Côte d’Ivoire : La vérité sur les « violentes émeutes à Odienné, commissariat, gendarmerie et préfecture de police saccagés et pillés »

« Violentes émeutes à Odienné, commissariat, gendarmerie et préfecture de police saccagés et pillés ». Tel est le titre de l’article qui a fait le tour du Web ivoirien, le vendredi 13 juin 2020. Les faits qui y sont décrits sont d’une telle gravité qu’il était surprenant que ce soit le seul média qui en parle.

L’article a été lu par plus de 58 000 visiteurs, en vingt-quatre heure, preuve de son succès auprès des lecteur. Publié par le site Pressecotedivoire.ci appartenant au Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (patronat des journaux physiques), l’article citant l’AIP, a été repris, par Opera News.

« Les bureaux du commissariat de police, de la préfecture de police et de la brigade de gendarmerie d’Odienné ont été saccagés et pillés, lors de violentes émeutes déclenchées dans la soirée de jeudi, par un groupe de personnes de la ville, pour protester contre la mort d’un jeune dans les geôles du commissariat », énonce l’article qui ne donne pas de date précise.

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« Selon la police, Comara Moustapha, 16 ans, conducteur de taxi moto, a trouvé la mort jeudi quelques heures après avoir été arrêté par la police pour « menace de mort, destruction de bien d’autrui et violence et voie de faits » sur une jeunes fille, élève en classe de 3e au lycée Moderne d’Odienné », poursuit le texte qui est illustré par une image, en vue de lui donner du crédit.

Capture de l’article de Pressecotedivoire sur les violences supposées à Odienné

« Des jeunes manifestants ont alors attaqué le commissariat, la préfecture de police et la brigade pour protester contre la mort du jeune Moustapha. Un véhicule de type 4×4 du commissariat de police a été incendié par les manifestants, plusieurs ordinateurs, des armes et des sanitaires ont été  emportés, ainsi que le mobilier de bureau saccagé par les manifestants », détaille l’article.

Vraies fausses émeutes au commissariat et à la gendarmerie d’Odienné

Là où le doute commence à survenir, c’est quand dans le même texte, l’on laisse deux détails qui auraient dû interpeller les responsables de la mise en ligne : « Les bâtiments ont été sauvés jusque-là grâce à la présence des éléments des Forces armées républicaines ». De fait, depuis quelques années, l’on appelle l’armée ivoirienne Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) et non plus forces républicaines.

Capture-de-l'article sur les violences à Odienné, en novembre 2014
Capture-de-l’article sur les violences à Odienné, en novembre 2014

L’autre détail important qui aurait dû interpeller est celui-ci : « Fin juillet, un tract avait fait le tour des services publics demandant aux forces de l’ordre en poste à Odienné avant 2011 de quitter la ville ». Nous sommes en juin, comment peut-on évoquer juillet qui n’est pas encore arrivé ?

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En réalité, les faits décrits se sont bel et bien déroulés à Odienné, mais pas le 12 juin 2020. Les faits remontent au 14 novembre 2014. Soit près de six ans. Le texte de l’AIP à cette date, n’a pas été changé d’une virgule, ce sont les mêmes images qui ont été utilisées. Pourquoi l’article a été repris sans précaution, alors que le pays a fait face à une attaque présumée terroriste la veille, toujours dans le Nord du pays et qu’un poste de gendarmerie a été la cible de tirs dans cette région ? Difficile de répondre.

Elvire Ahonon

Photo d’archives

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Elvire Ahonon

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