Côte d’Ivoire : « Nous tendons vers une réédition des événements de 2010, peut-être même pire » (Blé Goudé)

Charles Blé Goudé, président du Congrès panafricain pour la Justice et l’égalité des peuples (COJEP), était l’invité de la chaine panafricaine Afrique Média le dimanche 9 août 2020. Il affirme que la Côte d’Ivoire tend « vers une réédition des événements de 2010-2011 ». Il propose l’organisation d’assises.

Selon l’ex-leader des jeunes patriotes et de Laurent Gbagbo, « nous tendons vers une réédition des événements de 2010-2011, peut-être même en pire. Je m’explique. Je précise que cela n’est pas mon souhait. Et je ferai tout ce qui est de mon possible pour ne pas être un acteur de ce qui va se passer. Je ne souhaite pas que les ivoiriens puissent encore subir un traumatisme. En 2010 c’était deux camps qui étaient en présence. Le camp Gbagbo d’un côté, et le camp Ouattara de l’autre côté. Au moment où je vous parle, les fronts se sont multipliés. Vous avez le camp Ouattara, le camp Soro, le camp Bédié, le camp Mabri Toikeusse, le camp Amon-Tanoh, le camp Duncan, le camp Anaky et j’en passe. Les fronts se sont multipliés ».

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On ne modifie pas une constitution comme on se brosse les dents tous les matins

Alassane Ouattara, lors de son adresse à la nation ce jeudi 06 août 2020
Alassane Ouattara, lors de son adresse à la nation ce jeudi 06 août 2020

« Arrêtons-nous là, et organisons au moins des assises pour pouvoir éviter à la Côte d’Ivoire le pire, ce qui a été produit en 2010. On peut certes gagner des élections, mais il faut aussi chercher à gagner la paix. Celui qui gagne dans la paix, gouvernera dans la paix. Celui qui gagne dans la tension, gouvernera dans la tension. Je suis un peu choqué à tout ce que je regarde : Allons-y, il n’y aura rien. C’est les mêmes langages, il y a quelques années. Il faut penser aux ivoiriens et faire en sorte qu’on revienne sur une table pour poser ces problèmes et apporter des solutions. Parce que le Président Laurent Gbagbo a des partisans, Charles Blé Goudé a des partisans. Ceux de Laurent Gbagbo souffrent de son absence. Je crains qu’il y ait encore des regains de violence dans notre pays. Je pense que nous avons la possibilité d’éviter cela ».

« Je voudrais dire aux leaders Africains, au-delà du Président Ouattara, il faut qu’on fasse en sorte que notre continent soit respecté. On ne modifie pas une constitution comme on se brosse les dents tous les matins. Comme je suis d’un pays qui a été colonisé par la France, la constitution de la cinquième République en France a connu sa première modification majeure en 1962 pour instaurer le suffrage universel direct. C’est-à-dire, de permettre au peuple Français d’élire directement le Président de la République. La deuxième modification majeure a eu lieu en 2000. C’était pour instaurer le quinquennat en remplacement du septennat », a expliqué Blé Goudé.

Je crains qu’il y ait encore des regains de violence dans notre pays

Charles Blé Goudé, le 1er juin 2020 à La Haye
Charles Blé Goudé, le 1er juin 2020 à La Haye

« Chacun ne vient pas avec sa constitution. Pourquoi en Côte d’Ivoire ? Alors qu’on a modifié la constitution en 2016, avec la complicité de beaucoup d’acteurs politiques que je dénonce. Je trouve que ce n’est pas être un modèle que de légiférer selon ses petites ambitions du moment, ses petits calculs, ses petits intérêts au détriment du peuple de Côte d’Ivoire. Je ne suis pas d’accord. La constitution de 2016 qui a accouché d’un embouteillage institutionnel, Président de la République, vice-président, Senat », a-t-il fait remarquer.

Il précise que, « cela fait un mois que la Côte d’Ivoire n’a pas de vice-président, mais le pays fonctionne toujours. Ça veut dire qu’on pouvait s’en passer. Cela fait deux mois que le président du Senat est absent du pays, mais la Côte d’Ivoire n’a pas disparu de la carte du monde. On pouvait donc s’en passer. Le budget du Senat qui fait près de trois milliards de francs CFA par an peut construire de nombreux centres de santé dans nos petits villages. Je ne suis pas d’accord qu’en 2016 le président de l’Assemblée nationale en son temps ait soutenu cette constitution. De même que Henri Konan Bédié. Quand on légifère, il faut avoir un regard lointain et ne pas avoir le regard sur ses petits intérêts ».

Charles Blé Goudé sur Afrique Média

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Notons que la Cour pénale internationale (CPI) avait prononcé la remise en liberté sous conditions de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, à l’issue de l’audience du vendredi 1er février 2019. Le président du Congrès panafricain pour la Justice et l’égalité des peuples (COJEP), avait été transféré le samedi 22 mars 2013 à la CPI. Les procureurs de cette juridiction l’accusaient de crimes contre l’humanité pour son implication présumée dans les violences qui ont suivi le scrutin présidentiel de novembre 2010 en Côte d’Ivoire. Une audience ouverte le 6 février 2020 devrait permettre l’acquittement définitif ou non de l’ex-leader des jeunes patriotes et de Laurent Gbagbo. Pour l’heure, le Bureau du procureur a fait appel.

Karina Fofana

Blé Goudé Afrique Média
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