Côte d’Ivoire : Bédié, Soro, Duncan, Banny, Amon-Tanoh, Mabri…l’interminable liste des amitiés brisées de Ouattara

La démission du vice-président Daniel Kablan Duncan, le lundi 13 juillet 2020 vient d’allonger la longue liste des amitiés brisées par le chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Ces anciens compagnons ont été écartés par le chef du palais d’Abidjan ou ont préférés rendre d’eux-mêmes le tablier. Ouattara de plus en plus isolé ?

Innocent Anaky Kobenan

Innocent Anaky Kobenan, 72 ans, il est l’un des membres fondateurs du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), créé le 19 mai 2005 à Paris. Ce regroupement politiques se voulait le creuset de tous ceux qui étaient imprégnés, pratiquaient et vivaient la philosophie et les enseignements de feu le Président Felix Houphouët-Boigny. Il regroupait le PDCI-RDA d’Henri Konan Bédié, le RDR d’Alassane Ouattara, l’UDPCI d’Albert Toikeusse Mabri, le MFA de Kobenan Anaky.

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Mais depuis l’accession d’Alassane Ouattara à la magistrature suprême, le torchon n’a cessé de brûler entre le président ivoirien et l’ancien ministre des Transports jusqu’à l’emporter. Président-fondateur du Mouvement des forces avenir (MFA), Innocent Anaky Kobenan a dit ne pas regretter d’être parti du RHDP, coalition au pouvoir, en 2014. « Je n’ai aucun regret et le MFA n’a aucun regret pour une raison simple que le bilan de la gouvernance du RHDP de 2010-2011 à 2019, est catastrophique, il n’est pas bon », avait-il justifié.

Anaky, Ouattara, Bédié, Mabri et Soro RHDP
Anaky, Ouattara, Bédié, Mabri et Soro RHDP

Francis Vangah Romain Wodié

Francis wodie, 84 ans, avait été nommé Président du Conseil constitutionnel, le 25 juillet 2011, pour un mandat de six ans. Mais le lundi 2 février 2015 il a claqué la porte, trois ans et demie après, pour protester contre le fonctionnement de l’Institution. En effet, le Président-fondateur du Parti ivoirien des travailleurs (PIT) dit avoir démissionné en raison de pressions du Président de la République Alassane Ouattara, en vue de déclarer constitutionnellement conforme, une loi l’autorisant à ratifier le Protocole relatif aux amendements à l’Acte constitutif de l’Union africaine adoptée le 3 février 2003 en Éthiopie et le 11 juillet 2003 au Mozambique.

« (…) À l’occasion de la réunion hebdomadaire du mardi 13 janvier 2015, je fus convoqué et reçu par le Président de la République, le jeudi 8 janvier 2015, pour m’intimer l’ordre à brûle-pourpoint, de signer la décision. Quoi ? Monsieur le Président, me suis-je exclamé. J’étais abasourdi lorsque je m’entendis à nouveau ordonner de signer. La coupe était pleine, et je ne pouvais pas boire le calice jusqu’à la lie (…) », avait argué le professeur de droit sur la, question de sa démission.

Charles Konan banny l’ancien Premier Ministre,

Charles Konan Banny, 78 ans, candidat de la Coalition nationale pour le changement (CNC), avait annoncé contre toute attente le vendredi 23 octobre 2015 qu’il se retirait de la course à l’élection présidentielle, dont le premier tour était fixé au 25 octobre. « À partir de cet instant, je ne participe plus à ce processus inique. Ce scrutin ne sera pas sincère, transparent ni inclusif ». L’ancien gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), avait également marqué son opposition à « l’appel de Daoukro », par lequel Henri Konan Bédié avait demandé au PDCI de soutenir la candidature d’Alassane Ouattara.

Gnamien Konan

Gnamien Konan 53 ans, il fût plusieurs fois ministre de 2011 à 2016. Il était le président-fondateur, de l`Union pour la Côte d`Ivoire (UPCI), avant de démissionner pour créer la Nouvelle Côte d’Ivoire, dont il est le président. Il fût la deuxième personnalité à prendre ses distances après avoir été ministre de la Fonction publique au sortir de la crise post-électorale de 2011. Le vendredi 25 novembre 2016, il avait été mis fin à ses fonctions de ministre de l’habitat et du logement social. Cette sortie du gouvernement faisait suite au refus de ce membre du RHDP de s’aligner sur la décision du RDR et du PDCI de présenter des candidats sous la bannière du RHDP.

Gnamien Konan avait indiqué qu’il regrettait « d’avoir soupé trop longtemps à la table » du pouvoir RHDP. « Bien sûr que je regrette, par amour pour mon pays, d’être resté si longtemps-là. Ça veut dire quoi le parti unifié ? C’est plutôt dire le retour au parti unique, à la pensée unique. Il faut arrêter le RHDP. C’est une machine infernale qui va vous étouffer. Si les Ivoiriens ne se réveillent pas maintenant, ça va être infernal. Le RHDP, c’est véritablement la machine contre la démocratie », avait asséné l’ancien membre du RHDP.

Gnamien Konan, président de La Nouvelle Côte d'Ivoire
Gnamien Konan, président de La Nouvelle Côte d’Ivoire

Bamba Moriféré

Bamba Moriféré Président du Rassemblement du peuple de Côte d’Ivoire (RPCI), créé le samedi 24 mars 2012, par ailleurs Professeur agrégé de pharmacie, âgé de 75 ans, a été un compagnon de longue date de Laurent Gbagbo, qu’il a fini par abandonner pour se ranger derrière Alassane Ouattara au début des années 2000. Mais, depuis 2014, il affirme avoir soutenu Alassane Ouattara car « c’était le moindre mal ».

Après quelques années d’absence sur la scène politique, Bamba Moriféré, y est revenu de plus belle en 2016 à la faveur du débat sur la nouvelle constitution, au cours duquel il a appelé à voter « non ». « En 2010, j’ai soutenu Alassane Ouattara par défaut, parce qu’il était le moindre mal », avait fait savoir le papa d’Affousiatta Bamba-Lamine. Sa divergence profonde avec Alassane Ouattara provient selon lui, du « forcing » de celui-ci d’opérer par l’élaboration d’une nouvelle loi fondamentale.

Me Brahima Soro

Me Brahima Soro, qui jusque-là était inconnu sur la scène politique, a réussi, par une audace inattendue, à libérer l’ensemble de la classe politique ivoirienne. En effet, tous les bouleversements politiques de l’année 2018 sont partis de son « Non » au RHDP. C’était le samedi 28 avril 2018. Réunis au palais de la culture de Treichville, 94.87% des congressistes de l’Union pour la Côte d’Ivoire (UPCI), ex-parti de la mouvance présidentielle disent « non » au parti unifié du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), mouvance présidentielle.

Pour la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, des militants d’un parti politique refusaient d’aller à la soupe du pouvoir, à l’issue d’un vote démocratique interne. Me Brahima Soro a résisté au processus de destitution pour non-respect de sa signature pour le parti unifié après qu’un bureau politique a annoncé le samedi 9 juin 2018 qu’il a été démis de ses fonctions.

Henri Konan Bédié

Le Président Henri Konan Bédié, 86 ans, président du PDCI-RDA dont l’Appel historique de Daoukro en septembre 2014 avait permis à Alassane Ouattara d’avoir un second mandat de faire ses adieux à celui qu’il appelait « Mon Jeune frère » (Alassane Ouattara). C’est ainsi que le mercredi 8 août 2018, il quitta le RHDP. Et ce, après une grosse brouille avec Alassane Ouattara sur la question de l’alternance du pouvoir qui selon l’accord de Daoukro en 2014 devait permettre au PDCI-RDA de reprendre le pouvoir en 2020.

« Le PDCI-RDA se retire du processus de mise en place d’un Parti unifié dénommé RHD », indiquait le communiqué. Bédié estimait avoir été « spolié » de plusieurs centaines de milliers de voix en 2010, n’avait pas oublié qu’il avait soutenu Alassane Ouattara. L’alliance créée en 2005, à Paris, face à Laurent Gbagbo venait ainsi de prendre fin. Ouattara et Bédié, les deux alliés qui depuis 2011, avaient conquis et exercé le pouvoir, étaient désormais rivaux.

Guillaume Kigbafori Soro

Guillaume Soro, 48 ans, a rendu sa démission le vendredi 8 février 2019 de son poste de président de l’Assemblée nationale ivoirienne, à l’issue d’une brève session extraordinaire qu’il avait convoquée. « À cet instant précis, je rends ma démission du poste de président de l’Assemblée nationale », avait déclaré l’ancien rebelle. Soro avait été poussé à la démission de la présidence de l’hémicycle par le président Alassane Ouattara après avoir refusé de participer à la mutation fin janvier de la coalition au pouvoir, le RHDP, en un grand parti unifié.

Le mardi 28 avril 2020, le candidat à l’élection présidentielle de 2020 en exil en France, est condamné par le Tribunal correctionnel d’Abidjan à « 20 ans de prison; 4,5 milliards de FCFA d’amende et 2 milliards de FCFA de dommage et intérêt, la confiscation de la résidence, la privation des droits et l’émission d’un nouveau mandat d’arrêt ». Il est accusé de recel de détournement de denier publics et blanchiment de capitaux.

A lire aussi : Côte d’Ivoire : « Mabri le dernier des Mohicans a quitté le Restaurant du RHDP » (pro-Soro)

Marcel Amon-Tanoh

Marcel Amon-Tanoh, 69 ans, Ministre des Affaires étrangères avait remis le jeudi 19 mars 2020 sa démission du gouvernement dirigé par Amadou Gon Coulibaly. La décision d’Amon-Tanoh intervenait une semaine après la désignation d’Amadou Gon Coulibaly en tant que candidat du RHDP à la présidentielle d’octobre 2020. Celui-ci avait pourtant accompagné Ouattara dans sa conquête du pouvoir. Dans sa déclaration, l’ancien directeur de cabinet du président Alassane Ouattara témoignait sa gratitude au président Alassane Ouattara.

« (…) Je tiens à remercier le Président de la République, S.E.M. Alassane Ouattara, pour l’honneur qu’il m’a fait en me confiant des responsabilités au plus haut niveau de l’Etat, en qualité de Ministre Directeur de Cabinet, puis Ministre des Affaires Étrangères. J’ai travaillé à ses côtés en toute loyauté, en prenant toujours soin de lui faire part de mon honnête opinion en toutes circonstances. Chères sœurs, chers frères, À maintes occasions vous m’avez manifesté votre sympathie et votre soutien ; je vous en remercie du fond du cœur. Seule la grandeur de la Côte d’Ivoire, la justice, la démocratie et le bonheur des Ivoiriens ont constamment motivé mon engagement politique. Comme je l’ai toujours fait, je continuerai à mener ce combat avec vous », avait expliqué Amon-Tanoh.

Daniel Kablan Duncan Marcel Amon-Tanoh
Daniel Kablan Duncan Marcel Amon-Tanoh

Albert Toikeusse Mabri

Albert Toikeusse Mabri, 58 ans, président de l’Union pour la démocratie et la paix (UDPCI), par ailleurs membre fondateur du RHDP. Au cours d’un remaniement technique le jeudi 13 mai 2020, en conseil des ministres, Alassane Ouattara, avait mis fin aux fonctions de Mabri, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Il venait ainsi d’être limogé pour une seconde fois, après celle du vendredi 25 novembre 2016. Et ce, après que celui-ci ai contesté le choix de Gon Coulibaly par Alassane Ouattara pour porter le drapeau du RHDP à la future élection présidentielle d’octobre 2020.

« Je suis un homme de conviction et je préfère dire ce que je pense. Monsieur le Président, vous êtes le fils du Président Félix Houphouët-Boigny, qui nous a enseigné le dialogue. Nous nous appuierons sur le dialogue pour régler nos divergences. Ne prenons pas des engagements d’une heure dans une salle, qui par la suite ne reflèteront pas la réalité sur le terrain. Faites donc comme Félix Houphouët-Boigny. Travaillez à nous mettre en équipe », avait-il laissé entendre.

Daniel Kablan Duncan

Le dernier départ en date du navire RHDP, est celui du vice-président de la République, Daniel Kablan Duncan, 77 ans, un autre fidèle de Ouattara qui claque la porte. Il a remis sa démission le lundi 13 juillet 2020, qui a été acceptée par Alassane Ouattara. L’annonce a été faite par le secrétaire général de la présidence, Patrick Achi, alors que le pays est en deuil après le décès du Premier Ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, le 8 juillet 2020 à Abidjan à la suite d’un malaise.

L’absence de Kablan Duncan à l’aéroport lors du retour du Premier Ministre avait été remarquée. « Le Vice-Président de la République, Monsieur Daniel Kablan Duncan a remis au Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, sa démission du poste de Vice-Président de la République, pour des raisons de convenance personnelle, par une correspondance en date du 27 février 2020 (…) », a lu Patrick Achi.

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En somme, tout porte à croire que les alliés d’hier n’auront servi qu’à des faire-valoir. Chacun, tour à tour, se rendant compte a rompu son alliance avec le locataire du Palais d’Abidjan pour une autre destination. Alassane Ouattara va désormais en cavalier solitaire. Pour l’heure, la tactique: isoler un adversaire pour régner semble bien marcher. Mais jusqu’à quand tiendra-t-elle ?

Karina Fofana

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