Côte d’Ivoire : Les grands bruits de la grande muette (Éditorial)

Des éléments des Forces spéciales ayant mené le raid sur la préfecture de police d'Abidjan

De façon générale, une armée se caractérise par sa discipline. Une discipline qui commande que le militaire soit taciturne. Qu’il ne se prononce pas sur certains sujets, en publique. Dans le prolongement de cette discipline militaire, il est recommandé aux civils, les journalistes notamment, de ne pas traiter certaines questions militaires. Imposant ainsi, le secret militaire à ces hommes et femmes de médias. Ces derniers jours, des militaires ivoiriens semblent avoir rompu avec ces bonnes pratiques. Pour se donner en spectacle.

D’abord un grand bruit à la préfecture de police d’Abidjan. Nous sommes le 19 septembre 2019. 19 septembre ! Ine date qui rappelle de façon générale de mauvais et vilains souvenirs aux Ivoiriens. En effet, c’est le 19 septembre 2002 que la Côte d’Ivoire a enregistré le début de sa première (et on l’espère vivement) dernière rébellion armée. Le 19 septembre 2019, alors que les Ivoiriens tentent de sortir de leur esprit, ces vilains souvenirs, des militaires censés être muets font irruption à la préfecture de police. Officiellement, pour authentifier la présence de l’un des leurs qui aurait été raflé.

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Cette descente se solde par de grands bruits. Bagarres, véhicule endommagés, arrestations. Et par dessus tout, des images sur les réseaux sociaux qui relatent la scène honteuse pour la grande armée ivoirienne. Qu’à cela ne tienne. Vingt-quatre heures après, des policiers pris à partie par des militaires. Blessés et hospitalisation de flics à Abidjan. Encore plus grave, attaque des policiers désignés pour la surveillance des épreuves du concours d’entrée à l’école de police 2019, au Lycée classique. Bagarre rangée. Des tirs. Plusieurs blessés de part et d’autre.

En l’espace de 72 heures, les Ivoiriens ont été servis. De la plus vilaine manière par nos hommes en tenue. Qui a tort ? Qui a raison? Qui a commencé quoi ? Qui a donné l’ordre aux militaires des forces spéciales d’aller à la préfecture de police ? Pour quelle mission précise ? La hiérarchie militaire et les grands commandements doivent des réponses assez claires aux Ivoiriens.

Premièrement , parce que les Ivoiriens ont besoin d’être rassurés par les agissements de ceux qui sont censés les défendre et leur garantir la quiétude. Deuxièmement, pour éviter que les commentaires aillent dans tous les sens.

Un journal ne barrait-il pas à sa une au lendemain de la descente des forces spéciales à la préfecture :  » tentative de coup d’État manqué  » ? Dans la même vaine des commentaires, certains Ivoiriens soutiennent que l’attaque du commissariat du 2e arrondissement de Yamoussoukro, qui a fait un blessé par balles parmi les policiers de garde, et d’importants dégâts matériels ; serait aussi le fait des Frces spéciales. Vrai ou faux ?

Bref. Tout cela fait peur. Les Ivoiriens, à défaut d’avoir trois repas par jour et de pouvoir envoyer leurs enfants dans des écoles de leur choix, ont besoin de quiétude. Que ceux qui ont la lourde responsabilité de mettre de l’ordre s’y mettent. Et rapidement.

Jules Claver AKA

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