Côte d’Ivoire : « La nouvelle CEI est un brouillon » (Boni-Claverie)

Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, président de la CEI

Je félicite Monsieur le président-fondateur et toute la presse et les journalistes de « Le Nouveau Réveil » et qui, tout à l’heure, vont me presser de leurs questions. Permettez-moi de les remercier pour leur présence,  leur amitié et les encouragements de tous les invités ici présents. Et vous allez me permettre de les citer moi-même.

Et je vais commencer de la gauche à la droite pour ne pas avoir à oublier quelqu’un. Je vais commencer par le ministre Apétey qui est le président du Cercle ivoirien et perspective. Le président du PIT, Monsieur Aka Ahizi.  Le président de l’Initiative pour la paix en Côte d’Ivoire, Kouadio Konan Siméon dit KKS, merci de votre présence. Le Secrétaire exécutif en chef du PDCI, le ministre Guikahué. Je crois apercevoir Monsieur Anaky Kobenan, président du MFA et Ouattara Gnonzié, président du RPP. Cet aéropage de personnalités pourrait être complété par la présence du secrétaire général du FPI qui s’est excusé. Nous, à l’URD, nous nous en réjouissons parce que nous avons toujours voulu chercher ce rapprochement au niveau de l’opposition.

Ce que veut la population en Côte d’Ivoire, c’est que l’opposition parle d’une même voix et qu’elle parle le même langage et partage les mêmes objectifs. La mobilisation qu’il y a eue au meeting, j’ai envie de dire, de redémarrage du 14 septembre et ce que nous avons vécu au giga meeting de Yamoussoukro va bien au-delà de nos militants, de nos sympathisants. Je crois que la population, celle, bien sûr, qui nous suit, est dans sa grande majorité, rassurée quand elle voit ces deux forces politiques côte-à-côte.

Et pour elle, elle le transforme comme une force rassurante qui est également animée d’une énergie et d’un dynamisme nouveau. Cela nous donne aussi beaucoup d’impacts sur la population pour entendre des propos parce que nous sommes là pour  parler, dénoncer les abus du pouvoir, dénoncer les dérives autoritaires du régime ainsi que tous les actes de mauvaise gouvernance, pour ne citer que ceux-là.

A lire aussi : Danièle Boni-Claverie fustige le « rattrapage » de Ouattara : « 99% des admis aux concours sont du Nord »

« D’où vient que nous sommes très souvent apostrophés, nous l’opposition, d’une manière récurrente, parfois d’une façon brutale ? On dit mais que fait l’opposition, elle parle, elle n’agit pas. Certains mêmes vont jusqu’à affirmer que l’opposition est inexistante ».

Alors permettez-moi de profiter de l’opportunité que vous m’offrez, pour essayer de répondre à toutes ces accusations accablantes que, j’espère, en reconnaissance de mon propos. Moi je vais répondre d’une façon simple. S’il n’y avait pas eu d’opposition, nous n’allions pas obtenir la libération des détenus politiques. L’amnistie, qui a concerné Madame Simone Gbagbo ainsi que des dignitaires du FPI, n’aurait jamais été prononcée, s’il n’y avait pas eu d’opposition, peut-être que nous aurions encore M. Youssouf Bakayoko comme président de la Commission électorale indépendante. Il ne faut pas que l’arbre de l’échec puisse cacher quand même la forêt d’un certain nombre de succès.

C’est vrai qu’en tant qu’opposition, nous n’avons pas réussi à bloquer le passage en force qui nous impose une nouvelle série que nous n’aurions pas du tout à l’esprit, de l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Mais quand même, nos actions, nos pressions ont fait que l’opinion nationale et internationale est alertée. Il faut bien se rendre compte, la nouvelle CEI qu’on on dit consensuelle est un brouillon.

Je crois qu’on se rappelle tous les propos du président Alassane Ouattara à la veille de l’Indépendance. Il nous a annoncés qu’il allait procéder à des modifications constitutionnelles, notamment en ce qui concerne l’éligibilité des candidats. Eh bien peut-être que ce sont nos vives réactions qui l’ont empêché jusqu’ici, je dis bien jusqu’ici, de le faire. Je pense que l’opposition et le peuple, nous sommes deux forces aux mains nues.

Mais nous avons un carburant commun, si je peux m’exprimer ainsi, c’est nos convictions, et puis notre détermination à changer les choses. Je ne vais pas tomber dans de la paranoïa, mais nous devons éviter le piège de la division. Parce que nous savons tous, la capacité, l’habilité du régime à manipuler surtout à diviser pour régner. Je crois que tous les partis politiques en savent quelque chose. Que ce soit le PDCI, le FPI, le PIT, le MFA et l’UPCI.

Donc nous ce que nous disons, en Côte d’Ivoire, nous ne voulons imiter personne. Chaque pays a son propre parcours. Mais tout de même, on ne peut pas se mettre des pièces dans les oreilles, on ne peut pas ignorer le mécontentement qui est en train de s’exprimer, le ras-le-bol général qui fait que nous de l’opposition, nous sommes alliés et nous disons que toutes les conditions sont réunies pour qu’il y ait une crise pré-électorale majeure. Et ça, nous n’en voulons pas.

Nous, nous voulons des élections apaisées avec des résultats incontestables. Parce que les Ivoiriens ne veulent plus mourir pour des élections. Alors, il revient à l’Etat, dans son rôle régalien, non pas simplement de toujours brandir le bâton de la répression, mais de remplir ses fonctions fondamentales qui sont d’assurer la sécurité des biens et des personnes. S’il ne le fait pas, eh bien, ils seront dans les pas d’échec. Voilà ce que j’avais envie de dire avant de passer à ce cadre que vous avez déterminé. Nous allons passer d’un sujet à un autre, et maintenant je vais aborder ce que vous m’avez demandé.

Je vais parler de mon parti, de la création  du parti et de son histoire. Mon parti a été créé en 2006. Beaucoup de personnes ici savent que l’URD sort des entrailles du PDCI, mais je ne vais pas m’attarder sur cette période parce que ce fut un moment douloureux, une décision difficile à prendre. Nous avons quitté le PDCI et je crois que cela a été un moment pénible pour ce grand parti. Nous avions, à ce moment-là, pensé qu’il fallait que nous nous regroupions et c’est ainsi que nous avons formé l’UDPCI. Dans sa première phase, l’UDPCI a été présidé par Paul Akoto Yao. Aujourd’hui, il est présidé par M. Mabri Toikeusse.

Nous avons évolué pendant un moment, dans ce parti puis à un moment, nous n’étions plus très à l’aise parce que nous avions constaté des dérives régionalistes. A partir de là, nous avons décidé, sans vouloir faire de bruit, sans vouloir nous répandre dans les journaux, de quitter l’UDPCI. Et c’est à ce moment-là que nous avons pris le temps de la réflexion et qu’en 2006, j’ai créé l’Urd. Vous allez me donner la possibilité de tordre le cou définitivement à une étiquette que vous collez à mon parti et que vous me collez à moi personnellement. C’est celle de nomade politique. Et moi je ne me reconnais pas dans ce schéma. Moi, je vais vous expliquer ce qu’est un nomade politique.

De toute façon, nous en avons des exemples tous les jours au niveau du RHDP. Un nomade politique, c’est une personnalité, élue d’un parti x et puis, pour des raisons qui appartiennent à lui-même, décide, à un moment, de quitter ce parti et donc de se désaffilier de ce parti-là. C’est ça le nomadisme. Et il trahit son parti et en même temps, il induit en erreur son électorat. Donc je ne voudrais plus que cette confusion sémantique puisse se faire parce que si vous avez peut être compris que, si nous avions quitté les uns et les autres pour créer quelque chose, c’est pour être beaucoup  plus conforme à nos propres convictions.  

Dès que le parti a été créé, nous avons plutôt pensé, si vous le voulez, à déterminer une position politique, je ne veux pas dire, idéologique. Centriste parce que le centrisme ne symbolise pas les extrêmes et, bien sûr, des extrémismes mais aussi on nous fait de fois des reproches. On nous dit, vous prenez un peu à droite, vous prenez un peu à gauche.

Nous avions le lancement qui s’est effectué à l’Hôtel Ivoire et ce que j’ai en souvenir dont je suis très fière, c’est 2 ans après, la Convention de l’URD qui rassemblait au cinéma de l’hôtel Ivoire,  700 délégués, mais c’était véritablement des délégués. Ce n’était pas du remplissage de salle, 700 délégués qui étaient tous en uniforme, et qui représentaient les coordinations et les sections de l’URD. Evidemment, la crise est arrivée et notre siège a été occupé par les FRCI qui viennent saccager puis une partie est incendiée.

Nos coordinations ont beaucoup souffert, surtout le bastion de l’URD qui se trouvait plutôt à l’Ouest, et nous avons malheureusement eu beaucoup de personnes disparues, décédées. Donc nos coordinations ont vraiment souffert. Et nous avons, à ma sortie de prison, quand même pu retrouver un parti qui est peut-être à genoux, mais qui avait résisté. Vous me donnez l’opportunité de remercier mes collaborateurs  qui ont fait preuve de loyauté vis-à-vis de ce parti, et de dévouement et de fidélité à ma personne, merci beaucoup.

Alors nous avons décidé de repartir à zéro, de réactiver nos sections, nos coordinations. Actuellement, nous sommes présents sur 22 régions et nous savons qu’il y en a 31. Nous avons encore beaucoup à faire, avec les ressources humaines qui ont diminué mais aussi les ressources financières qui ont tari mais j’ai quand même le plaisir de constater que nous avions des jeunes cadres qui viennent vers nous et dont je suis ravie parce que je me dis que maintenant, toute une génération est en train de comprendre qu’il faut s’engager pour sauver la Côte d’Ivoire.

Danièle Boni-Claverie

Présidente URD

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,
Articles liés

2019 | Afrik Soir | Tous droits réservés

Urgence Info