Côte d’Ivoire : La grève des enseignants va reprendre parce que « le gouvernement ne joue pas franc-jeu »

Après deux mois de grève, les enseignants restent en attente des résultats des négociations avec le gouvernement qu’ils soupçonnent de ne pas jouer franc-jeu avec eux. Dans cet entretien, Pacôme Attaby dénonce cette attitude et menace…

Le 22 janvier 2019, vous avez lancé une grève qui, plus de 2 mois durant, a paralysé l’école. Depuis lors, vous avez engagé des discussions avec le gouvernement. Qu’en est-il de ces négociations?

Aujourd’hui, le processus est en cours, mais sauf que la Cosefci n’en a pas une lisibilité assez claire. Nous sommes allés à Grand Bassam à l’initiative du Premier ministre, nous avons discuté et le temps qui était imparti à cette séance de travail a été largement dépassé, et nous a trainés jusqu’au 24 Avril alors qu’on devrait boucler cela jusqu’au 12 Avril. C’est seulement ce jour-là que nous avons pu finaliser le rapport qui a été déposé au premier ministre. Celui-ci n’a pas encore fait signe de vie, et nous sommes toujours dans l’attente d’une réunion avec le Premier ministre. Dans la foulée, nous allons également à une assemblée générale le mercredi 08 mai prochain, à l’effet d’apprécier la situation et prendre les décisions qui s’imposent.

Les discussions semblent avoir duré plus de temps que la grève. Certains de vos camarades estiment que  c’est une volonté manifeste pour l’Etat de gagner du temps, surtout que les examens scolaires ont débuté avec les épreuves physiques ?

Evidemment, nous soupçonnons le gouvernement de jouer la carte du dilatoire avec nous. Nous constatons que le gouvernement veut seulement sauver l’année scolaire tout en ignorant les réponses à nos préoccupations. Pour nous, cela n’est pas acceptable. Voilà pourquoi, nous allons en assemblée générale pour apprécier sereinement la situation et nous allons aviser. Il faut également noter que le deuxième trimestre ne peut être validé en raison de la rétention des notes dans la plupart des établissements du secondaire. C’est un fait, aujourd’hui l’élève lambda n’est pas capable de se situer sur le trimestre en cours. Est-ce le deuxième trimestre ou le troisième trimestre, on ne sait pas vraiment. Nous sommes déterminés et nous continuons de retenir les notes et le mercredi prochain à l’assemblée générale, je reste convaincu qu’une décision sera prise.

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Le gouvernement avait fait des promesses sur les conditions de la suspension du mot d’ordre de grève. Qu’en est-il aujourd’hui, notamment des sanctions administratives, les ponctions sur les salaires…. ?

Nous avons l’impression que le gouvernement se joue de nous. Il avait regardé les choses dans le sens de l’apaisement. Malheureusement, aujourd’hui, nous constatons que les ponctions qui avaient été opérées sur les salaires des enseignants n’ont pas été reversées. Nous, nous ne courons pas après les ponctions parce que nous savons tous que quand tu ne travailles pas, l’Etat a droit, selon les statuts de la fonction publique, à te précompter. C’est malheureux que le gouvernement ne joue pas franc-jeu, et nous prenons l’opinion nationale et internationale à témoin sur la roublardise du gouvernement. Et c’est tout cela que nous allons apprécier au niveau de cette Ag.

Le discours du chef du gouvernement était fort attendu le 1er Mai par l’ensemble des enseignants. Quel commentaire faites-vous du discours du premier ministre ?

Nous attendions mieux que le discours du Premier ministre. L’ensemble des enseignants espérait que le Premier ministre accepte le principe de la revalorisation de l’indemnité de logement. Qu’il fasse lui-même le constat que les coûts des loyers en Côte d’Ivoire sont devenus insupportables par le fonctionnaire ordinaire et annoncer des mesures. Du reste, on en discuterait dans le cadre du dialogue. Bien malheureusement, il n’en a pas fait cas. Il est resté très opaque et nous sommes très déçus de ce discours et nous sommes même inquiets par le projet porté par ce discours relatif à la restriction des libertés syndicales, notamment le droit de grève dans le secteur de l’éducation et la santé tel qu’annoncé par le Premier ministre. Nous sommes restés sur notre faim, ce discours-là n’est pas applaudi par les enseignants de Côte d’Ivoire. Bien au contraire, ils disent qu’il les a royalement ignorés. Et nous allons à l’assemblée générale pour décider.

L’année scolaire est quasiment à sa fin. Cette Ag, vous en parlez depuis, allez-vous lancer encore un mot d’ordre de grève ?

Nous n’imposons rien à l’assemblée générale, elle est la tribune d’expression des syndiqués. Ce sont les syndiqués qui viennent indiquer à la tête la ligne à suivre. Et nous responsables nationaux, nous regardons et nous canalisons. Et je voudrais dire une chose à l’opinion. La Cosefci est dotée d’une grande capacité de résilience, que personne ne se méprenne, la Cosefci est très bien organisée. Si d’aventure, l’Ag devrait décider de la grève, elle aurait le même effet que la première phase parce que les enseignants sont très déçus, ils sont très fâchés. Et cette année, ils sont très déterminés à obtenir du gouvernement un décret qui revalorise leur indemnité de logement. Le problème que nous posons est pertinent. Et cette pertinence détermine notre engagement à braver toute sorte d’obstacle pour pouvoir faire plier le gouvernement. Tous les enseignants tous syndicats confondus, croient beaucoup en la Cosefci, ils ont fondé leurs espoirs dans la Cosefci et c’est ce qui nous permet de tenir et de mériter cette confiance. La Cosefci fera ce qu’il y a lieu de faire qui va dans ce sens-là. Le sens de l’intérêt des enseignants de Côte d’Ivoire. Que ce soit les enseignants craie en main, les éducateurs, les inspecteurs, les conseillers d’orientation y compris ceux qui sont ministres et qui, par leur emploi, sont enseignants et qui attendent les résultats positifs de notre lutte. La Cosefci reste débout.

Interview réalisée par Jean Prisca

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