Côte d’Ivoire : « Yakro ou la grande oubliée de la gouvernance Ouattara, contrairement aux promesses »

Une rue dégradée de Yamoussoukro

La RTI 1 a retransmis en direct, samedi, la cérémonie d’inauguration de la route bitumée Adzopé-Yakassé Attobrou longue de 23 km pour un coût global de 15 milliards 722 millions de francs Cfa hors taxe, selon le représentant de la Banque ouest africaine de développement (BOAD), principal bailleur pour 10 milliards de francs CFA.

Le président Alassane Ouattara, qui a rehaussé de sa présence l’éclat de cette cérémonie, en a profité pour procéder à la pose de la première pierre du futur Centre hospitalier régional (CHR) de la région de la Mé qui devrait coûter environ 30 milliards de francs Cfa. D’autres infrastructures ont été annoncées pour cette région, le tout d’un coût total avoisinant 150 milliards de francs.

Ces bonnes nouvelles ne pouvaient que réjouir les populations de cette région dont deux fils sont des proches collaborateurs du président de la République. Il s’agit du ministre secrétaire général de la présidence, Patick Achi, et du Pr Joseph Séka Séka, ministre de l’Environnement et du Développement durable. Samedi, ce fut une grande fête du développement sur fond d’engagement politique.

Le maire de Yakassé Attobrou, fraîchement recruté par le RHDP, s’est, en effet, félicité d’avoir rallié ce parti (unifié) qu’il considère comme une deuxième chance pour la Côte d’Ivoire après l’ère du père-fondateur, Félix Houphouët-Boigny. Quant à Patrick Achi, il ne dira pas le contraire lui pour qui le « président Ouattara est l’homme des actions et des résultats. Les populations sont là pour dire que la politique n’est pas seulement des promesses ». 

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Une pensée émue pour Yamoussoukro

En écoutant ces éloges, nous n’avons pu nous empêcher d’avoir une pensée émue pour la ville de Yamoussoukro considérée aujourd’hui comme la grande oubliée du régime en place. Car pendant la campagne électorale de 2010, le candidat Ouattara avait annoncé un plan de développement de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire. Ce plan devait aboutir, année après année, au transfert effectif des institutions de la République à Yamoussoukro jusqu’à la fin de son premier quinquennat.

La vidéo relative à cette promesse, notamment sur Africa 24, circule et laisse apparaître un réel gap entre les promesses du chef de l’Etat et la réalité de cette ville natale du président Houphouët-Boigny. Dont le nom et la philosophie sont devenus un fonds de commerce pour les nouveaux dirigeants du pays qui ne cessent de chanter l’houphouétisme tout en s’employant à faire disparaître ses œuvres dont le PDCI-RDA crânement défendu par le président Henri Konan Bédié qui ne cesse de dénoncer les manœuvres visant à porter atteinte à l’existence du parti septuagénaire.

Aujourd’hui, Yamoussoukro est quasiment l’ombre d’elle-même. Les belles rues tracées par le père-fondateur ne sont désormais que de profonds nids de poule étalés le long des tronçons. Dans un récent reportage réalisé sur la ville, la chaîne française France 24 n’a pas manqué de montrer la face alarmante et piteuse de cette capitale dont le journaliste dira qu’elle est « l’une des capitales les moins connues du monde ». Car si beaucoup parlent de Yamoussoukro en tant que la ville natale de Félix Houphouët-Boigny et celle abritant la Basilique Notre Dame de la Paix, haut lieu de recueillement et de spiritualité, sa qualité de capitale de la Côte d’Ivoire reste à promouvoir davantage.

Des infrastructures abandonnées dans les broussailles

Et ce d’autant que les infrastructures initiées par le président Gbagbo dans le cadre du transfert de la capitale sont restées abandonnées dans les broussailles par le régime Ouattara. Et cela, au mépris de la sacro-sainte continuité de l’administration. Pendant ce temps, les actions de développement se multiplient dans le Nord de la Côte d’Ivoire où les cérémonies d’inauguration des châteaux d’eau et de raccordement au réseau électrique sont diffusées à la télévision à intervalles réguliers. Puis de façon sporadique, d’autres inaugurations, comme celle de samedi à Adzopé et cette autre prévue ce lundi à Séitifla, dans le département de Vavoua, s’ajoutent au lot pour faire croire que c’est toute la Côte d’Ivoire qui est servie.

Si l’on ne peut, en effet, nier les efforts faits en faveur du bien-être des populations, ce qui ne saurait tromper l’opinion publique, c’est le caractère sélectif des réalisations qui vont essentiellement vers les localités dont l’un ou des cadres sont favorables au RHDP. C’est ce qui explique la fréquence des réalisations dans le Nord pendant que des villes comme Yamoussoukro, vitrine de la Côte d’Ivoire de par son statut de capitale, sont aujourd’hui abonnées à elles-mêmes.

Tous ceux que vous rencontrez dans cette capitale ne manquent pas de vous exprimer leur déception et surtout leur surprise de constater que ce sont ceux qui se réclament d’Houphouët-Boigny qui négligent sa terre natale. Alors que lorsqu’il était au pouvoir, Laurent Gbagbo qui fut son plus farouche opposant, avait mis la ville en chantier et était prêt à s’y installer. D’où la priorité qui était accordée à la construction du palais présidentiel et de celui du parlement avec l’hôtel des parlementaires ouvert sous son règne.

Ce n’est pas toujours que « quand Ado dit, Ado fait »

En s’exclamant samedi « quand Ado dit, Ado fait », le chef de l’Etat se faisait prendre au mot dans l’euphorie des hommages qui lui étaient rendus. Car de nombreuses promesses faites par lui en début de mandat, sont aujourd’hui reléguées aux calendes grecques. Mercredi dernier à Ouagadougou lors du huitième sommet du Traité d’amitié et de coopération ivoiro-burkinabé, le dossier relatif au recensement des ex-occupants du Mont Péko à Duékoué a été remis sur la table des discussions avec promesse de réunir les moyens afin de les recenser avant fin 2019.

Pourtant, de nombreux habitants de cette localité affirment que nul ne sait ce que sont devenus ces ex-combattants armés qui ont causé bien des désolations au sein des populations lors de la crise post-électorale de 2010. Notamment au quartier Carrefour de Duékoué comme l’écrit le journaliste Saint Tra Bi dans son livre « Duékoué, la vérité interdite » paru récemment chez Nouvelles éditions Balafons.

Le recensement des hommes du Burkinabé Amadé Ourémi, en prison à Dimbokro depuis son arrestation le 21 mai 2013, était donc une autre promesse faite en son temps par le chef de l’Etat. Mais qui était rangée dans les oubliettes avant d’être remise au goût du jour seulement mercredi dernier parce que le président Bédié dénonçait il y a peu l’occupation des sites protégés de l’Etat par des clandestins. C’est donc dire que ce n’est pas toujours que « quand Ado dit, Ado fait ». Hélas !

A.D

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