« Les jeux sont faits pour Soro pour la présidentielle d’octobre 2020 »

Sylvain N’Guessan était l’invité Afrique de Radio France Internationale (RFI) ce lundi 13 janvier 2020. L’analyste politique a parcouru l’actualité politique de la Côte d’Ivoire. Pour Sylvain N’Guessan, Le FPI pourrait jouer un rôle clé lors de la prochaine présidentielle.

Pourquoi cette modification de la constitution que vient d’annoncer le président Ouattara ?

Nous sommes à dix mois de la future élection, la presse fait écho de ce que cette modification pourrait concerner les conditions d’éligibilité notamment les questions d’âge. Tout porte à croire que la modification pourrait porter sur d’autres compartiments de la constitution, notamment la structuration de l’armée, de l’administration publique, la promotion et la protection des droits de l’homme ; les relations avec la sous-région. Et donc les relations économiques internationales. Attendons plus tôt de voir les points à l’ordre du jour avant de nous prononcer d’avantage.

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Apparemment il n’y aura pas de limite d’âge puisqu’Alassane Ouattara lui-même vient de déclarer qu’il pourrait être candidat : « Je ne compte exclure personne, y compris moi-même » ?

A partir du moment où le Président lui-même déclare effectivement qu’il ne compte exclure personne, cela pourrait dire que la modification constitutionnelle pourrait porter sur d’autres articles de la constitution.

Il y a un débat de savoir si Alassane Ouattara a le droit ou non de se présenter à un troisième mandat en octobre prochain. Est-ce que cette question pourra être l’objet d’une modification à venir de la constitution?

C’est possible dans la mesure où le président de la République entretient le flou sur son éventuelle candidature depuis un certain, c’est fort possible que cette nouvelle modification porte éventuellement sur une nouvelle candidature de monsieur Alassane Ouattara.

L’opposition et notamment monsieur Henri Konan Bédié dénoncent une Commission électorale indépendante (CEI) très déséquilibrée, est-ce que la rencontre gouvernement-opposition de ce mois de janvier sur le code électoral pourrait faire bouger les choses ?

Il faudra l’espérer. Dans la mesure où l’opposition en fait vraiment une revendication. L’opposition ne cesse de clamer depuis la mise en place de cette commission qu’elle est déséquilibrée, elle serait à l’avantage du parti présidentiel etc.

Sylvain N'Guessan, analyste politique FPI
Sylvain N’Guessan, analyste politique

Si le président de la République à mon avis peut essayer de rééquilibrer d’avantage la composition de la CEI en vue d’apaiser le climat social, en vue de rassurer l’opposition pour que nous ayons une élection qui n’est pas contestée de part et d’autre, si les hommes politique peuvent s’entendre sur une CEI plus consensuelle, ce serait pour le bonheur du peuple ivoirien.

Le mois prochain on devrait en savoir plus sur le sort judiciaire de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé devant la Cour pénale internationale (CPI), si leur acquittement est confirmé, que va-t-il arriver ?

On imagine aisément que monsieur Laurent Gbagbo ne tardera pas à rentrer en Côte d’Ivoire, monsieur Blé Goudé également. Mais à leur absence il y a eu des procès ici. Ils ont été condamnés en effet à de lourdes peines de prison. Est-ce que le président de la République va user du droit constitutionnel pour une amnistie de sorte à ce qu’ils puissent avoir accès au jeu politique ?

Ou est-ce qu’à leur arrivée (…) le pouvoir va les priver encore de leurs droits civils et politiques ? On espère que le Président de le République va essayer de résoudre cette question de manière pacifique. Parce que comme vous le savez, le climat social devient de plus en plus tendu, la rue pourrait reprendre du service pour l’élection à venir en octobre 2020.

Début novembre, la justice a condamné Laurent Gbagbo à 20 ans de prison par contumace, fin décembre la même justice a condamné Charles Blé Goudé a également 20 ans de prison par contumace. Est-ce qu’il peut y avoir un lien entre ces décisions de justices ?

Quand on voit l’agenda, la période à laquelle ils ont jugés, il faut dire que le pouvoir avait tout le temps depuis avril 2011 jusqu’en 2018 avant leur acquittement ils avaient l’occasion de faire leur procès et leur faire connaître leur sentence.

A partir du moment ce procès à lieu après leur acquittement, au moment où il est de plus en plus question de leur retour en Côte d’Ivoire et donc de leur participation au jeu électoral d’octobre 2020, on pourrait se poser des questions. Est-ce que ces procès ne sont pas en relation avec la décision de candidature en vue de la présidentielle d’octobre 2020 ? Ce sont des questions qu’on peut se poser légitimement.

Quel pourrait être l’objectif du pouvoir dans ce sens ?

On imagine clairement que c’est une manière certainement de se donner plus de chance en vue de la présidentielle de 2020. Quand on sait que monsieur Laurent Gbagbo a gardé quand même une importante base électorale en Côte d’Ivoire malgré son absence du jeu politique. On sait que monsieur Blé Goudé également a pu enflammer les foules durant une dizaine d’année.

Il y a plusieurs sections de son mouvement politique qui existent encore, qui se reconnaissent de lui et à mon avis l’appel au boycott du FPI a plus ou moins payé. Donc c’est une manière sans doute de les écarter du jeu politique de 2020, en vue d’augmenter leur chance pour emporter la présidentielle d’octobre 2020. Le RHDP essaie de se donner des chances en vue remporter l’élection présidentielle à venir pour préserver ses acquis.

Sylvain N’Guessan FPI

Dans l’opposition Henri Konan Bédié dénonce une justice instrumentalisée. Est-ce que la justice est-elle indépendante en Côte d’Ivoire ou pas ?

Je ne pense pas que la justice soit indépendante. Quand on voit en effet la crise postélectorale et ses conséquences, jusque-là il n’y a que les cadres et les militants et les sympathisants du camp de monsieur Laurent Gbagbo qui sont poursuivis. Dans le camp adverse, personne n’a encore été jugés.

Quand monsieur Henri Konan Bédié était au pouvoir est-ce que cette justice était indépendante ?

On se rappelle que monsieur Henri Konan Bédié avait fait emprisonner toute la haute direction du RDR (…) Le FPI même avait toutes les difficultés. Juste mon avis depuis 1990 depuis l’heure du multipartisme la justice a toujours été en faveur du régime présidentiel.

Face à de graves ennuis judiciaires l’ancien premier ministre Guillaume Soro contre qui un mandat d’arrêt a été lancé, est-ce qu’il a une chance de pouvoir venir en Côte d’Ivoire cette année ?

Pour monsieur Guillaume Soro je ne pense pas. Je pense que les jeux sont faits. Puisque les premières décisions qui pourraient sortir de ce procès ne seraient pas à l’avantage de monsieur Guillaume Soro. Et le temps qu’il fasse appel qu’il y ait un autre procès même s’il est blanchi on aura cependant déjà fini l’élection d’octobre 2020 à mon avis pour monsieur Guillaume Soro. A moins que monsieur Alassane prenne une décision, à mon avis monsieur Guillaume Soro devrait attendre 2025.

La rencontre Gbagbo-Affi N’Guessan la semaine dernière, est-ce une réconciliation entre le fondateur du FPI et le dissident du FPI ?

A mon avis oui. Monsieur Laurent Gbagbo et monsieur Affi N’Guessan ont compris que ce serait suicidaire pour le FPI d’aller à l’élection présidentielle de 2020 en des rangs dispersés. Deux candidats au FPI, ce serait suicidaire. On imagine que la rencontre du weekend passé visait certainement à arrondir certains angles, à se réconcilier, à faire taire certaines querelles.

On imagine que c’est une manière pour monsieur Laurent Gbagbo et monsieur Affi N’Guessan de mettre de l’eau dans leur vin en vue certainement d’avoir un ticket commun pour la présidentielle de 2020. Vous savez la recomposition du champ politique ivoirien depuis ce mois de décembre pourrait amener le FPI à jouer un rôle clé à mon avis lors de la présidentielle à venir. Pas forcément pour remporter mais pour être un faiseur de roi et donc revenir assez fort dans le jeu politique à partir de 2021.

Voulez-Vous dire que la rencontre Bédié-Gbagbo du mois de juillet à Bruxelles augure d’une alliance entre le PDCI et le FPI face au RHDP d’Alassane Ouattara ?

Nous sommes habitués à ce jeu depuis 1990, le fameux triangle. Quand un accède au pouvoir les deux autres s’allient. Mais ils n’iraient pas jusqu’à un ticket commun. Si éventuellement il y a un second tour, celui qui sera deuxième pourrait bénéficier des voix des autres candidats. Je n’imagine pas une candidature unique PDCI-FPI pour le moment.

Mais vous imaginez un accord de désistement entre les deux tours ?

Effectivement.

Alassane Ouattara sera-t-il candidat lui-même à votre avis ?

Je pense que oui. Dans la mesure où la presse relais que les sondages qu’il aurait demandé ne donnent pas vainqueur au dauphin qu’il essaie de présenter monsieur Amadou Gon.

Les sondages ne sont pas très favorables à  l’éventuel candidat Amadou Gon Coulibaly, l’actuel premier ministre ?

C’est ce que nous avons lu dans la presse en tout cas.

Pourrait-on retrouver le trio de 2010 monsieur Ouattara, Bédié et Gbagbo ?

Pour monsieur Ouattara et monsieur Bédié je crois que ce serait possible. Mais pour monsieur Gbagbo à partir du moment où il y a une lourde peine d’emprisonnement qui l’attend en Côte d’Ivoire, on se demande comment il pourrait desserrer l’étau autour de sa candidature. Est-ce que le Président de la République doit faire violence sur lui-même pour une amnistie totale pour qu’il soit candidat ? On n’appréciera mais je ne pense pas.

Ce sera donc un autre candidat pour le FPI ?

Probablement.

Pensez-Vous à Simone Gbagbo ?

Les noms qui pourraient défendre le FPI dans un tel schéma si la réconciliation est actée il y a bien évidemment monsieur Affi N’Guessan lui-même, il y madame Simone Gbagbo, il y a aussi les cadres comme monsieur Dakoury Tabley l’ancien gouverneur, il y a monsieur Ahoua Don Mello. Voici des noms qui reviennent un peu plus pour le FPI en vue de la présidentielle à venir.

Propos retranscrits par Prince Beganssou

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