Côte d’Ivoire : Alain Bada « Donwahi », le tragique destin du fils adultérin d’un milliardaire ?

Alain Bada et Charles Donwahi

La rédaction d’Afriksoir.net a reçu ce témoignage signé de Léon Saki, qu’elle a décidé de publier partiellement. Après plusieurs recoupements, il est apparu que le récit (nous avons volontairement retiré certaines parties), aussi surprenant qu’il paraît, est vrai. L’histoire d’Alain Stanislas Bada, le « dernier des Donwahi », le benjamin présumé du ministre Alain Richard Donwahi, relance le le débat sur les enfants adultérins en Côte d’Ivoire.

Corps chétif, démarche flegmatique et sans assurance, il ne reste plus qu’à ce fils de Charles Boza Donwahi, le dernier des « Goubêrou » de Soubré, que l’énorme tête et le visage par lesquels tout doute sur sa paternité est sans équivoque. Ce jeune homme traverse l’une des pires tragédies qui puissent arriver à un fils de milliardaire.

Son histoire pathétique et émouvante invite parfois à s’interroger pourquoi la cruauté humaine peut-elle atteindre un tel paroxysme ? Un enfant choisit-il sa famille avant de naitre ? Je me permets de rendre public cette histoire que le jeune homme me refuse depuis longtemps d’écrire parce que j’étouffe à garder indéfiniment secret une telle confidence.

Aussi parce que je ne voudrais pas avoir le regret de n’avoir rien fait pour ce garçon s’il arrivait, dans son état maladif, qu’il quittait cette terre des hommes. Ce scénario émouvant relatif à la vie de celui que tout le monde appelle EMPEREUR, est digne d’un film Hollywoodien qui pourrait même être exploité par les plus grands scénaristes.

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L’histoire de ce garçon commence à Soubré où sa mère tenait service à la Mairie en qualité de Secrétaire du Maire Charles Boza Donwahi, Député et Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire. L’homme qui fut la deuxième personnalité la plus influente en son temps après le président Houphouët-Boigny, entretenait des relations extra-conjugales avec sa secrétaire qui vivait en concubinage avec quelqu’un. De cette relation va naitre le 1er janvier 1978, le petit garçon à qui l’on donna le patronyme BADA, celui du mari de sa mère. Les seules personnes informées de l’existence de ce petit être innocent n’étaient autres que le chauffeur et la mère du Président Donwahi.

Compte tenu de son statut d’homme d’Etat, l’homme s’arrangea à garder secrète cette existence tout en prenant soin de s’occuper de lui par une allocation versée à la mère mensuellement. Cependant le petit garçon grandissait indifférent dans la misère sans savoir qu’il était le fruit d’un richissime homme politique. On dit chez nous que « le sang ne se perd jamais ». Coûte que coûte, l’enfant finit toujours par retrouver son véritable géniteur.

Dans le cas du petit Donwahi, tout est venu de celui qu’il a toujours pris pour son père. A chacune de ses petites gaffes d’adolescence ou bagarres avec ses amis de même âge, il lui lançait au visage ces mots : « je vais te faire partir chez ton père ». L’homme ne supportait pas de voir cet enfant, fruit de l’infidélité de son épouse. Très petit, il était encore loin d’imaginer le sens réel de ces paroles, jusqu’au moment où il atteint l’âge de la puberté. Ces mots ressortaient constamment et lui, remarquait que le prétendu papa manifestait une certaine animosité à son égard, ce qui n’est pas le cas de ses amis avec leurs pères. Il s’approcha un jour de sa mère pour lui faire part de son inquiétude : «Maman, Papa ne m’aime pas. Il ne me laisse jamais m’approcher de lui pour jouer comme le font les amis avec leur père. Plusieurs fois, depuis j’étais enfant jusqu’à maintenant, il m’a souvent dit qu’un jour il irait me déposer chez mon père. Maman, dis-moi, qui est mon véritable père ? »

La mère refusait toujours d’avouer la vérité à son fils préférant traiter son époux de vaurien. C’est dans cet atmosphère que décéda le richissime président Charles Boza Donwahi. Mais la mère restait toujours muette comme une muse jusqu’au jour où elle tomba malade. C’est sur son lit d’hôpital qu’elle avoua à son fils toute la vérité et lui donna les noms de ceux qui sont informés de cette histoire, notamment, le chauffeur et sa grand-mère heureusement encore en vie. Le petit garçon venait d’avoir son Baccalauréat et désormais se trouvait dans une situation d’abandon, sa mère son seul soutien était décédée. Que faire ?

Pour survivre, il fait son entrée à la Fesci cité de la Riviera 2 où il obtient une chambre. C’est dans cette cité universitaire que je fis sa rencontre parce que la famille Charles Boza Donwahi et ma famille étaient étroitement liées. Il resta très attaché à moi. Désormais considéré par tous comme mon petit frère, il avait le privilège de partager mes repas et passer tout le temps avec moi. Je l’ai même une fois envoyé au domicile de ma tante, magistrate hors hiérarchie, à la Riviera 3 Les Ardoises, qui fut la filleule de son père, pour voir comment réagirait-elle à sa vue. C’était un test pour moi pour savoir s’il ressemblait effectivement à son père comme le prétendent ceux qui ont connu l’illustre personnalité.

Elle me prit de côté pour me demander qui est ce jeune homme qui ressemble tant au Président Donwahi. Plus de doute, c’était son enfant. Ma tante me parla alors de la grande sœur du jeune homme appelée W… qui serait dans le même quartier qu’elle. Mais tout cela ne suffisait pas pour rendre vraiment heureux Empereur. Il lui fallait entrer en contact avec ses frères. C’est W… qui l’accepta et le garda chez elle à la Riviera 3 pendant une période avant de se séparer de lui suite à un problème de couple. Etant partie en France.

Empereur revint en cité où sa renommée était toujours intacte. Il se décida enfin à se rendre chez son grand-frère, au domicile familial à Marcory résidentiel. Mais toutes ses tentatives de rencontrer ses parents se sont heurtées au refus des gardiens de le laisser accéder au domicile familial. Il prit alors, un jour, la résolution de rester devant le portail jusqu’à ce que son frère l’y trouve. Quelques heures après, il aperçoit les gardiens ouvrir le grand portail, sans attendre, il s’approcha. Ces derniers l’avaient prévenu à plusieurs reprises qu’un jeune homme cherchant à le voir restait tous les jours au portail (…) Les jours passent et se ressemblent.

Il se rendit finalement compte qu’il y avait une volonté manifeste, de la part de son frère, de ne pas le recevoir ; ce qui n’est pas le cas au village où les parents l’ont immédiatement accepté et adopté. Même les tentatives des villageois de créer un lien entre le petit Donwahi alias Alain Stanislas Bada et son grand frère se sont heurtées au refus de ce dernier. Et pourtant le nom Alain donné par le géniteur et partagé par les deux enfants n’était pas fortuit. A défaut de donner son nom à l’enfant, il a préféré sauvegarder le lien parental en attribuant le prénom de son grand fils à son dernier fils. Bloqué dans ses études au niveau Bac+2 pour faute de moyens, très affecté par le fait de se savoir issu de famille aisée et croupir dans une misère indescriptible, Empereur traversait des moments d’affaissement moral et de mélancolie. Mais il n’abandonnait pas son projet de rencontrer son grand-frère Alain Donwahi afin de l’aider à terminer ses études universitaires.

C‘est alors que la providence va intervenir. Alain Stanislas Bada qui savait l’existence de son neveu CED au moment de sa présence chez W., apprit que ce dernier venait de prendre en location, une résidence à la Riviera Bonoumin, non loin de la cité universitaire de la Riviera 2 où il squattait une chambre. Ayant à l’esprit cette pensée évangélique qu’on ne peut aller au père sans passer par le fils, Empereur eut l’idée de se rapprocher de son neveu afin de lier amitié. Il fréquenta alors les environs de sa résidence où la plus part des étudiants de la cité universitaire venait manger le Garba.

Deux mois après, par un pur hasard, le jeune homme s’approcha d’Empereur pour un renseignement. Il fut satisfait et les deux garçons devinrent des amis. Ils commencèrent alors à se rapprocher et à partager des journées entières ensemble. Empereur est reconnu pour son esprit de sagesse et sa grande générosité. Apprécié de tous, il avait un caractère convivial et sans palabre. Toute chose qui plut immédiatement au fils d’Alain Donwahi qui demanda à son ami de venir habiter avec lui, loin de s’imaginer que c’était son oncle. Les deux garçons restèrent ensemble de longs mois jusqu’au jour où Alain Stanislas Bada alias Empereur décida enfin de tout avouer au petit Donwahi. Le jeune garçon n’en croyait pas à ses yeux.
C’est avec son oncle il vivait sans le savoir. L’homme à qui il remettait le petit déjeuner, qui nettoyait le salon, la chambre et la douche chaque jour ; l’homme qu’il envoyait faire ses courses et qui lui vouait un respect considérable, n’était autre que le dernier fils de son Grand-père, le frère de son père. A la fois ému et très heureux, il décida de créer le contact entre Empereur et son frère aîné (…) Il se heurta alors à son tour à une muraille de résistance sans pareil et finit par abdiquer. Quand le jeune garçon à son tour reçut l’ordre de se séparer de cet oncle encombrant, il le fit la peine dans l’âme (…)

Plusieurs années après le décès de son père, Alain Stanislas Donwahi continue de lutter contre la misère et la maladie. Au moment où nous mettons sous presse cette histoire, le corps chétif du dernier des « Gouberou » usé par la maladie et la misère squatte une maison inachevée à la Riviera Bonoumin.

Hélas, voilà que nous venons d’apprendre le décès du jeune homme, ce mardi 18 juin 2019, rongé par , la maladie et la misère. Adieu Empereur ! Tu viens de rejoindre ton père et ta mère. Tu auras la seule occasion de leur demander les raisons de ce qu’ils t’ont fait.

Précision : ce document devrait être publié depuis le mois de février 2019 mais ‘’Empereur’’ m’avait demandé d’attendre d’abord son OK. Mais voilà aujourd’hui qu’il est mort. J’ai décidé donc de le publier à titre posthume pour rendre homme à ce garçon intelligent et sage qui s’est vigoureusement battu avec la vie.

Léon Saki

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