Côte d’Ivoire : Les causes profondes de la crise sociale et politique

Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et Guillaume Soro

Avant la publication d’une analyse personnelle, je vous invite à lire un extrait du rapport de la CDVR pour mieux comprendre les raisons du mal de la société ivoirienne et sa manifestation par « L’ANGOISSE D’INANITION »: « Dans notre recherche d’une société d’abondance et de liberté, NOUS AVONS PERDU LA CULTURE DE LA RETENUE (maîtrise de soi, capacité à supporter la douleur et les privations, respect des totems et des interdits) qui a permis à nos sociétés anciennes de gérer les contraintes qui étaient les leurs.

Les conséquences qui en résultent sont d’ordre économique, social et politique.

Le consumérisme excessif, impulsé et entretenu par l’élite, ne permet pas l’émergence d’une classe d’entrepreneurs créateurs d’emplois et ne rend pas audible le discours sur l’entreprenariat. Il encourage la dépendance, diverses formes dégradées de solidarité et une conception restreinte de la fraternité censée réduire le nombre des bénéficiaires.

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La nation pâtit d’une mauvaise gestion des relations en son sein et dans la sous région qui sont forcément fondées sur l’inclusion/exclusion ou le « in-group/out-group. »

La POLITIQUE, perçue comme la principale source de la crise ivoirienne, DEVIENT UNE AFFAIRE D’ARRANGEMENTS PLUTÔT QUE DE DROITS, d’un présidentialisme fort, excessif selon certains, dans lequel on cherche un substitut du père protecteur, de pratiques de mise en échec de l’Etat, de défiance envers la Loi, le peuple et les autorités dont sont coutumiers les dirigeants comme les citoyens ordinaires.

Dans ce contexte général, l’élite et la base sont victimes d’instrumentalisation, de manipulation et de chantage réciproques. Tel est le rôle des indignations sélectives et intéressées exprimées dans toutes les régions du pays. Les populations qui ont besoin d’être rassurées sont plutôt victimes de violences diverses et d’expropriations qui viennent conforter la crise psychologique.

Comme manifestations de cette dernière crise, on peut retenir «l’angoisse d’inanition» (selon le psychanalyste Grobli Zirignon, la crainte de manquer de biens de consommation au contraire de « l’intoxication consumériste » dont souffre l’Occident aux dires de S. Hessel et E. Morin, Le chemin de l’espérance, 2011), la quête permanente de la sécurité (à travers le désir du père, du grand-frère et des héros, figures de l’ancêtre ancien ou du messie), la peur de l’avenir, des incertitudes et de l’alternance, le manque de confiance en soi qu’on veut compenser par la défiance et l’agressivité, la déresponsabilisation et la culpabilisation subséquente de l’autre.

Survient et frappe la crise du capital social : manque de confiance dans le fait que le tour de chacun viendra dans la distribution des biens et des charges, dans les institutions capables d’arbitrer et de (dé)partager.

La restauration de l’État et de l’économie ne suffira pas à régler le problème de l’immigration si on ne va pas au fond de toutes ces peurs et ne rétablit pas l’équilibre psychologique des populations.

Au niveau culturel enfin, nous avons quitté l’ancienne conception holiste du monde pour la division de la société, la profanation et marchandisation de la terre et des arbres qu’elle porte, le mépris des générations à venir, c’est-à-dire du renouvellement de la vie (fondement principal des procès en sorcellerie de jadis).

Les institutions qui nous restent SONT DES VESTIGES DONT LES ANIMATEURS ET PROMOTEURS NE RESPECTENT PAS LES PRINCIPES FONDAMENTAUX.

Les efforts d’inculturation qu’il faut célébrer se limitent malheureusement au domaine religieux.

Nos langues sont perçues comme des facteurs de division et d’opposition au lieu de les voir comme des soutiens à l’unité, à la création et au progrès.

Nos traditions sont dévoyées et instrumentalisées ou offertes en spectacle au lieu d’être des moyens de promotion humaine en faisant prévaloir le sens sur la distraction. » FIN

Quelle analyse peut-on faire de ce diagnostic de la CDVR? Que doit faire le gouvernement? Comment s’en sortir?

Côte d’Ivoire : Ouattara explique avoir choisi des gens « engagés », mais pas forcément compétents
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