Daniel Aka Ahizi (PIT) : « Ce régime ne fait rien pour que la réconciliation devienne une réalité »

Guillaume Soro et Daniel Aka Ahizi

Daniel Aka Ahizi, le président du Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT), croque l’actualité. Dans cet entretien, le président du PIT se prononce sur la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI), la plateforme mise en place par le président Bédié, les élections présidentielles de 2020. Pour Daniel Aka Ahizi, la Côte d’Ivoire connaît aujourd’hui un recul démocratique. Une défaillance contre laquelle il appelle à se regrouper pour corriger. Par ailleurs, il ne manque pas de décrypter l’économie ivoirienne qui, selon lui, ploie sous le poids du surendettement.

Monsieur le président, comment se porte le PIT quelques mois après la convention qui a battu le rappel des membres fondateurs  de ce parti ?

Le PIT se porte  très bien et je pense que la question ne devra plus jamais se poser.  Je sais que l’opinion nationale est informée que depuis deux ou trois semaines, le RHDP a eu ses récépissés. Donc le RHDP n’est plus un groupement de partis politiques, le RHDP est désormais un parti politique dûment constitué. Et tous ceux qui sont aujourd’hui  du RHDP ne peuvent pas se réclamer d’un autre parti politique sinon ils tombent sous le coup de la loi. Donc nous sommes tranquille car les quelques individus du PIT qui sont allés au RHDP ne peuvent plus se réclamer du PIT. Il n’existe qu’un seul PIT, celui que nous représentons et que les membres fondateurs ont eu, au  cours de notre convention, à déclarer que le PIT qu’ils  ont créé n’est pas sur le point de disparaître. Aujourd’hui, nous sommes sur notre position tranquille en train de nous renforcer  de plus en plus pour les échéances futures.

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Donc vous voudriez dire que  ceux de vos amis qui  disent être du PIT au sein du RHDP ne peuvent plus se réclamer de ce parti ?

Ils ne peuvent plus se réclamer du PIT sinon ils tombent sous le coup de la loi. Il y a aussi  ce problème qui traîne et qui les met en difficulté. C’est-à-dire s’ils veulent se retirer du RHDP, ils vont leur retirer leur tabouret car c’est le mode de fonctionnement là-bas. Je crois que le RHDP, au niveau de la direction, est confronté à une  situation très confuse et ambigüe. Ce qui fait qu’ils ne peuvent pas clamer haut  et fort que le parti RHDP existe formellement. Nous savons qu’il y a  des velléités même au sein du RHDP à l’exemple de l’UDPCI qui refuse de disparaître. C’est la situation que vivent les partis et nous sommes fiers de dire que nous avons tenu la maison. Nous sommes donc le garant de nos valeurs et de nos principes. Et c’est ce que les fondateurs du parti ont toujours voulu.

Quelles sont les actions que vous entendez mener pour remobiliser les militants de votre parti à l’effet de les préparer pour les élections futures ?

Nous devons d’abord nous renforcer à partir des camarades qui étaient dans une position difficile et ambigüe.Il y avait des camarades que nous avions sanctionnés en  son temps notamment la camarade Agnèle Gnonsoa qui a été ministre ; le camarade Andoh Jacques qui a été ministre  et député. Tous ceux-là étaient sous la sanction  du Comité directeur précédent. Mais nous venons de lever ces sanctions. C’est près d’une vingtaine de camarades qui, aujourd’hui, ne sont plus sanctionnés et  qui viennent renforcer  la direction du parti. Au niveau des bases, les choses sont claires et il n’y a plus d’ambigüité car nous avons démontré  récemment que nous sommes capables de regrouper la base. Et les camarades ont compris maintenant où se trouve la vraie direction du PIT. Nous sommes heureux et nous sommes en train de faire le travail qu’il faut pour renforcer la plateforme du président Bédié.

L’on sent l’opposition plus soudée face au pouvoir actuel. Le Président Henri Konan Bédié vient de mettre en place une plateforme. Quelle est votre opinion sur cette plateforme non idéologique ?

Il faut retenir une chose, c’est que chacun est allé, dans ses rapports avec le régime, faire son expérience. Nous avons été d’ailleurs les premiers à faire notre expérience en la personne du président Wodié qui a estimé   qu’on pouvait faire avancer les choses en étant dans les rapports et la collaboration  avec ce régime. Nous avons vite fait de comprendre que ce  n’est pas possible. Donc nous nous  sommes retirés. Le PDCI a traîné avant de le faire, mais il l’a  fait quand même. Car il a compris que ce pouvoir n’était pas dans la dynamique de la réconciliation et du regroupement des Ivoiriens. Aujourd’hui, je pense que le président Bédié nous a compris et il a lancé l’idée. Quand on parle de plateforme non idéologique, c’est un regroupement de tous les Ivoiriens  pour que nous puissions maitriser notre environnement à la fois  politique, économique et social. C’est une plateforme à laquelle nous avons adhéré. Nous avons été les tout premiers à comprendre l’intérêt de cette plateforme quand nous avons rencontré le président Bédié à Daoukro. Et nous avons tout de suite engagé la dynamique qui nous a amené à nous  retrouver dans cette plateforme qui a été signée. Nous attendons aujourd’hui de mettre en place le manifeste et au retour  du président Bédié, nous ferons une rentrée solennelle pour proclamer l’existence de cette plateforme.

Avec cette plateforme, l’on peut parler de lueur d’espoir quant à la réconciliation nationale ?

Nous pensons que c’est la seule voie pour aller à la réconciliation. Et sur ce coup, nous saluons le président Bédié qui a eu la vision qu’il  fallait en nous appelant autour de lui. A preuve, nous avons le camp du président Gbagbo et de Blé Goudé et du Cojep qui n’ont pas été réticents à cet appel et sont entrés dans cette plateforme. Aujourd’hui, nous pensons que nous sommes dans une  position où nous sommes sur la bonne voie pour regrouper  les Ivoiriens et permettre de créer la dynamique pour la réconciliation. Aujourd’hui encore, nous avons appris et cela est vraiment dommage qu’il y a des zones de la Côte d’Ivoire où les Ivoiriens ne peuvent pas aller. Il faut que nous puissions  sortir de là. Et nous pensons que rien n’a été fait par le régime en place pour que la réconciliation devienne une réalité. Nous allons essayer de booster les choses et faire en sorte qu’avec cette plateforme élargie à toutes les bonnes volontés, la réconciliation soit réelle. Cette plateforme n’est pas limitée aux seuls partis politiques. Le président Bédié a bien dit que c’est une plateforme non idéologique qui regrouperait et les partis politiques, les personnalités et la société civile.

Que répondez-vous à tous ceux qui fustigent cette plateforme et qui parlent d’alliance contre nature entre le Pdci et certains partis politiques tels que le FPI?

C’est de bonne guerre de penser ainsi et c’est la seule  réaction qu’ils peuvent avoir. Moi je pense que le président Bédié a été clair. Il a dit que c’est une plateforme non idéologique. Cela ne peut pas être une plateforme contre nature.On n’y vient pas avec son idéologie mais on vient à cette plateforme avec l’idée de nous regrouper pour chercher la réconciliation. Aller vers plus de démocratie dans ce pays car depuis un certain moment, on se rend compte qu’il y a un véritable recul démocratique.  Donc il faut combattre cela. Et tous les Ivoiriens qui sont de bonne volonté doivent se retrouver dans cette plateforme. Une fois que nous avons réussi à créer cette dynamique, chacun, au niveau de son parti politique, a des valeurs qu’il estime être  celles qu’il a prônées jusque-là, pourra, de son côté, continuer de faire son travail. Aujourd’hui, ce qui est urgent, c’est ce regroupement des Ivoiriens autour de cette idée de réconciliation qui est indispensable  pour tout ce que nous pouvons entreprendre. Et sans la réconciliation, il sera difficile d’entreprendre quoi que ce soit.

Quelles seront les retombées de cette plateforme au plan social, politique et économique pour la Côte d’Ivoire ?

Au niveau social, il est important de voir comment ce régime fonctionne aujourd’hui.  Contrairement à ce qu’ils disent, nous ne sommes pas dans une économie libérale. Nous sommes dans une économie de capitalisme dépendant. Notre économie dépend du capital étranger qui vient créer des richesses chez nous et qui retourne avec ces richesses de ce capital. C’est ce qu’on a appelé l’économie extravertie. Les Ivoiriens  ne peuvent bénéficier des richesses qu’ils ont créées dans leur pays. C’est une réalité. Et tant que ce régime sera là, avec cette approche  de capitalisme dépendant, les Ivoiriens seront toujours dans la situation de misère, et la répartition des richesses ne sefera pas parce que la richesse est pompée et retourne vers les personnes qui ont apporté le capital pour créer les richesses. Et il restera très peu que nous ne pouvons pas repartir. Et c’est une oligarchie qui se trouve être les relais du capital étranger qui accapare toutes ces petites richesses qui restent. Nous pensons que la dynamique que nous allons créer va booster les choses. Je pense que tous ceux qui se réclament du président Houphouët-Boigny auraient pu approfondir en rapprochement leur connaissance de la politique du président Houphouët-Boigny. Houphouët-Boigny disait qu’il n’était pas socialiste mais il faisait le socialisme le plus hardi. Et c’est cela aussi la valeur utilisée. Ce socialisme le plus hardi, les richesses qui sont créées doivent profiter aux Ivoiriens. Et dans un mécanisme de répartition où tout le monde peut en bénéficier.

La nouvelle loi portant recomposition de la Cei  est contestée par l’opposition. Face à cette situation, comment voyez-vous l’avenir de cette Cei que le gouvernement voudrait forcer pour mettre en place ?

 Il n’y a pas d’autre avenir que de retirer le texte de nouveau,  engager des discussions avec toutes les parties prenantes. Ce texte doit être purement et simplement retiré car ce texte n’est pas conforme à l’arrêt de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des peuples. La Cour Africaine parle d’une réforme  profonde de la Cei et en lieu et place,  ils font une recomposition. Si l’on s’en tient à la recomposition, il y a un déséquilibre. Puisqu’il y a  trois représentants du parti au pouvoir, trois représentants de l’opposition sans compter le représentant du président de la république qui, lui-même, est chef d’un parti politique  et celui du ministre de l’Intérieur qui est  membre du parti du président de la république. Donc nous avons cinq représentants pour le pouvoir. C’est vraiment déséquilibré. Mais nous, nous demandons plus que cela. Nous avons vécu une situation où le président de la Cei est allé proclamer les résultats de l’élection au siège d’un candidat. C’est une aberration et historiquement, on ne peut continuer de reproduire cela. Ils  veulent avoir le contrôle de la Cei pour reproduire ce qui s’est déjà passé. Nous disons non, car il faut une Cei indépendante. Nous ne voulons plus d’une Cei qui attend que ce soit un conseil des ministres qui établisse le programme des élections, qui décaisse le budget de la Cei et qui organise la sécurisation des élections. Nous disons que la Cei doit avoir une grande autonomie financière. La Cei doit être capable de réquisitionner les Forces de défense et de sécurité  pour la sécurisation des élections. Et ce, pour éviter que ce qui s’est passé à Grand-Bassam ou à Port-Bouët puisse se reproduire.  Nous voulons une Cei autonome et indépendante pour que nous puissions avoir des élections transparentes. Nous ne pouvons pas aller aux élections si nous n’avons pas cette Cei qui réponde aux normes internationales.

L’opposition a saisi la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Qu’attendez-vous exactement de cette Cour ?

Nous voulons que cette Cour qui avait été saisie auparavant et dont l’Arrêt a permis au gouvernement de repenser à réformer la Cei en engageant des discussions avec l’opposition réagisse. Nous avons donc saisi à nouveau cette Cour Africaine parce que le gouvernement veut faire un passage en force. On ne peut pas comprendre que toute la nationest contre cette manière de faire. Et malgré tout, le pouvoir s’entête. Mais les Institutions sont aux ordres, nous avons saisi le Conseil constitutionnel qui n’a pas fait son travail en disant le droit, nous n’avons d’autres recours que nous diriger vers les instances extérieures. Nous avons saisi la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples qui, dans un premier temps, dit que notre recours est recevable et donc  en septembre va statuer sur le fond. Et nous avons espoir.

Le Chef de l’Etat a récemment annoncé la modification de la Constitution. Ne craignez-vous pas que cette modification constitutionnelle soit orientée vers l’opposition ?

Tout le monde fera le constat que ce pouvoir n’a aucun égard pour les textes. On ne peut pas prendre un texte constitutionnel qui n’a même pas trois ans  et vouloir le retoucher. A ce niveau, je pense que les juristes de ce pays doivent se mobiliser et réagir. Il veut non seulement toucher les textes mais la Constitution actuelle, dans l’interprétation de  l’article 183, interdit qu’il ait un 3ème mandat. Il fait fi de cela en clamant haut et fort  que cela lui donne la possibilité de faire un troisième mandat. Cela n’est pas vrai car il ne peut pas faire un troisième mandat. S’il ne peut pas modifier l’article 183 à partir de l’Assemblée Nationale, il y a des aspects qu’il peut modifier à partir de l’Assemblée. Notamment celui qui concerne l’âge. Et c’est sur cela qu’il veut jouer pour écarter certaines personnes. Nous attendons. Mais il faut souligner qu’il y a un véritable recul démocratique en Côte d’Ivoire. Nous avons vécu le temps du parti unique. Et il ne faut pas nous ramener à cette situation.

Selon certains observateurs de la scène politique ivoirienne, c’est le schéma de 2010 qui est en train de se mettre en place aujourd’hui. Doit-on craindre pour les élections de 2020 ?

C’est donc face à cette situation que nous appelons tous les Ivoiriens au regroupement autour de l’idée lancée par le président Henri Konan Bédié. Nous avons des différences avec le Pdci au plan idéologique, mais il s’agit d’une situation particulière où la Côte d’Ivoire risque de retomber encore dans une situation de crise profonde si nous ne faisons rien. Donc nous avons la responsabilité à ce niveau de faire en sorte que nous ne retrouvions pas ce qui s’est passé en 2010. Et nous pensons que c’est un appel à une grande mobilisation des Ivoiriens pour faire reculer ce régime pour ne pas que nous tombions dans la situation de 2010. Et nous n’avons pas d’autres issues.

Quel est votre message à l’endroit des Ivoiriens face à cette situation qui fait peur aujourd’hui ?

Il faut que chacun garde son calme et sa sérénité. Et que chacun comprenne que la Côte d’Ivoire est notre pays, c’est donc de notre devoir de faire en sorte que nous ne retombions pas dans ce travers que nous avons connu. Cela suppose que nous devons tous,d’une même voix, crier haut et fort pour que cette situation s’arrête. Nous avions espéré une avancée démocratique, mais il y aa un recul et nous partis politiques, nous ne pouvons rien faire. Il faut que les Ivoiriens comprennent pour qu’il ait une forte mobilisation.

Un incident s’est produit  à Séguéla où Simone Gbagbo a été empêchée d’accéder à un village. Votre commentaire ?

Il faut condamner cette attitude d’empêcher des Ivoiriens d’accéder à des parties de la Côte d’Ivoire. Un Ivoirien doit pouvoir accéder partout en Côte d’Ivoire sans qu’il y ait un blocage. Il n’y a pas un village qui appartient à un individu et qui en fait sa propriété et empêcher des autres  d’y entrer. C’est là aussi on vérifie si vraiment un travail a été fait pour la réconciliation. C’est l’occasion  de saluer Simone Gbagbo qui a pris l’initiative d’aller dans cette région. Cela nous a permis de comprendre qu’il n’y a rien qui a été fait au niveau de la réconciliation. Il faut à la fois condamner et interpeller le gouvernement. Si c’est  dans ces conditions qu’ils veulent organiser les élections, c’est qu’ils ne veulent pas d’élection. Ce qui s’est passé en 2010 où l’on a empêché des gens d’aller voter ne va pas se reproduire  encore. Le constat, c’est que le gouvernement ne fait rien pour que cela s’arrête.Il faut que le pouvoir se ressaisisse pour ne pas nous entraîner dans un autre  chaos qui sera difficile pour la Côte d’Ivoire.

Votre analyse de l’économie de la Côte d’Ivoire. Etes-vous d’avis avec le gouvernement qui soutient que le taux de croissance est élevé ?

On continue de nous rabâcher l’oreille avec ce taux de croissance qui, dit-on, est à deux chiffres. Il faut savoir que les chiffres qu’ils brandissent sont faux. Et la Banque Mondiale nous a recadrés sur certains points. On nous a annoncé de taux de croissance qui seraient à 8%. Mais cela n’est pas vrai. En 2018, la Côte d’Ivoire avait un taux de croissance de 6,4%  et non 8% que des gens nous brandissent. Et 2019, les estimations les plus optimistes  nous donnent 7%. Nous savons même que nous n’irons pas au-delà des 6%.  C’est dire que l’on nous a donné de faux chiffres pour donner l’aspect des gens qui, économiquement, ont tout maîtrisé. Et même encore  pour avoir ces 6% et avoir dans les conditions les plus optimistes 7%, cela se fait à coût de surendettement  qui met en danger l’économie de ce pays dans le temps. Nous avons essayé de regarder les choses. Nous étions àsix mille, sept cent mille milliards de stocks de la dette quand le président Gbagbo a instauré le processus  du Ppte qui nous a permis d’arriver en 2012  sous le président Ouattara et permettre d’avoir le point d’achèvement avec l’embellie économique et financière que ce pouvoir profite pour cette croissance.Aujourd’hui, selon des études, nous sommes à 11 mille milliards de stocks  de dettes. Déjà nous estimions que c’était lourd ces 6 mille milliards de dettes,  et aujourd’hui nous sommes à 11 mille milliards. Selon un haut fonctionnaire de la Banque Mondiale, on n’accorde pas deux fois le Ppte à un pays. Il faut faire très attention. Nous sommes dans une situation où le surendettement dans lequel nous sommes engagés entraîne les surfacturations. Aujourd’hui, les marchés se passent de gré à gré pour les travaux qui ne s’exercent pas dans les normes. Au niveau social, la pauvreté continue et a gagné toutes les couches de la population.

Entretien réalisé par JEROME N’DRI

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