Côte d’Ivoire : Ouattara saura-t-il vaincre la malédiction des passations de charges (Editorial)

Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et Guillaume Soro

Les Ivoiriens ne cessent de le répéter, leur pays, « la Côte d’Ivoire est bénie de Dieu ». Ils le disent généralement chaque fois qu’une situation exceptionnelle se présente à eux. On les a entendus répéter cette phrase prophétique, après le coup d’Etat du 24 décembre 1999, qui a renversé Henri Konan Bédié, du pouvoir.

Ils le disaient pour justifier le fait que ce coup de force ait pu se dérouler sans effusion de sang.
Dans ce pays béni de Dieu, il y a des faits qui le rendent exceptionnel. Par exemple, depuis son accession à l’indépendance, le 7 Août 1960 à ce jour( 59 ans), il n’y a jamais eu de passation des charges au sommet de l’Etat, en dépit du fait qu’après la mort de Félix Houphouët Boigny, le père fondateur, Bédié, Guéi, Gbagbo et Alassane se sont succédés à la tête du pays.

Dans cette même Côte d’Ivoire, des observateurs assidus de la scène politique s’accordent à dire que tous les Chefs d’Etat qui se sont succédé après la mort de Félix Houphouët-Boigny, sont partis du pouvoir par la force. Et ce à cause de leur entêtement. Autrement dit, ils auraient pu soit, garder le pouvoir, soit le quitter en douceur. De quoi s’agit-il, exactement, parlant d’entêtement ?

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Henri Konan Bédié

L’on raconte que le 24 décembre 1999, jour du coup d’Etat, il a été prévenu par certains de ses proches et même des Chefs d’Etat africains qui lui ont fait l’amitié de lui vendre la mèche. Mais, soutiennent les observateurs assidus, monsieur Bédié s’est entêté à faire ce qu’il était en train de faire ce jour. Et ce qui devait arriver, arriva. Il a été chassé du pouvoir. Certainement, après son départ du pouvoir, lorsqu’il s’est retrouvé loin du tapis rouge présidentiel, il ne cessait de répéter intérieurement : « si je savais ». Hélas ! Il était déjà tard. Le chef de la junte militaire qui a dirigé la période de transition (de décembre 1999 à octobre 2000), après le coup d’Etat, le Général de division, Robert Guei, a eu lui aussi son épisode d’entêtement avant de quitter le pouvoir.

Robert Guei

S’agissant du natif de Kabacouma, nos observateurs sont unanimes pour dire qu’il lui a été formellement déconseillé de se porter candidat, pour les élections post-transition. Guei Robert était quand même candidat. Il était opposé à Laurent Gbagbo, le candidat du Front populaire ivoirien (FPI). Au terme des élections, il a voulu se maintenir au pouvoir alors que les urnes donnaient un autre verdict. La suite, on la connait. Il a été chassé par la rue. Les Ivoiriens sont descendus dans les rues pour réclamer son départ, et il a dû se retrouver à Toukouzou Hozalem, dans le fief du défunt prophète Papa Nouveau. Avant de se retrouver à Kabacouma son village natal, d’où il vivait ses regrets : « Si je savais ».

Laurent Gbagbo

Elu face à Robert Guei, Laurent Gbagbo a dirigé le pays de 2000 à 2010. Sa présidence est émaillée de crise militaro-politique, avec l’éclatement de la rébellion du 19 septembre 2002. Au terme de moult tractations, Laurent Gbagbo est opposé à ses opposants lors de la présidentielle d’octobre 2010, premier tour. Il se retrouve au second tour avec Alassane Ouattara qui bénéficie du soutien du PDCI-RDA, du PIT, du MFA, de l’UDPCI. Il est déclaré vainqueur par la Commission électorale indépendante (CEI). Le Conseil Constitutionnel invalide les résultats de la CEI et déclare plutôt Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection. Puis, s’en suit une crise post-électorale qui fait selon les Nations Unies, 3000 morts, en Côte d’Ivoire.

Là encore, les observateurs témoignent que plusieurs Chefs d’Etat avaient conseillé en son temps au Woody de Mama, de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara et de lui céder le pouvoir. Il s’entête et s’accroche au pouvoir. Au terme d’une guerre entre des militaires alliés de Alassane Ouattara et ceux restés fidèles à Laurent Gbagbo, ce dernier perd la bataille. Il est mis aux arrêts depuis son bunker. Emprisonné d’abord à Korhogo, puis transféré ensuite à la Haye. Sans nul doute, par moment, il s’est dit : « Si je savais ». L’entêtement est passé par là.

Alassane Ouattara

Sorti victorieux des élections et de la guerre, est aujourd’hui aux commandes. Pour son deuxième mandat consécutif. En 2020, la Côte d’Ivoire devra renouveler ses dirigeants. Premièrement, les partisans du Président Alassane Ouattara soutiennent qu’il peut se présenter pour un troisième mandat. Des observateurs estiment que la loi fondamentale ne lui permet pas de briguer un troisième mandat. Va-t-il s’entêter ?

Deuxièmement, le Président a fait savoir son intention de réviser la Constitution. C’était lors de son adresse à la nation, le 6 août 2019, veille de la célébration du 59e anniversaire de l’accession de la Côte d’Ivoire, à l’indépendance. L’opposition politique et la société civile réunies ne trouvent pas cette démarche opportune et mettent en garde contre un tripatouillage de la Constitution, à quatorze mois de la présidentielle de 2020. Ouattara va-t-il s’entêter ?

Rien n’est moins sûr. Si d’aventure, il renonçait à se présenter pour un troisième mandat, il offrira à la Côte d’Ivoire, la première passation des charges de son histoire, après soixante ans d’indépendance. Ce serait à saluer. Si en plus, il renonce à la révision de la Constitution, à quatorze mois de la présidentielle, c’est sûr que notre Président bien-aimé pourra partir du pouvoir avec les honneurs et sans regret. Il aura brisé ainsi le cycle des regrets. Et on chantera ensemble : « Bye bye Si je savais »

Jules Claver Aka

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