Côte d’Ivoire : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » (Philippe Pango)

De ce bout de vie durant lequel je fus accablé du titre pompeux d’Entrepreneur (Philippe Pango), je ne retiens qu’une chose, qu’une seule chose, la seule d’ailleurs qui vaille, la seule qui mérite d’être mentionnée dans les annales de ce cursus supposément scientifique qu’est mon humble parcours de vie: la nullité. Non pas celle relative aux objectifs pécuniers et inutilement conquérants des empires financiers qui nous gouvernent, mais plutôt celle du raisonnement scientifique en tant que tel.

Cette nullité dis-je, émane de principes mêmes qui nous ont été ingurgitées de force sur les bancs d’école, choses que nous nous empressons par les présentes, à détailler sur fond de raisonnement scientifique. Élaborons ! Selon notre très cher Einstein et bien de ses prédécesseurs, l’ampleur de toute action, de tout événement, se quantifie par la quantité d’énergie transférée et/ou transformée. En effet, c’est l’énergie potentiellement présente dans une masse d’eau qui sert à produire de l’électricité. De même, l’énergie chimique latente dans les molécules de votre carburant, sert à propulser les pistons de votre moteur, permettant ainsi le déplacement de votre véhicule.

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C’est en conformité avec ce principe de causes et d’effets que, bien avant Albert, Lavoisier a lancé sa célèbre boutade: rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme, à l’époque, une insulte au tout puissant clergé. Voilà l’assertion que nous allons à l’instant analyser, disséquer, démonter, pour finalement arriver aux conclusions qui s’imposent naturellement à notre esprit: à savoir que rien ne se perd, que rien ne se transforme, mais que tout se crée.

Tout comme Einstein qui secoua un peu plus fort le pommier d’Isaac Newton pour en extraire une théorie relativiste plus globale, nous, petit effronté de nature, allons faire de même avec ce principe plusieurs fois centenaire. Ce sera la revanche de l’Africain que je suis, ce sauvage, celui-là qui même en dansant et tapant du tam-tam jours et nuits, se délecte enfin de la risée qu’il fait de peuples supposément plus austères.
Allons-y!

Le processus permettant à un cours d’eau de fournir de l’énergie électrique est aujourd’hui parfaitement maîtrisé, n’est-ce-pas ? En effet, il est régi par des équations de physique précises. Captive d’une dénivellation contrôlée par l’homme, la totalité de l’énergie potentielle des eaux se transforme aisément en une énergie cinétique en bout de course. Cette énergie impose une rotation aux énormes pâles de turbines n’ayant que ça à faire. C’est à Faraday que nous devons la suite de ces transformations d’énergie. En effet, les parties mobiles de la turbine, constituant son rotor, induisent des variations de flux magnétique dans d’énormes bobines aux bornes desquelles naît ce qu’on appelle électricité.

Apparemment, c’est en vertu de cette suite de causes et effets que les masses d’eau de la Baie James constituent un capital énergétique énorme. Il suffirait d’un mètre, d’un tout petit mètre de dénivellation pour que des trombes d’eau s’engouffrent dans un torrent à lui seul capable d’éclairer l’état de New York pendant des décennies. Ainsi donc, chaque Watt consommé par votre ampoule électrique correspond à quelques litres d’eau précipités au bas d’un ravin. Votre éclairage, votre chauffage, la musique qui émane de votre stéréo, ne sont à l’origine que ce qu’ils sont: de l’eau.

De transformation en transformation, le génie humain a réussi à faire du tout avec … de l’eau. Qui sait, peut-être notre génie ne fait-il que recréer à l’échelle humaine ce qui était déjà inscrit dans les premiers versets bibliques: la terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux, et Dieu dit: «Que la lumière soit», et la lumière fut. En soufflant sur les eaux, un certain « Dieu » a pu exiger de la lumière qu’elle soit. L’humain, de par son génie, a lui aussi créé sa lumière à lui, en imposant aux cours d’eau le souffle de quelques bâtons de dynamite.

Cette analogie Dieu/Homme a tout de même ses limites. Les lois auxquelles croient les religieux leur permettent de donner une certaine logique à leurs écrits. Ce « souffle de Dieu » fait partie intégrante de la foi religieuse, et confère à ce Dieu le pouvoir d’opérer des actes qui dépassent notre entendement. Les lois de la physique par contre, ces lois humaines élaborées par tous les éminents scientifiques qui nous ont précédés, ne laissent aucune place à un quelconque souffle de l’être humain.

Rappelons-le, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Cette boutade ne fait aucunement référence à l’instinct, à la pensée, et au génie humain comme impulsions nécessaires à la matérialisation d’une idée. Même là, le terme « génie » dénote beaucoup plus d’un attribut, d’une caractéristique créatrice liée à notre nature d’humain, d’un trait nous différenciant des autres espèces animales. Le génie humain est une denrée pratiquement inquantifiable, dont nous sommes d’ailleurs inégalement dotés, ne pouvant donc en aucun cas être partie intégrante d’une quelconque loi de physique ou équation mathématique, du fait de son immatérialité et de son inconstance.

Or, la science nous enseigne que deux et deux font et feront toujours quatre, quel que soit le génie de l’étudiant à qui la question est posée. Lavoisier n’a pas dit « Tout se transforme avec l’aide du génie humain », et c’est là une omission de taille qui enlève à son principe toute sa substance, tout son sens humain. La science physique ne nous enseigne pas que pour qu’il y ait électricité, il faudrait qu’un ingénieur civil ait eu l’idée de souffler au préalable sur les eaux en dynamitant leurs lits, de calculer avec précision les dimensions des turbines, ou d’évaluer la résistance des matériaux impliqués.

La physique se contente de donner la description la moins émotionnelle d’une suite d’événements, en y enlevant toute condition relative à l’effort de réflexion pourtant requis. « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». Cette loi de Lavoisier s’avère donc n’être que la description d’une physique conjuguée au conditionnel, d’une nature morte; une nature ni créée, ni perdue. Pour être logique avec lui-même, Lavoisier aurait dû ôter le temps présent dans « tout se transforme », et le substituer par un conditionnel moins affirmatif car, et c’est là l’essentiel de notre propos, tout se transforme à condition que « le souffle de l’homme » y contribue.

En termes plus simples, s’il n’en tient qu’aux lois de la physique actuelle, le cerveau humain, la pensée, l’intuition, bref, le génie humain, contribuent pour zéro calories dans la livraison de votre énergie électrique … et pourtant. Sans ce génie humain, l’expression « tout se transforme » est d’un non-sens monumental. Sans la petite étincelle qui jaillit du fin fond de nos cellules grises, il n’y a aucune loi qui mérite d’être enseignée.

L’avènement de l’informatique, puis du réseau Internet a consacré cette disproportion entre le génie humain et sa matérialisation physique. La menace d’un virus informatique tient éveillé des centaines de programmeurs informatiques à travers le globe tout entier. Ce virus une fois lâché, des millions d’ordinateurs se voient obligés de carburer au maximum de leur capacité pendant plusieurs jours d’affilée, de la Maison Blanche au Bengladesh.

À la consommation électrique de tous ces appareils, ajoutez les milliers de cafés qu’il a fallu réchauffer, les disques durs qu’il a fallu remiser, et vous dépasserez de loin, de très loin, les quelques calories que le concepteur du virus a pu dépenser lors de sa mise au point. Sur les bancs d’école, il ne nous fut enseignée aucune loi qui sur terre, puisse transformer dix calories, en dix mégawatts. Eh oui! Dix minutes de programmation informatique, dix petites minutes de génie, même diabolique, peuvent générer dix milliards de kilowatts.

Le génie humain nous apparaît donc comme cet élément bel et bien physique qui brouille les fondements même de la physique à nous enseignée. Selon les lois de la physique, il faudrait à peu près une centaine de bombes nucléaires pour détruire notre planète; selon nous par contre, une barre de chocolat suffirait. En effet, l’on n’a besoin que d’une calorie pour appuyer sur un bouton, aussi dévastatrices en seraient les conséquences. En effet, les lois de Lavoisier prédisent avec exactitude la quantité d’exercices physiques qu’un individu serait capable d’exécuter, à partir de la quantité de nourriture ingurgitée.

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Cependant, au grand jamais pourraient-elles en prédire les conséquences sur l’entourage de ce dernier. Notons bien qu’il ne s’agit point ici d’un effet papillon bis, loin de là. Nous démontrons à quel point la physique sans le génie, son moteur, est d’une absurdité frappante, et s’éloigne de l’humain, de ses aspirations et motivations. Toute tentative de réconcilier la physique et le génie est d’ailleurs vaine, pour la bonne et simple raison que le génie humain ne se quantifie ni en Joules, ni en calories.

La nature se transforme certes sans l’interférence du génie humain; mais, reconnaissons humblement que dès l’instant où l’on marie à la nature cette fabuleuse faculté cognitive dont nous sommes dotés, toutes lois méritent d’être alors réécrites.
Ainsi donc, selon Isaac Newton, la pomme tombe de l’arbre parce qu’attirée vers la terre par une force appelée gravité.

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Selon Albert Einstein par contre, la pomme ne fait que suivre les courbures de l’espace-temps défini par la géométrie, la masse et la mobilité de la terre dans l’espace. Enfin, selon moi, Philippe Pango, la pomme tombe de l’arbre parce que le fermier a eu le génie de planter un pommier. CQFD!
Rien ne se perd. Rien ne se transforme. Tout, et absolument tout, se crée.

Que cela inspire qui voudra.
Philippe A. Pango, Ph.D

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