Côte d’Ivoire : Un Etat, trois adresses à la nation ou le signe d’une profonde déchirure (Opinion)

Cette année plus que les autres, on a eu l’impression avec la diffusion simultanée des messages à la nation à l’occasion de la nouvelle année par les leaders que sont (pragmatisme oblige) : Bédié pour le PDCI, Soro pour GPS et Ouattara pour le RHDP, que la Côte d’Ivoire, notre beau pays, s’est, pour l’occasion, fractionnée en trois pôles médiatiques actifs et prometteurs. Les trois adresses à la nation ivoirienne de fin 2019.

Dans un Etat normal, cette forme d’égoïsme démocratique qui n’a d’égale que la diversité du discours. Et tout le fanatisme qui l’entoure, symbolise de larges fractures occasionnées par plusieurs facteurs contondants. Si le 31 décembre, à cause de la livraison du message du Chef de l’Etat à la nation, est un jour vedette qui lui permet de faire dans la foulée le bilan de l’action gouvernementale et de dessiner les axes des perspectives, chez nous cette année, il y avait comme un peu de « cacophonie » en l’air et dans l’air.

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La magie de la nouvelle année, c’est qu’elle a entreposé dans sa soute, les raisons d’un nouvel espoir.

C’est vrai, j’assume que la floraison des supports médiatiques et leur attractivité y sont pour quelque chose, mais l’ambiance et l’atmosphère générale dans lesquelles notre pays est ballotté depuis que celui qui ne demandait qu’un seul mandat en 2010, lorgne résolument et « oculairement » vers un troisième, a fini de raidir tous les câbles sociaux au point de leur assurer une cessibilité qui pourrait porter préjudice à la fragile coquille qui a la lourde responsabilité de protéger notre cohésion sociale ou tout autre chose qui s’y apparente. Dans un pays où les premiers responsables politiques aussi bien du parti au pouvoir que de l’opposition, conjuguent les valeurs du pays avec une constante correction, l’ordre de passage, au lieu de se situer à la même heure, aurait dû se succéder en donnant la primeur à celui que la démocratie a permis de primer, ici c’était en octobre 2015.

Au lieu de ce signal révélateur et dépositaire d’une culture démocratique de haut vol. Chaque leader plus que jamais ponctuel dans l’exécution de ce rendez-vous, a pris l’antenne afin de délivrer avec les mots qu’il faut, le discours que ses partisans s’étaient jurés d’entendre de lui. A ce sujet, je ne sais pas comment le président ADO et sa plateforme apprécient cet état de fait. Il reste entendu cependant, qu’il dénote d’un malaise national auquel on devrait trouver sur un rythme accélérer, une ribambelle de solutions adaptées à la situation. La magie de la nouvelle année, c’est qu’elle a entreposé dans sa soute, les raisons d’un nouvel espoir. Aussi, chacun des trois discours prononcés « présidentiellement », ambitionne-t-il la palme du plus populaire et par conséquent du plus proche de la majorité des Ivoiriens.

Les trois adresses à la nation ivoirienne de fin 2019.

Autrefois et très proche de nous, l’adresse du message à la nation du 31 décembre était de ce fait un privilège exclusif du président en exercice. Il semble que la détérioration continue du tissu social ait corrompu ce reflexe au point d’en banaliser. Et vulgariser la pratique. Ainsi, ce pragmatisme réaliste fondé sur des attentes palpables à prendre la parole au même titre que le chef de l’Etat, en dit long sur l’état d’esprit général des Ivoiriens. Cette situation qui est proche du cloisonnement a pour conséquence, le fait que chaque leader avec la légitimité qui est la sienne, veut être cette seule et unique source qui a la primeur d’entretenir en irriguant le moral des militants et des sympathisants, d’un discours fait maison et paramétré pour eux-seuls.

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Le caractère symptomatique de cette situation est tel que le rendez-vous électoral programmé pour octobre 2020 avec son lot d’inconnus, en rajoute à la précarité de notre destin national. Assurément, la situation morcelée et clivée par les appétits de part et d’autre. N’est pas à l’avantage du groupement de partis qui est au pouvoir (RHDP). En effet, lorsqu’on n’est plus capable de s’adresser (en direct) peu importe le prestige de la tribune. A la majorité de sa population à cause de la détermination des uns et des autres à rester scotchés au bon bout. Notre adaptabilité voudrait qu’on se remette en cause et qu’on se pose toutes les bonnes questions sans exclusive. Le corps électoral ivoirien endimanché comme il peut l’être, capte. Et reporte sur lui-même, tous les regards et toutes les convoitises.

Les trois adresses à la nation ivoirienne de fin 2019.

Fort de ce regain d’intérêt cyclique. La bataille de la communication que tous les quartiers généraux ont élevée au stade de stratégie dorsale, sera impitoyable. Dans cette perspective, il semble que tous les coups, jusqu’aux moins vertueux, descendront précipitamment dans l’espace communicationnel. Pour pervertir le jeu démocratique et politique dans le seul but de ratisser large. A ce petit jeu, à part la colonie des indécis qui sont indifférents. Et insensibles aux discours tenus ce 31 décembre 2019. Peu importe le locuteur, les partisans fanatisés de chacun des trois leaders (Bédié, Soro et Ouattara), se moquent. Et se tiennent loin des deux autres adresses à la nation.

adresses nation ivoirienne 2019. Henri Konan Bédié, Guillaume Soro et Alassane Ouattara
Henri Konan Bédié, Guillaume Soro et Alassane Ouattara

En effet, ils ont choisi de les ignorer comme pour prolonger leur existence de l’équivalent de l’âge que chacun a aujourd’hui . Quand la bataille de la communication n’est plus le seul apanage du parti au pouvoir. Il va sans dire que rien n’est « géré, calé et encore moins, gouané ». Si la précampagne électorale que personne ne devait rater s’est ouverte elle-même. Les incertitudes d’une Côte d’Ivoire qui peine à se réconcilier avec son personnel social tous genres confondus. Nous perfuse à petites doses renouvelées en fonction des objectifs, des spasmes d’insomnie que seul Dieu peut et doit interrompre ! Maintenant !

KONE KOBALI

Libre auteur, créateur

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