Côte d’Ivoire : Oustaz Isaac Diabaté appelle des musulmans au « djihad » contre l’élection de Bédié, les graves dérapages d’un religieux

L’oustaz Isaac Diabaté, de son vrai nom Siaka Diabaté a tenu des propos très graves, dans une vidéo, publiée le jeudi 4 juin 2020. Un appel aux musulmans qui circule abondamment sur les réseaux sociaux.

Pour un devoir d’information et surtout pour appeler les uns et les autres à plus de responsabilités, Afrik Soir propose certains extraits de ses propos tout en les condamnant. En effet, cet homme qui se fait passer pour un homme de Dieu, se base sur des propos de l’ancien chef de l’Etat Robert Guéï, venu au pouvoir par un coup d’Etat pour mettre en garde les musulmans contre Henri Konan Bédié. Dans sa vidéo de moins de cinq minutes, postée le 4 juin 2020, avant même l’annonce de la candidature d’Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, Siaka Diabaté (nom de profil Facebook) s’adresse aux musulmans en Malinké.

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Le titre du film est assez évocateur : Bédié… la source de tous les malheurs. « Ceci est un message très important que nous lançons à l’endroit de nos frères et sœurs. L’être humain doit pouvoir se souvenir de son passé et réfléchir sur le futur en vue de connaitre la direction dans laquelle il doit se diriger. De 1993 au premier coup d’Etat de 1999 de Robert Guéï, on peut témoigner. Chers frères et sœurs, si on te voyait en boubou, avec ton chapelet, ton coran, ou si tu t’appelais Mohamed, Hassane ou Mariam, les policiers t’arrêtaient. Ensuite, ils te conduisaient dans un couloir pour prendre ta pièce d’identité, la déchirait ou la jetait en dessous de la table. Et on te faisait payer une carte de séjour. On ne nous considérait pas comme des nationaux. On était plutôt considéré comme des étrangers dans notre propre pays qui est la Côte d’Ivoire », a-t-il dénoncé.

« Je lance un appel à mes jeunes frères et sœurs de se faire établir les cartes nationales d’identité en cette année 2020. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, environs quatre millions de jeunes sont en âge de se faire établir des cartes nationales d’identité mais qui ne l’ont pas encore fait. J’invite mes frères et sœurs musulmans à se lever comme un seul homme pour se faire établir les cartes nationales d’identité et tout autre document administratif. Chers parents, mobilisez nos jeunes frères et sœurs à le faire. C’est notre machette, notre épée; c’est l’héritage que nous allons léguer à nos enfants », a fait savoir Diabaté.

« De 1993 au premier coup d’état de 1999 de Robert Guéï, on peut témoigner. Chers frères et sœurs, si on te voyait en boubou, avec ton chapelet, ton coran, ou si tu t’appelais Mohamed, Hassane ou Mariam, les policiers t’arrêtait »

Selon lui, « les pièces d’identités seront nos ‘’armes’’ demain. Aidons-nous les uns et les autres à les obtenir. Nous faisons partie de ce pays. Nous sommes tous pour le bien de ce pays. Même si tu n’es pas musulman. C’est une forme de djihad, le fait d’obtenir les papiers. C’est ce message que je voulais vous adresser. Nous venons d’un point pour une autre destination. Prenons soin de ce que nous tenons dans la main. Ce n’est pas à moi de te montrer celui pour qui tu dois voter. Mais tu sais qui peut faire ton affaire, ton avenir, ton bien, ton bonheur. Ne reste pas à la maison le jour du vote, vas voter pour cette personne ».

On ne nous considérait pas comme des nationaux. On était plutôt considéré comme des étrangers dans notre propre pays qui est la Côte d’Ivoire

C’est un appel qui est très grave en ce sens qu’il mêle religion et politique surtout quand il vient d’un homme de Dieu. A quatre mois de l’élection présidentielle, il est temps pour les autorités de siffler la fin de la récréation si elles aspirent à des élections apaisées. Notons que cet autre appel à la haine fait suite à celui de Hamidou Berthé, Imam de la mosquée Al Istiqâmah dans la commune d’Attecoubé. Rappelons que celui-ci avait tenu des propos graves le vendredi 15 mai 2020 sur la fête du Ramadan.

« Ils veulent créer des polémiques stériles, inutiles pour jeter le discrédit sur les autorités. D’hier seulement à aujourd’hui que les choses ont été précisées, j’ai entendu beaucoup de choses dans les rues. Certains disent que les autorités devraient laisser le Ramadan finir avant d’ouvrir les mosquées. Et je leur demande : Ce n’est pas vous qui avez demandé d’ouvrir avant la fin du Ramadan ? », avait indiqué l’homme de Dieu.

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« En religion, on ne gère pas les états d’âme, ni les sentiments des gens. Nous regardons notre religion avec Allah (Dieu). Ce n’est pas nous qui avons fermé les églises. Et les premières personnes à fermer, sont les chrétiens. C’est le clergé Catholique à l’orée de Pâques, qui a décidé de donner des consignes aux chrétiens. Je peux peut-être dire que c’est ce qui a motivé nous les musulmans à fermer les mosquées. C’est après que les musulmans ont fermé. Mais des gens malveillants disent que c’est parce que le pouvoir en place est musulman qu’ils ont fait combine pour aménager le couvre-feu d’abord et aujourd’hui ils ont aménagé pour que les musulmans fêtent. On va fêter. Vous voulez créer une guerre religieuse. Nous ne faisons pas de politique. Mais si politicien se trouve dans notre ring, on va le boxer sans gant », avait précisé l’Imam Berthé.

La violence des propos de certains religieux s’invitant dans la sphère politique devient récurrente en Côte d’Ivoire. En effet, l’Imam Aguibou Touré fut interpellé le 3 juillet 2018 par la Direction de surveillance du territoire (DST) à Abidjan et inculpé le 13 juillet, pour « appels à la haine, à la discrimination tribale et religieuse ». C’était une affaire sensible qui divisait les Ivoiriens, y compris les musulmans. L’Imam « rebelle » avait été libéré le mardi 13 août 2018 grâce à l’amnistie décrétée le 6 août. Le Pasteur Israël Konan Koffi N’Goran quant à lui, fût arrêté le mercredi 1er août 2018, alors qu’il était en plein direct sur Facebook. Il lui était reproché d’inciter à la haine. Il a été libéré le vendredi 2 août 2019.

Karina Fofana

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