Côte d’Ivoire : Des directions érigées en ministères pour la « mangercratie » au restaurant RHDP

Alassane Ouattara et membres du gouvernement

Quand certains affirment que Monsieur Alassane Ouattara qu’ils ont connu entre 1989 et 1993 n’est plus celui qu’ils voient aujourd’hui à la tête du pays, ils ne croient pas si bien dire. Issu des Institutions financières internationales, portées sur la récession et l’austérité, il avait mis en place un plan de redressement et de rigueur quand il était Premier ministre.

Aujourd’hui, c’est lui qui en est à former un gouvernement de plus de 55 membres lorsqu’on y ajoute le Premier ministre et le ministre auprès du président de la République chargé des Affaires économiques et financières. A y voir de près, il s’agit de récompenser les militants actifs et mettre en train ceux qui semblent grogner pour non reconnaissance des services rendus.

Un gouvernement budgétivore qui voit des directions être érigées en départements ministériels. Passons quelques-uns au peigne fin : il y a le ministère auprès du Premier ministre chargé du Budget et du Portefeuille de l’Etat. Ce ministère fait naturellement doublon avec la direction du Budget qui était autrefois une composante du ministère de l’Economie et des Finances. Mais l’on est moins regardant sur ce département du fait de l’importance du budget pour un Etat.

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Adama Koné : promotion ou sanction ?

A côté, il y a le ministère auprès du Premier ministre chargé de la Promotion de l’Investissement privé. Cet autre ministère n’est qu’un Cepici bis et l’on n’est pas surpris que les deux aient le même responsable en la personne d’Emmanuel Esmel Essis. En outre, dans un gouvernement par ces temps de vaches maigres pour les populations, le ministère de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’Etranger ne devrait être qu’une direction du ministère des Affaires étrangères. Quand la Décentralisation et l’Administration du Territoire seraient restées des directions d’un grand ministère de l’Intérieur et de la Sécurité.

Et que dire de l’éclatement du ministère de l’Agriculture pour créer un ministère uniquement chargé de la Riziculture rien que pour récompenser l’ancien ministre des Transports Gaoussou Touré qui, depuis sa sortie du gouvernement dès l’avènement d’Amadou Gon, s’est montré actif dans le Denguélé en faveur du Rhdp ? C’est certainement ce dynamisme comparé à la tiédeur du ministre Adama Koné sur le terrain qui vaut à ce dernier d’être appelé au palais loin des réalités du terrain en matière d’économie et des finances. Là-bas, il agira plus comme un conseiller ou un directeur financier. Peut-être une promotion pour lui qui est dorénavant sous la tutelle directe du grand patron.

Quant au ministère de la Promotion de la jeunesse et de l’Emploi des jeunes, il n’est qu’une direction du ministère de l’Emploi. Par ailleurs, en plus de la Direction générale des Affaires maritimes, il y a désormais un Secrétariat d’Etat auprès du ministère des Transports chargé des Affaires maritimes. De même, un secrétaire d’Etat au renforcement des capacités s’ajoute au secrétariat national au renforcement des capacités (Snrc) dont Epiphane Bi Zoro était le premier responsable.

Pourquoi un tel émiettement des structures administratives ?

L’autonomisation de la Femme, devenue un Secrétariat d’Etat, n’est en réalité qu’une direction du ministère chargé de la Femme et de la Famille. Tout comme le logement social était un pan du ministère de la Construction et de l’Urbanisme. Quant au ministère de la Justice et des droits de l’Homme, il est assisté d’un Secrétariat d’Etat chargé des Droits de l’Homme qui, lui-même, a à ses côtés le Conseil national des droits de l’Homme, le tout dans un pays où l’opposition ne fait que dénoncer les atteintes aux droits humains.

 Bref ! Qu’est-ce qui peut bien expliquer un tel émiettement des structures administratives pour en faire des départements ministériels avec tout ce que cela suppose de dépenses exorbitantes alors que l’Ivoirien Lambda ne fait que pleurer sous le poids d’une paupérisation galopante ?

Nul doute qu’il s’agit de récompenser et encourager les cadres promus pour leur militantisme avéré en faveur du Rhdp. Mais aussi pour remettre en confiance ceux qui, comme le ministre Mamadou Sanogo, ne cachaient plus leur hargne vis-à-vis de certains cadres de leur parti qui semblaient les outrepasser dans leur propre région pour agir au nom du Rhdp.

Qui ne se souvient, en outre, de certaines grognes rapportées par la presse du juge Epiphane Zoro qui semblait, lui aussi, déplorer ce qui ressemblait à de l’ingratitude à son égard pour tout ce qu’il pense avoir rendu comme loyaux services aux tenants du pouvoir et au pouvoir lui-même. Son passage à la Cpi pour témoigner contre Laurent Gbagbo en est un témoignage. Pour ce qui est de la promotion du genre souventes fois chantée par les autorités, elle peut encore patienter. Dans ce gouvernement pléthorique où l’on prend les mêmes pour simuler le changement, il n’y a que huit femmes.

Un général des armées à la sécurité un an avant les élections

Enfin, nous terminons par le seul départ de l’équipe sortante en la personne de l’ancien ministre de l’Agriculture, Sangafowa Coulibaly, dont certains disent qu’il paierait pour sa proximité avec Guillaume Soro. Affaire à suivre, dirait l’autre. Mais c’est au pied du mur qu’on appréciera les membres de cette équipe gouvernementale que le porte-parole du gouvernement, Sidi Tiémoko Touré, appelle « une équipe de mission et de combat ».

De quel combat peut-il s’agir lorsque d’aucuns suspectent le général Vagondo Diomandé, ancien chef d’état-major particulier du président Ouattara, d’avoir été nommé afin de faire face à d’éventuels mouvements de mécontentement des opposants lors des futures échéances électorales ? Echéances dont les conditions de préparation sont bien loin de faire consensus. Et comme il fallait s’y attendre, le général rejette cette suspicion et rassure plutôt les populations, promettant d’assurer leur sécurité sans exclusive.

ABEL DOUALY

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