Côte d’Ivoire : Malgré les arrogances affichées, la grande peur du RHDP ! (Opinion)

Amadou Gon Coulibaly inaugurant une pompe villageoise en mai 2019

A entendre et lire les ténors du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Paix et la Démocratie présidé par le président de la République Alassane Ouattara, on pourrait a priori croire que la présidentielle de 2020 est déjà dans leur poche et qu’il n’y a même pas en face d’eux d’autres Ivoiriens pour les empêcher de continuer à régner. Là s’arrête ce qui s’apparente à la fiction politique, car en réalité, le RHDP est sérieusement en proie au doute et n’arrive même pas à asseoir une stratégie cohérente, tant il est en bute à des contradictions internes résultant des calculs qui s’avèrent faux au fil du temps.

La grosse équation du RHDP aujourd’hui est de savoir comment et avec qui, gagner en 2020 ? Dans le comment gagner, il y a tout sur la stratégie. Si la question des moyens ne se pose pas, force est de constater que sur le plan humain, malgré le forcing des ralliements, malgré la mise en place du Conseil national de plus de 9000 membres, le Bureau Politique de plus de 3000 membres, le Conseil politique de 150 membres, le Directoire de 16 membres et la direction exécutive très sélective, le potentiel humain électoral n’est toujours pas à la hauteur. Non seulement ce sont les mêmes hommes qui sont dans presque tous les organes, mais rien ne garantit que ceux que l’on a contraints à adhérer au RHDP et même leurs différentes bases qu’ils ont trahies iront jusqu’à voter massivement pour le candidat qui sera désigné pour 2020.

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C’est donc pour chercher à convaincre cette base flouée que le RHDP, au sortir du séminaire de Grand-Bassam, a décidé de diviser le territoire national en 40 régions qu’il faut investir ici et maintenant avec tous les moyens. A chaque région, il faut un coordonnateur régional, des délégués départementaux, sous-préfectoraux et communaux pour le lobbying de proximité. Mais là encore, il y a un sérieux problème humain de sorte que d’ici la fin du mois d’octobre, rien n’est véritablement sûr quant au déploiement convenu et surtout quant à la force de persuasion des personnes à jeter sur le terrain. Etant entendu que la plupart des gens qu’on a cooptés ou contraints d’adhérer au RHDP y sont en définitive pour leurs propres intérêts. De fait, ce RHDP célébré en fanfare la journée devient une alliance par intérêt la nuit tombée.

Les calculs de probabilité ne tombent pas

 Et cela, le président Ouattara et son Premier ministre Amadou en sont très conscients. Ce qui occasionne donc de faire, de défaire et de refaire les calculs de probabilité qui ne tombent pas. L’objectif de Ouattara est que le RHDP qu’il dirige, quel que soit le candidat qu’il présente, remporte dès le premier tour les élections. Car, sait-il (et avec lui tout son état-major), aller au deuxième tour face à une opposition qui peut se regrouper, est un gros risque qu’il vaut mieux ne pas prendre. Les calculs de probabilité donnent le RHDP perdant si l’opposition se met véritablement ensemble. C’est pourquoi le rapprochement entre Bédié (PDCI-RDA) et Laurent Gbagbo (FPI) fait encore trembler le régime d’Abidjan. Si à ces deux grands hommes s’ajoutent l’autre grand dirigeant Guillaume Soro et tous les alliés de l’opposition, la messe est dite pour le RHDP.

D’où les efforts que fait le régime pour s’adjuger, dès maintenant, au moins la majorité de l’électorat qu’il prévoit à 8 millions après le prochain recensement. En plus donc du contrôle de la Cei, d’avoir les hommes qu’il faut dans les bureaux de vote, de se payer des activistes sur les réseaux sociaux, il lui faut aussi pouvoir compter sur un ou des candidats à même de rogner dans l’électorat de l’opposition. Et Pascal Affi, candidat, ferait l’affaire ! Mais, dans les plus grandes probabilités, l’idéal pour le RHDP est que l’opposition n’aligne pas des candidats de poids et de taille tels que Henri Konan Bédié, Guillaume Soro, et même Duncan (qui soit dit en passant n’a pas encore digéré que Ouattara lui ait préféré Gon Coulibaly et qui n’a pas encore renoncé). La modification constitutionnelle ruminée jusque-là pourrait alors mettre à l’écart ces candidats véritablement gênants. A moins que Ouattara, dans l’optique d’effriter l’Alliance naissante de l’opposition, n’engage des négociations directes, comme ses entourages le pensent, avec Laurent Gbagbo sur son éventuel retour en Côte d’Ivoire.

La grande peur de tout perdre

La deuxième question : Avec qui gagner ? Contrairement à ce qui se dit, le Premier ministre Amadou Gon, même s’il a les faveurs du président Ouattara, n’est pas pour autant assuré d’être le candidat du RHDP en 2020. Car, outre les cadres tant du RDR que du PDCI-RDA au sein du RHDP ne décolèrent pas après son pré-choix, le chef de l’Etat est lui-même dans une posture d’observation pour voir si oui ou non son homme fera l’affaire. Il avait d’abord dit en 2017 qu’un troisième mandat ne l’intéressait pas. En 2018, il avait déclaré qu’il lui fallait passer la main à une nouvelle génération. Puis, en 2019 au moment où tous s’attendaient à ce qu’il donne des indications sur l’homme de la nouvelle génération, Ouattara annonce : « Je ferai savoir ma décision en 2020. Je prendrai ma décision au moment opportun sur la base de ce que mon parti me dira de faire… ». En d’autres termes, si son parti lui dit d’être candidat, il le sera.

Or, qui aujourd’hui au RHDP peut demander à Ouattara de se retirer si l’envie le prenait de briguer un troisième mandat envers et contre tout ? Mieux, certains mêmes l’encouragent à le faire, vu que celui qu’il a choisi peut ne pas réussir le challenge, et la perte du pouvoir par le RHDP sera la fin des privilèges et du règne de tous ces hommes et femmes qui y sont accrochés. Surtout que la quasi-totalité des transfuges des autres partis qui sont au RHDP y sont plus pour la personne de Ouattara que pour ce parti qui a toutes les chances de ne pas survivre à la perte de pouvoir en 2020. Autant dire que le RHDP a plus peur de 2020 que les opposants.

EDDY PEHE

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