Côte d’Ivoire : Ouattara sur une montagne de problèmes !

Dans son discours à la nation le 31 décembre 2019, le Chef de l’Etat, Alassane Ouattara, a dressé son bilan de neuf ans avec des superlatifs à faire pâlir de jalousie les nations les plus développées. Avec le recul, on se rend compte (même dans le camp de M. Ouattara) que ce sera cela l’idéal, mais la réalité est là, drue et têtue, elle est faite d’une montagne de problèmes non résolus sous lesquels ploient aujourd’hui les populations, le pays et même les autorités dirigeantes avec lui. De façon non exhaustive, voici quelques-uns de ces problèmes internes et externes voulus ou non qui menacent gravement la Côte d’Ivoire sous le règne du RHDP.  Au nombre des problèmes sociaux de la Nation viennent :

-la cherté de la vie et la pauvreté quasi généralisée, malgré la croissance brandie. En effet, Depuis 2011, tout a doublé ou triplé de prix. Les prix des biens et denrées comme le riz, l’huile, le savon, l’électricité, l’eau potable, le transport, les produits de bureau, les frais d’écolage, les appareils électro ménagers, des diplômes de plus en plus  » vendus dans des centres d’examen » par des véreux, les frais de dossiers qui dissuadent les potentiels candidats aux concours, les frais d’écolage et frais annexes exorbitants.

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Les frais de soins dans les hôpitaux publics qui laissent mourir, des péages poussent désormais sur les routes, l’impôt qui grimpe, les taxes à presque tous les niveaux,…surtout. Les loyers et cautions sont aussi passés du simple au triple, au point que d’aucuns disent que la seule chose qui recule, c’est le pouvoir d’achat. Face à cela, que fait l’Etat ? On attend toujours des solutions.

-l’insécurité et l’incivisme qui sévissent, en dépit de ce que les officiels du régime disent sur la sécurité. De jeunes délinquants ou microbes rebaptisés « enfants en conflit avec la loi », jamais punis aux coupeurs de routes qui règnent en maitres dans bien de contrées au nez et à la barbe de tous en passant par des coxers peu ordinaire baptisés gnambro qui font la loi dans les gares routières et autres spécialistes des attaques de domiciles ayant encore et toujours pignon sur rue, sont là pour rappeler que l’insécurité est une réalité qui effraie. A cela, s’ajoutent désormais des hommes en cagoule qui viennent prendre des gens sans sommation. Face à l’insécurité, on attend toujours des solutions.

Des problèmes qui attendent, sans solution

– Le chômage et le sous-emploi : Certes, le gouvernement avait fixé la barre de 3 millions d’emplois à créer dès le premier mandat et sans doute d’autres millions d’emplois à créer dès le second. Où en est-il ? Le bilan, officiellement, fait par les tenants du pouvoir, se veut flatteur, mais le bilan sur le terrain est plutôt affligeant. Combien d’Ivoiriens ont aujourd’hui un emploi rémunérateur ? Il sera difficile d’y répondre, pour la simple raison qu’aucun répertoire ne le permet.

« Le Président de la République devrait faire une introspection et regarder les problèmes en face en vue d’y apporter des solutions acceptées de tous. Un chef véritablement fort, c’est celui que toute la population ou une grande majorité applaudit et non celui qui fait peur ».

Pas plus que l’on ne puisse savoir quels sont les emplois que le régime dit avoir créés. De mauvaises langues parlent des balayeurs et balayeuses (qui ont récemment marché pour réclamer des années d’arriérés de salaires), des THIMO (temporaires pour 3 à 6 mois), des enseignants contractuels qui, dans deux à trois ans, seront une bombe sociale… Là aussi, les problèmes restent sans solution.

Ouattara sur une montagne de problèmes.

-La réconciliation et la cohésion sociale. Le régime RHDP parle, chante même la cohésion et la paix (il ne parle jamais de la réconciliation), mais que fait-il justement pour avoir cette cohésion et cette paix ? Tous ceux qui espéraient qu’avec le rapport de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), la Côte d’Ivoire allait ouvrir le chemin de la réconciliation totale ont dû déchanter. Les clivages politico-bellicistes sont de plus en plus grands, sans que cela n’émeuve ceux qui ont en charge la vie de la Nation et des peuples.

Non seulement toutes les victimes de cette crise n’ont pas été prises en compte dans l’indemnisation, mais aussi, il y a encore et toujours des prisonniers de la crise postélectorale et des Ivoiriens encore en exil depuis cette crise. Pendant ce temps, tous les soubresauts indiquent qu’une autre crise se dessine sous nos yeux. Des hommes sont à nouveau en prison, en exil, se cachent ou  se disent traqués pour, soutiennent des observateurs, leur appartenance politique. Force est aussi de constater que ceux qui ont maille à partir avec la justice sont tous dans le camp de l’opposition. Ce qui ne manque pas d’augmenter la fissure sociale. Quelle solution pour la réconciliation ? on l’attend toujours.

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Ouattara sur une montagne de problèmes.

-A l’extérieur, la justice aux trousses des gens d’un seul bord, le débarquement des cadres d’un seul bord, le débat sur la CEI et sur l’éventualité de retouche de la constitution à quelques mois seulement de l’élection présidentielle, ne donnent pas forcement une image positive de la Côte d’Ivoire. Des voix s’élèvent déjà pour dire que la Côte d’Ivoire rejoint la liste des pays aux régimes tripatouilleurs de Constitution pour la conservation du pouvoir. Cette image peu reluisante du pays n’est pas sans poser le problème de crédibilité du pays en matière de démocratie et de cohésion. Là aussi, on attend la solution.

« Comme si tous ces problèmes ne suffissent pas, on vient d’y ajouter celui de Guillaume Soro, candidat déclaré et désormais exilé, celui de Laurent Gbagbo puis de Blé Goudé qui, acquittés par la CPI, ont été condamnés par contumace par la justice d’Abidjan à de lourdes peines. Augmentant ainsi la lourdeur de l’atmosphère préélectorale ».

-A l’intérieur du pays, on a l’impression d’être dans un pays à deux vitesses : le pays des hommes riches et puissants proches et défenseurs de la pérennisation de ce pouvoir d’un côté, et de l’autre, le pays des hommes pauvres et malmenés qui luttent pour une alternance démocratique. La politique des tabourets « si tu n’es pas RHDP, il faut libérer le tabouret », comme disait le Directeur Exécutif du RHDP pour donner libre cours au renvoi de l’administration des cadres qui ne sont pas militants du parti au pouvoir, est la cloison qui a cassé à jamais l’entente entre les fils et filles du pays. Peut-on y remédier ? on attend la solution du grave problème posé.

Un auto-verrouillage politicien

-Pour ce qui est de l’élection présidentielle 2020, les problèmes sont innombrables, dont notamment celui de la CEI qui pend toujours devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des peuples et qui peut rebondir à tout moment, parce que rejetée par toute l’opposition qui a un poids politique de premier ordre sur l’échiquier national ; le problème de la liste électorale pour laquelle on ne sait par où commencer. Le renouvellement des Cartes nationales d’identité est là comme une pomme de discorde entre le pouvoir et les autres Ivoiriens, ensuite viendra le problème de la carte et du découpage électoral dont on ne parle même pas encore. Tous les yeux sont tournés vers le Chef de l’Etat de qui on attend la solution.

Ouattara sur une montagne de problèmes.

-Au sein même du RHDP, le parti au pouvoir, les choses ne sont pas aussi paisibles et calmes comme on tente de le donner à voir dehors. Dans la case, ça bouillonne à l’approche de la présidentielle. Si M. Ouattara n’est pas candidat, qui le sera pour le compte du groupe ? Des velléités ne manquent pas face au potentiel choix du chef. Un temps, des noms ont circulé puis, ce fut le calme. Ces derniers temps, de plus en plus de voix se font entendre quant à des probables candidatures des ministres RHDP face au dauphin pour qui tout serait fait présentement.

Le plus grave des problèmes internes est l’attachement au parti. En effet, beaucoup y sont par rapport à l’homme Ouattara et non pour le parti. Si demain, Ouattara n’est pas partant, il va sans dire que l’enthousiasme affiché par ces gens va disparaitre et avec lui la fragile homogénéité. Quelle solution ? On regarde le Chef de l’Etat.

-Comme si tous ces problèmes ne suffissent pas, on vient d’y ajouter celui de Guillaume Soro, candidat déclaré et désormais exilé encombrant et empêchant de dormir, celui de Laurent Gbagbo puis de Blé Goudé qui, acquittés par la CPI, ont été condamnés par contumace par la justice d’Abidjan à de lourdes peines. Augmentant ainsi la lourdeur de l’atmosphère préélectorale.

Ouattara sur une montagne de problèmes.

C’est devant ce tableau très préoccupant des problèmes qui étouffent le pays que des religieux et non des moindres, les Rois et chefs traditionnels et les diplomates accrédités en Côte d’Ivoire, avec des mots bien choisis et dosés, ont parlé au Chef de l’Etat, lui donnant des conseils et le priant quasiment. Sur-le-champ, il a donné une réponse dans le vif, mais les Ivoiriens attendent de lui des solutions idoines à tous ces problèmes qui menacent véritablement la quiétude du pays.

Ouattara montagne de problèmes. Alassane Ouatara
Alassane Ouatara

Le Président de la République devrait faire une introspection et regarder les problèmes en face en vue d’y apporter des solutions acceptées de tous. Un chef véritablement fort, c’est celui que toute la population ou une grande majorité applaudit et non celui qui fait peur. Le danger est véritablement là, et le pays, en accumulant tous ces problèmes sans solution, court vers le chaos si rien n’est fait. Et c’est le Chef de l’Etat qui devra prendre son courage à deux mains pour affronter sans calculs cette montagne de problèmes dans cette situation d’auto-verrouillage difficile pour le pays mais pour lui-même également, puisque tout lui revient.

O. CHERIF

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