joie et de fierté après ces deux nominations. Fierté de constater notamment qu’au sein du RACI, l’on me fait confiance surtout dans ces temps de fleurissant marché politique où la transhumance est érigée en règle de conduite.

Je remercie le président de notre parti, mon camarade Soro Kaniguy Mamadou, Député de Sirasso pour cette marque de la confiance. Mes sincères reconnaissances également au président du Comité Politique (CP), SEM Guillaume Kigbafori Soro qui sans cesse me renouvelle son amitié et sa confiance. Je dédie enfin cette nomination à l’ensemble des populations du Département de Dianra pour leur soutien indéfectible depuis 2011.

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Vous avez lâché le mot transhumance politique. Comment avez-vous vécu les défections des députés au sein de votre groupe ?

C’est avec beaucoup d’amertume que j’ai vu des collègues députés de notre groupe parlementaire rejoindre le RHDP. J’ai été d’autant plus attristé que ces Députés démissionnaires étaient tous deux des amis avec qui j’ai personnellement partagé beaucoup de choses. J’ai été surtout peiné pour ces millions d’Ivoiriens que nous avons embarqués dans le vaste projet national de conquête du pouvoir d’Etat, projet dont SEM Guillaume Soro est le principal porteur. Ces jeunes, femmes et hommes qui ont placé leur confiance en nous, se sentent désabusés, trahis et abandonnés chaque fois qu’il y a des rumeurs de rétropédalage. A toutes ces personnes déçues, je voulais exprimer les regrets du groupe parlementaire Rassemblement.

Des rumeurs ont aussi couru sur votre éventuel départ au RHDP

J’ai eu échos de ces rumeurs selon lesquelles je serais sur le point d’atterrir au RHDP. Certes, j’ai eu des appels téléphoniques et des rencontres avec des personnalités politiques à cet effet. Mais si à chaque fois, j’ai répondu à ces appels et honoré certains rendez-vous, c’était moins par intérêt pour l’offre du RHDP que par courtoisie pour ces aînés qui ne cessent de me solliciter.

A présent, je veux que l’on considère que j’ai définitivement tourné la page du RHDP. A tous ces recruteurs du RHDP, je veux rappeler que j’ai un contrat politique, moral et générationnel avec Guillaume Soro. Et le terme dudit contrat va au-delà des élections présidentielles de 2020 mais pas avant.

Diantre ! Quelle morale politique allons-nous laisser aux générations futures si nous devrions transformer l’arène politique en un marché où le plus offrant est d’avance rassuré d’avoir le gain du jeu. Quelle image allons-nous léguer si nous devrions considérer la politique comme la saine appréciation du plat du moment ? Plusieurs exemples politiques nous interpellent pourtant : fils de modeste famille, Laurent Gbagbo ne serait jamais parvenu au pouvoir s’il avait marchandé ses convictions politiques avec Félix Houphouët-Boigny.

De même, le Président Ouattara n’aurait peut-être jamais accédé à la magistrature suprême si Guillaume Soro avait cédé aux propositions de milliards à lui faites. Après un temps suffisant de réflexion, j’ai résolument choisi de me mettre entièrement à la disposition de Guillaume Soro pour la conquête du pouvoir en 2020.

Vous parlez de contrat qui vous lie à Guillaume Soro. De quoi s’agit-il ?

Au-delà de raisons affectives de mon désamour avec le RHDP, j’ai parlé de contrat politique, moral et générationnel avec Guillaume Soro. Au plan politique, je partage avec Guillaume Soro la conviction qu’il faut repenser et prendre plus au sérieux la question de la réconciliation nationale après tant d’années de turbulences politiques.

Sur ce point, le Président du CP a longtemps été traité d’alarmiste et de démagogue. On a même entendu dire que le pays n’a pas besoin de réconciliation mais seulement de ponts et de goudron. De toute évidence, les récents heurts intercommunautaires quasi généralisés dans le pays ont dévoilé l’escroquerie intellectuelle et l’arrogance des tenants de cette conception purement économétrique de la réconciliation nationale.

Je ne veux alarmer personne mais l’enchaînement de conflits intercommunautaires pose clairement la problématique de la gouvernance des communautés. Le pays redevient une poudrière quand l’arrogance, la cupidité ou la course à l’enrichissement illicite et personnel amènent à denier à autrui son sentiment de mal être.

Je suis également séduit par la doctrine du développement endocentrique chère à Guillaume Soro. La Côte d’Ivoire a besoin d’un développement enraciné par le bas qui n’est possible que dans une démarche bottom up. Il nous faut une démarche qui fait des citoyens des acteurs de leur propre développement au sens où celui-ci prend appui sur leurs aspirations et vécu quotidien.

De mon point de vue, si la gouvernance actuelle avait privilégié cette approche du développement basée sur l’écoute active préalable des populations, les questions d’eau potable et d’éducation ne se poseraient plus avec autant d’acuité. Il est de notoriété que la problématique de l’accès à l’eau potable demeure, entre autres, un dénominateur commun à la grande majorité des villages du pays.

A travers son ingénieuse décision de visiter toutes les régions du pays avant son avènement au pouvoir en 2020, Guillaume Soro s’est imposé comme l’acteur politique qui connait le mieux les aspirations profondes de ses compatriotes. Guillaume Soro a, dans le nez, l’odeur des points d’eaux impropres sur lesquels animaux et humains se disputent quotidiennement dans nos villages.

Le président du CP concentre désormais à l’oreille, les échos des appels pathétiques paysans d’accès à l’eau potable et les cris innocents de milliers d’enfants abandonnés par l’Etat dans des écoles paillotes à l’échelle de nos régions. Au surplus, il a vu des milliers de paysans en sueur salé dans leurs plantations d’anacarde et de coton sous le soleil de plomb de ces moments de variation climatique. Pour Guillaume Soro, l’achat du kilogramme d’anacarde à 75 FCFA ou 100 FCFA est une vraie trahison de l’État vis-à-vis des populations du Nord.

Au plan générationnel, sachez que j’ai 45 ans soit deux années seulement de moins que Guillaume Soro. Nous sommes tous deux d’une même génération, celle des années 70 et partageons, de ce fait, une histoire. Contrairement aux générations antérieures, la nôtre s’est forgée dans la douleur à l’Université comme dans tous les secteurs socioprofessionnels.

Notre génération n’a guère connu l’Etat social ou ce qu’il a été convenu d’appeler le miracle ivoirien. Pour avoir servi de poudre à canon pour nos aînés sur le front de conquête du multipartisme, notre génération a subi les pires brutalités de l’Etat et a fini par se forger prématurément une mentalité de combattant et de gagneur. Dans la galère de l’Université qui a donné naissance au Zouglou, nous avons développé les valeurs de partage et de solidarité dans les cercles syndicaux.

Quand un des nôtre émerge politiquement comme le fait Guillaume Soro, je trouve cohérent que notre génération et celles de nos cadets se mobilisent autour de lui surtout qu’il s’agit du politiquement plus habile et plus intelligent d’entre nous.

Pouvez-vous nous parler finalement des raisons affectives de votre désamour avec le RHDP ?

Si je refuse d’intégrer le RHDP c’est aussi lié à ce que je considère comme une frustration personnelle : alors que tous les sondages de l’administration locale me donnaient gagnant aux législatives 2011, j’ai sollicité en vain le parrainage du parti dirigé à l’époque par l’actuel président de l’Assemblée nationale SEM Amadou Soumahoro.

Le choix est plutôt porté sur le maire sortant de l’époque ; paix à son âme qui se trouve être le frère aîné de monsieur Drissa Koné, actuel Conseiller spécial du Président chargé des cultes. Contraint à candidater sans étiquette, je suis néanmoins élu député avec 75% des voix contre 18% pour le RDR.

Deux jours seulement après cette victoire, je suis conduit au bureau de monsieur Amadou Soumahoro sis à la présidence de la République pour y signer un document d’adhésion au groupe parlementaire RDR, engagement qui ne me soumettait qu’à des obligations. Cinq années plus tard en 2016, alors que le RDR avait régulièrement prélevé des primes sur mes émoluments mensuels, le Secrétaire départemental du RDR, monsieur Drissa Koné, rejette mon dossier de parrainage du parti non sans avoir convaincu ses pairs que je suis pro-Soro.

Et ce, en dépit d’un rapport fouillé du Vice-président du RDR chargé de la région du Béré, le Ministre d’Etat Moussa Dosso conseillant vivement ma candidature au parti. Une fois encore, je suis privé de l’étiquette ce qui n’empêche pas mon triomphe cette fois à 62%. Pis, le Départemental RDR n’a de cesse de jurer dans ses discussions informelles que je ne serai jamais adoubé par son parti tant qu’il est aux commandes !

Au lieu donc de pleurnicher indéfiniment auprès de celui qui est localement aux commandes du RDR, j’ai finalement décidé de prendre moi aussi les commandes d’un parti appelé RACI.

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