Côte d’Ivoire : “Des individus empochent des milliards de l’Etat sur le dos des producteurs d’anacarde”

Le président de la société coopérative LONYA de Korhogo, Koné Moussa, par ailleurs administrateur du GIE-PROCACI (GIE qui regroupe les 4 Fédérations de la filière anacarde en Côte d’Ivoire) n’est pas du tout content de la façon dont se déroule la campagne de commercialisation de l’anacarde en Côte d’Ivoire. Dans cette interview, il dénonce les dysfonctionnements qui, selon lui, plombent la filière.

Comment se déroule la campagne de commercialisation du cajou  2019-2020 ?

La loi N° 2013-656 du 13 septembre 2013 mentionne tout haut et clairement toutes les prérogatives du Conseil coton-anacarde qui a remplacé l’ARECA. Mais le Conseil n’applique seulement que 10% de la réforme. Le conseil est devenu aujourd’hui un business center. Si non, comment comprendre que le directeur général du Conseil du coton-anacarde qui est une institution favorise un groupe d’exportateurs. Ce groupe a aujourd’hui le monopole du marché. En 2019, l’Etat a mis les fonds à la disposition de ce GIE-GEPPA à hauteur de 20 milliards FCfa pour la commercialisation. Ce fonds représentait une garantie auprès des banques qui ont mis les lignes de crédit. Ce n’est pas mauvais en soi. Mais ce qui est dangereux et mauvais, c’est qu’ils ont mis ces fonds au détriment des OPA que nous sommes. A savoir les sociétés coopératives agricoles. 

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Que voulez-vous dire par là ?

Nous voulons dire que lorsque les fonds ont été remis au GIE-GEPPA, c’était pour les remettre aux sociétés coopératives. Mais ils prennent ces fonds pour financer directement des coopératives fictives qu’ils mettent eux-mêmes en place avec des pisteurs véreux.

Avez-vous les preuves de ce que vous avancez ?

Nous avons des preuves palpables. Nous avons les preuves du système de commercialisation mis en place,   de 2019 à 2020.

Comment cela se passe concrètement sur le terrain ?

Le GIE, à travers son groupement, va payer le produit sur le terrain. Mais lorsqu’ils arrivent sur le terrain et qu’ils trouvent par exemple 10 mille tonnes de produit, ils prennent seulement 40 tonnes et ils laissent le reste.

Pourquoi cela ?

Parce qu’ils veulent faire croire au monde entier qu’ils prennent le produit à 400F/KG pendant que ce n’est pas le cas en réalité. L’Etat a fixé le prix bord champ à 400 FCFA/KG.

Mais dans quel intérêt ils ne prennent que 40 tonnes alors même qu’il y en a 10 mille tonnes ?

Aucun exportateur national n’a eu de contrat cette année. Lors de sa tournée l’année dernière à Niakara et à Dabakala, le président de la République a indiqué que l’Etat devrait subventionner 200 mille tonnes. Les exportateurs, avec la complicité de Dr Coulibaly Adama, DG du Conseil coton-anacarde, ont payé le produit à bas prix avec les 20 milliards FCFA reçus en plus des fonds de l’année dernière en entendant la subvention des 200 mille tonnes. L’Etat a fixé le prix bord champ à 400 FCFA/KG. 425 F/KG pour les magasins locaux et 484 F/KG, le produit  acheminé à Abidjan. Et ce sont les coopératives qui doivent acheter le produit et le convoyer à Abidjan. Mais les exportateurs font l’empotage et la mise en conteneur et on les paie automatiquement.

Ou alors le produit arrive à destination et ils sont payés. Avec les 484 FCFA, le bénéfice que les sociétés coopératives ont, est de 35F/KG. Parce que les 484, c’est y compris le transport. Il se trouve que les exportateurs prennent les fonds, ils contournent les OPA, et ils vont traiter avec les pisteurs qui ne sont pas reconnus. Au lieu de 484 FCFA/KG, ils paient le produit rendu à Abidjan à 250F. Quand on déduit 250F de 484, il reste 234F/KG. Lorsqu’on multiplie 234F par KG de produit rendu à Abidjan, ils se tapent assez de sous. Car quand on multiplie par 40 mille/KG, ça vous fait 10 millions 360 mille au chargement.

Koné Moussa à propos de la commercialisation de l’anacarde

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En février, mars et avril, ils ont payé le produit à bas prix à 225F/KG. Ils ont payé le produit bord champ à 100F, 150F, 175F ou 200F selon les endroits. Lorsqu’ils ont fait cela de février en avril, ce sont des milliards que des individus empochent dans la subvention de l’Etat et sur le dos des producteurs. Au regard de cela, le GIE-PROCACI qui est le GIE des producteurs, des OPA, à travers sa Direction, s’est manifesté. Ils ont animé des conférences de presse pour dénoncer.

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Marche-des-producteurs-danacarde

Et c’est à la suite de ces dénonciations que Dr Coulibaly Adama a fait une interview pour dire que le prix bord champ de 400F/KG est respecté. Pourtant, ce n’est pas le cas. Le prix bord champ n’est pas respecté. La preuve en est que le syndicat agricole à Odienné a marché récemment devant le monde entier. Il a fallu que le ministre de la Promotion de la riziculture, Gaoussou Touré, descende sur le terrain pour calmer les manifestants en leur confirmant une subvention de 35 milliards Fcfa pour la poursuite de la campagne.

Qu’attendez-vous au juste ?

Pour nous le Conseil du coton-anacarde à l’état actuel, en tant qu’institution n’a pas de problème. Mais le problème de la filière anacarde c’est le directeur général du Conseil, Dr Coulibaly Adama. Il ne maîtrise rien. Nous attendons concrètement de lui qu’il applique les textes de la réforme.

Qu’est-ce qu’il faut entendre par-là ?

Le DG ne doit pas cautionner le monopole. Il ne doit pas également cautionner les abus de pouvoir. Il ne doit pas non plus cautionner que les exportateurs payent le produit à bas prix. C’est tout ça qui a fait qu’on a dissous l’ARECA. Mais c’est le DG, Coulibaly Adama, qui est le promoteur d’un groupuscule d’exportateurs du nom de GIE-GEPPA qui a le monopole du marché de l’anacarde aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Dr Adama ne fait que financer, chaque année, ces groupes qui vont payer le produit à bas prix parce qu’il a une retro commission de 75F/KG sur ces opérations avec ses collaborateurs.

Avez-vous les preuves de ce que vous avancez ?

Je vous explique que Dr Adama a catégoriquement refusé les virements et les chèques en sachant qu’il aura une traçabilité qui pourrait lui être défavorable. On lui verse cet argent en liquidité.

Quelle proposition concrète que vous faites ?

Le Conseil coton-anacarde, à travers son DG, sait très bien qu’il y a 4 collèges dans la filière. Le collège des producteurs, le collège des exportateurs, le collège des acheteurs et celui des transformateurs. Le DG a mis à la disposition du collège des acheteurs, à travers le GIE-GEPPA des exportateurs, des subventions  pour l’achat de l’anacarde et le collège des producteurs n’a pas de subvention. Le Conseil n’aide pas le collège des producteurs. Nous disons non. C’est notre produit.

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Je suis producteur d’anacarde et tous mes délégués qu’on appelle les pisteurs sont des producteurs mais, ils sont dans les zones de production. Le problème, aujourd’hui, de la filière, c’est Adama Coulibaly. La solution est de prendre en compte le GIE des producteurs de la même manière ils ont pris en compte le GIE des acheteurs parce qu’il s’agit de notre filière. Tant que ce n’est pas fait, nous revendiquerons toujours nos droits. Nous allons nous plaindre. Nous avons déposé les dossiers à la Banque mondiale, à l’Union Européenne. La Haute autorité de la bonne gouvernance a été saisie. Nous exigeons la démission de Dr Adama pour que la filière se retrouve.

Interview réalisée par FRANÇOIS BECANTHY

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2 Comments

  • Nous producteurs de la Sous-préfecture de Sarhala, sommes de cœur avec LA TRANSPARENCE.

  • Il faut une très bonne organisation dans la filière

Commentaires

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