Côte d’Ivoire : La colère des chinois de DJ Arafat ressemble à la colère des fans de Fulgence Kassy qui avait précédé le multipartisme (Opinion)

DJ Arafat le jour de sa décoration en août 2018

Actualité oblige. Nous nous associons à l’hommage rendu à DJ Arafat décédé le 12 août des suites d’un accident de moto. Après une veillée funèbre animée au stade Félix Houphouët-Boigny par de nombreux artistes de renom, il a été conduit à sa dernière demeure, samedi, au cimetière de Williamsville qui avait été fermé par le District d’Abidjan pour, a-t-on dit, des travaux de réhabilitation. A ces instants d’ultime hommage à ce jeune loup du coupé-décalé, que peut-on retenir de sa vie de 33 ans ?

Plusieurs leçons à retenir de cette vie assimilable à celle d’une étoile filante dans le ciel. Une vie éclair. Mais intense. A la limite, parfois, d’une folie juvénile. Une vie pareille à celle que décrit l’écrivain Stefan Zweig dans son roman « Le combat avec le démon » publié en octobre 1994. Ouvrant, en effet, une lucarne sur la vie de HeinrichKleist, Friedrich Hölderlin et Friedrich Wilhelm Nietzsche, trois grands penseurs (poètes, dramaturges, écrivains et philosophes) allemands qui ont marqué leur temps, Stefan Zweig écrit : « Trois destinées fulgurantes et sombres, où les éclairs du génie créateur illuminent des vies brèves, en proie à l’excès, à la démesure, à la folie ».

Une des meilleures inspirations du coupé-décalé en Côte d’Ivoire, DJ Arafat, n’en demeurait pas moins un artiste à frasques. Ses démêlés avec certains de ses collaborateurs et collègues artistes semblaient donner de lui l’image d’un homme au commerce difficile. Nous n’entrerons assurément pas dans les détails de cette vie tumultueuse. L’heure n’est plus à cela mais à l’imploration de la Miséricorde de Dieu pour tout ce qu’il aura fait de mal ici-bas.

« Papa têtu ; maman têtue ; enfant têtu ; mais le travail est bien fait »

D’ailleurs, la meilleure réponse à ces critiques viendra de Tina Glamour, la mère de DJ Arafat qui, lors d’un concert de son fils, déclarait : « On ne regarde pas les frasques d’un artiste. Papa est têtu ; maman est têtue ; enfant est têtu ; mais le travail est bien fait. C’est cela l’essentiel ». Un travail bien fait reconnu, effectivement, par le monde entier qui lui a rendu un hommage posthume émouvant et grandiose, le week-end écoulé.

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Et ce, en dépit du couac qu’a été la profanation de sa tombe par ses fans, les « Chinois », comme ils sont appelés de par leur nombre impressionnant. Ceux-ci voulaient s’assurer que celui qui a été inhumé en ce douloureux samedi 31 août 2019 au cimetière de Williamsville était bel et bien leur idole, le roi du coupé-décalé, leur « Yôrôbô national », le « Daïshikan ».

 » En dépit de tout ce qui a été raconté sur la vie de DJ Arafat, ce que l’on retiendra véritablement de l’homme, c’est sa rigueur, son sérieux et son dynamisme au travail »

Mais au-delà de l’émotion, cette furie spontanée des jeunes, jusqu’à poser un tel acte, devrait faire réfléchir surtout quand on sait qu’un mouvement similaire de la jeunesse, aux obsèques de Roger Fulgence Kassy en 1989, avait été un signe précurseur des manifestations populaires qui ont abouti à la proclamation du multipartisme le 30 avril 1990. « Comparaison n’est pas raison », diront certains.

En dépit de tout ce qui a été raconté sur la vie de DJ Arafat, ce que l’on retiendra véritablement de l’homme, c’est sa rigueur, son sérieux et son dynamisme au travail. Qui lui ont permis d’être appelé le « roi du coupé-décalé » ; cette danse urbaine créée au début des années 2000 par un groupe de jeunes Ivoiriens ayant à leur tête Douk Saga. Décédé lui aussi dans la fleur de l’âge à 32 ans le 12 octobre 2006. Ce sont donc ces valeurs de rigueur, de sérieux au travail, de dynamisme, d’ingéniosité, de génie créateur, etc, que les jeunes devraient copier chez leur idole qui les quitte. Afin d’être, eux aussi, un jour, des talents mondialement reconnus dans leurs domaines d’activité.

« La vie ne nous appartient pas ; faisons-en le meilleur usage… »

Pour le reste, à l’instar de chaque être sur la terre, DJ Arafat avait ses qualités et ses défauts; ses hauts et ses bas; ses moments fastes et ses jours impairs. Il avait, en outre, de nombreux amis et fans. Mais aussi des détracteurs. Bref, une vie aux multiples facettes qui fera dire au Curé de la Paroisse Notre Dame de l’Incarnation de la Riviera Palmeraie, le Révérend Père Hugues Dimitri Assamoy, au lendemain du décès d’Arafat :« La vie, en tant que souffle, ne nous appartient pas. Elle est à Dieu qui nous l’a prêtée et qui nous la reprend quand il veut. C’est pourquoi nous devons en faire le meilleur usage possible pendant que nous avons encore la grâce d’en bénéficier ».

L’homme de Dieu en a profité pour prodiguer des conseils aux automobilistes et surtout aux motocyclistes abidjanais. Dont l’imprudence, l’indiscipline et l’incivisme n’ont d’égal que leur volonté de se conduire eux-mêmes au cimetière, pourrait-on dire. Pourtant « La vitesse tue, tuez-la », a-t-on coutume de dire.

« Que de mesures et de lois non respectées dans ce pays ! Et le comble, c’est que ce sont ceux-là mêmes qui initient ces lois qui les violent le plus ».

Malgré cette sagesse qu’on ne répétera jamais assez, combien sont-ils à ne pas se relancer à vive allure sur les routes quand bien même ils viennent de dépasser un accident de la circulation dû à un excès de vitesse ? Combien sont-ils à ne pas narguer voire injurier les agents des radars quand ceux-ci leur recommandent la prudence pour eux-mêmes et pour les autres ? Pour ne citer que ces cas.

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Mais ce sont là quelques observations et conseils d’usage afin d’éviter ce genre de drame qui endeuille tout un peuple comme le décès tragique de ce jeune artiste plein de talent. Le port de casque pour les motocyclistes ne devrait pas être négociable. Mais hélas ! Que de mesures et de lois non respectées dans ce pays ! Et le comble, c’est que ce sont ceux-là mêmes qui initient ces lois qui les violent le plus. Souvenons-nous de la célèbre phrase : « Tu sais à qui tu as affaire ? »

La balle est dans le camp des autorités

La mort accidentelle de DJ Arafat doit nous faire prendre conscience de toutes ces choses dénoncées plus haut. Car entre des sanglots et des larmes perlant sur nos pommettes, ayons le courage de nous appesantir sur les circonstances de ce drame et disons-nous qu’il y a quelque chose à faire pour que « plus jamais ça ! ». Plus jamais d’imprudence incontrôlée et impunie sur les routes.

« Un des meilleurs ambassadeurs de la culture ivoirienne, DJ Arafat, est entré dans l’immortalité. Comme tous les grands hommes. Le roi est mort. Vive le roi ! »

La balle est dans le camp des autorités que le Conseil national des droits de l’homme interpellait récemment sur leur laxisme vis-à-vis des « gnambro ». Ces autres jeunes du monde des transports qui règnent en véritables maîtres absolus sur les gares et qui ont froidement abattu un gendarme le dimanche 25 août dans la commune de Yopougon.

Pour terminer, un regard rétrospectif sur la longévité de certaines célébrités nous montre quelques similitudes en rapport avec leur rappel à Dieu. Retenons la vie de quatre de ces célébrités décédées dans la trentaine : Jésus Christ, selon les théologiens, est mort à 33 ans. Plus près de nous, la Star mondiale du Reggae, Bob Marley, est née le 6 février 1945 et morte le 11 mai 1981, soit un peu plus de 36 ans. Douk Saga, le père-fondateur du coupé-décalé, est né le 22 mai 1974 et mort le 12 octobre 2006 à 32 ans.

Son jeune frère et confrère DJ Arafat, un de ses meilleurs héritiers, le rejoint dans l’au-delà toujours dans la trentaine ou plus exactement à 33 ans (26 janvier 1986-12 août 2019). Et les deux férus du coupé-décalé sont morts un 12 du mois. Toute une méditation. Mais pour l’heure, disons-nous mutuellement « YAKO ! ». Pour cette perte énorme. Mais, comme l’on le dit généralement, les génies ne meurent jamais. Ils entrent dans l’immortalité grâce à leurs œuvres. Un des meilleurs ambassadeurs de la culture ivoirienne, DJ Arafat, est entré dans l’immortalité. Comme tous les grands hommes. Le roi est mort. Vive le roi !

ABEL DOUALY

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