Dans un gouvernement, lorsqu’on n’est pas d’accord, on peut démissionner : Cas du Général Dhaffane (Editorial)

Général Moussa Dhaffane

En janvier 2014, alors Journaliste au quotidien gouvernemental Fraternité Matin, j’ai effectué une mission à Bangui, en Centrafrique. Ce pays était en pleine crise. Après le départ de Michel Djotodia du pouvoir, la bataille entre la Séléka, son groupe armé supposé être proche des musulmans et les Anti-balaka, un autre groupe armé proche des chrétiens faisaient des ravages. On se découpait à la machette dans la capitale. Pour la première fois, j’ai vu des gens ruer de coup de machette, un cadavre en putréfaction. C’était horrible !

Dans ce pays, dis-je, et au cours de mon séjour, j’ai eu à rencontrer le deuxième vice-président de la Séléka lors de la prise du pouvoir par Michel Djotodia. Il se nomme Mohamed Moussa Dhaffane. Il était général. Il m’a même accordé une interview au cours de laquelle, il m’a longuement parlé de la Séléka et des objectifs poursuivis par ce groupe armé au moment de leur accession au pouvoir. Notre rencontre a été facilitée par un avocat, qui est proche de ce dernier.

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Cet homme de droite m’a expliqué que le Général Dhaffane a été mis aux arrêts sur instruction du Chef de l’Etat, Michel Djotodia, dans un camp. Il est resté dans sa prison jusqu’à la chute de Djotodia pour recouvrer la liberté. Je me posais la question de savoir comment quelqu’un qui était ministre des Eaux et forêts au moment des faits, pouvait-il être arrêté aussi facilement et être jeté en prison sans jugement. Le concerné lui-même a répondu à la question, au cours d’une interview avec un confrère. Je vous propose la question du journaliste et la réponse du Général Dhaffane.

Que s’est-il passé entre vous et M. Djotodia pour qu’il vous limoge et vous emprisonne ?

« Etant donné le contexte  d’insécurité générale, conséquence du renversement de l’ancien régime, la hantise de ce qui pourrait advenir à la cohésion nationale en cas d’échec de notre part à restaurer l’autorité de l’Etat et la sécurité sur toute l’étendue de notre territoire m’avait poussé à m’opposer ardemment aux dérives, aux exactions de certains de nos éléments, à tel point que j’étais devenu très dérangeant. Suite aux assassinats du quartier Gobongo à Bangui du 28 juin 2013, j’ai décidé d’enfreindre à mon devoir de réserve en tant que membre du gouvernement. J’ai donné une interview à RFI, au micro de Cyrille Ben Simon, pour dénoncer ces assassinats. Je ne pouvais plus supporter, alors j’ai appelé publiquement à un dialogue inter-Séléka, pour arrêter le chaos qui s’installait. Qui pouvait me comprendre ?…

Cette interview diffusée, le lendemain, le 29 juin, a mis en difficulté beaucoup de mes camarades, et aussi les partenaires politiques de la Séléka. Michel Djotodia m’appelle donc pour le retrouver au camp de Roux. C’était vers 17 heures. Quand je suis arrivé, il m’a dit qu’on lui a rapporté que j’avais déclaré sur RFI que rien n’allait entre nous et que la Séléka était divisée. Je lui ai répondu que ce n’était pas vrai, que ce que j’ai dit allait dans le sens de résoudre les problèmes. L’échange a été vif, et j’étais en colère de m’être retrouvé face à des gens qui ne comprennent rien au sens de la responsabilité et du devoir, et qui n’avaient ni l’attitude ni les capacités nécessaires à prétendre exercer le pouvoir de l’Etat. Je m’étais emporté, j’ai tapé du poing sur la table pour mettre un terme à notre collaboration. Je me suis levé et j’ai claqué la porte pour m’en aller. C’était insupportable. Je ne pouvais plus. J’avais pris la décision de démissionner pour sauver mon honneur et ma bonne réputation. Là, j’ai été arrêté chez lui, c’était le samedi 29 juin à 17 heures, loin de mes hommes. J’étais tombé dans le piège ».

Résumons cette longue explication en ces termes : Moussa Dhaffane ne supportait plus les agissements de son propre camp, et il a osé les dénoncer, pour dit-il « sauver son honneur et sa réputation ». Comme pour dire que dans un gouvernement, lorsqu’on n’est pas d’accord, on peut démissionner. Peu importe ce qui adviendra. Le peuple et les observateurs retiendront qu’à un certain moment, un tel n’était plus en phase, en odeur de sainteté et il s’est démarqué.

Revenons à notre chère Côte d’Ivoire, dans notre joli gouvernement et dans la conduite des affaires de l’Etat. Pour l’heure, tous les ministres, les hauts cadres, les présidents d’Institutions sont en phase avec ce qui se passe. Il n’est donc pas question pour quelqu’un de se démarquer d’une manière ou d’une autre. Pour l’heure donc, pas de Moussa Dhaffane.

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