Ahoussou au RHDP : « Ceux qui ne sont pas des militants de conviction sont partis »

Ahoussou, Duncan, Achi, Diby, Billon, Tanoh, autour de Bédié au PDCI

Avec le départ annoncé d’Ahoussou-Kouadio, c’est donc la totalité des ministres et présidents d’institutions PDCI-RDA qui se retrouve désormais au Rhdp unifié. Chacun y est allé à son rythme et avec son tempérament. C’est d’ailleurs ce qui explique que dans leurs rangs, il y a des timorés mais aussi des fougueux comme le ministre Kouassi Adjoumani qui, comme dirait l’autre, a vraiment « chargé le dossier Rhdp ».

Pour en faire une occasion de règlement de comptes aux responsables du PDCI-RDA y compris le président Henri Konan Bédié. Dont tout le monde sait, et lui-même en tête, qu’il est à l’origine de son ascension politique en le proposant comme ministre depuis le régime Gbagbo.

Les règles élémentaires de gratitude envers Bédié foulées aux pieds

C’est vrai que je suis personnellement de ceux qui pensent que bénéficier des largesses de quelqu’un ne devrait pas faire de vous un suppôt ou un lèche-bottes de celui qui vous a rendu service. Mais de là à fouler aux pieds les règles élémentaires de gratitude envers un bienfaiteur en le vilipendant sur la place publique et dans la presse, il faut vraiment être en politique pour le faire. Car ne dit-on pas que dans ce domaine, il n’y a pas de logique ? Tout est une question de lutte d’intérêts.

Hormis donc le ministre Adjoumani, qui a de la hargne dans ses propos et, dans une certaine mesure, son collègue Amédé Kouakou, qui se croit investi de la mission de « dompter » le V baoulé au bénéfice du Rhdp, tous les autres cadres du Pdci qui sont allés au Rhdp font preuve de retenue dans leurs discours. Nul n’ignore qu’ils ont adhéré au Rhdp unifié soit par conviction, soit par obligation pour éviter le courroux de celui qui nomme. Et préserver ainsi des acquis et autres privilèges liés aux fonctions qu’ils occupent. 

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C’est la raison pour laquelle beaucoup d’entre eux se contentent de déclarer, comme de bons apprenants qui récitent leurs leçons, que sans le Rhdp, il n’y a ni paix ni développement en Côte d’Ivoire. Dès lors, il faut, selon eux, adhérer au Rhdp pour pouvoir bénéficier des bienfaits de l’Etat et de tout acte de développement posé par le gouvernement.

Ces propos et attitudes totalement aux antipodes des normes républicaines sont, hélas, légion. Et ce, sans la moindre gêne de la part de leurs auteurs qui se frappent plutôt la poitrine à l’idée qu’ils sont désormais prioritaires en matière de projets et d’actions de développement. Or il est de notoriété qu’en politique, « la charité bien ordonnée commence par l’autre et non par soi-même ». C’est pourquoi, contrairement à certains reproches faits parfois à des gouvernants qui ne se focalisent pas sur leur région d’origine pour la construction d’infrastructures, ce qui est recommandé en politique, c’est de gouverner en s’ouvrant à toutes les régions, toutes les ethnies, toutes les religions.

Faire le distinguo entre les fonctions étatiques et celles réservées à un clan

Malheureusement, ce n’est pas ce qu’il nous est donné de voir sous les Tropiques où les gouvernants et leurs proches s’accaparent les biens et ressources du pays pendant que les populations broient du noir. En réservant les hautes fonctions administratives aux seuls partisans, les tenants du régime actuel pèchent gravement en matière de démocratie et de multipartisme qui consacrent le pluralisme et la diversité en tout. Car il faut faire le distinguo entre les fonctions et biens étatiques et ceux réservés à un clan.

Lors de l’investiture du délégué Pdci de Sinfra 2, le samedi 27 avril, l’ancien Premier ministre, Charles Konan Banny, disait bien à propos : « Les tabourets qu’on arrache sont les tabourets de la nation ». Il ne s’agit pas de tabourets, c’est-à-dire de fonctions, réservé(e)s aux seuls militants du parti au pouvoir. Il n’est donc pas juste de faire croire que lorsqu’on n’est pas au Rhdp, on doit quitter la fonction qu’on occupait. Cette perception des choses a prospéré avec le régime en place au point de contraindre tous les cadres occupant de hautes fonctions dans l’administration à adhérer au parti unifié.

En pareille situation, ce qui peut faire fléchir le pouvoir, c’est une opposition forte et déterminée qui, en toute légalité, agit de façon concertée pour dénoncer les actes malveillants. « Un parti politique, c’est le combat. Battons-nous pour aller de l’avant. N’envions pas les autres », conseillait le vice-président du Pdci et ancien ministre d’Etat, Emile Constant Bombet, aux militants, le 17 avril dernier.

« Ceux qui ne sont pas des militants de conviction sont partis »

Si tous ces cardes du PDCI-RDA, qui sont allés au Rhdp, s’étaient donné la main pour dire courageusement au Président de la République qu’ils soutenaient le président de leur parti dans le choix d’un cadre du Pdci comme candidat du Rhdp à la présidentielle de 2020, il y aurait certainement eu un début de fléchissement de ce dernier. Et si, malgré leur opposition à sa décision, le président Ouattara s’obstinait à faire ce qu’il voulait, il fallait alors prendre son courage à deux mains et créer le clash en démissionnant en bloc pour prendre l’opinion à témoin plutôt que de se rendre complices de cette grave atteinte à la démocratie qui consiste à imposer le Rhdp à tous.

C’est ce courage qu’a eu le jeune Soro Guillaume en acceptant de démissionner de la présidence de l’Assemblée nationale. Et c’est ce qui caractérise les grands hommes qui sont prêts à tous les sacrifices pour leur conviction. « Je ne vends pas ma dignité », disait-il, le 19 février dernier, devant ses parents de Ferkessédougou et des populations atchan venus le saluer après sa démission de la présidence de l’Assemblée nationale. Et d’ajouter : « Le Rhdp n’est pas ma maison ».

En optant pour le retour au parti unique à travers le Rhdp unifié, quasiment 30 ans après la réinstauration du multipartisme en Côte d’Ivoire, les cadres du Pdci pro-Rhdp ont fait un choix qui est loin de les honorer : celui de s’ériger en fossoyeurs de la démocratie et surtout de contribuer à fragiliser leur propre parti (oh sacrilège !) avec en point de mire, sa disparition au profit d’un autre. « Si réconcilier Bédié et Ouattara, c’est mettre le Pdci-Rda à la disposition du Rdr, nous n’en voulons pas », déclarait Maurice Kakou Guikahué, le 15 avril, face aux délégués du parti ; quand quelques jours plus tôt, le 26 mars, il disait : « Le PDCI-RDA est en train de faire son chemin de croix ».

Un sacrifice majeur qui ne saurait s’accommoder de marchandages et autres actes de fourberie. D’où cette assurance : « Ceux qui ne sont pas des militants de conviction sont partis. Le PDCI-RDA corrigera les lacunes de 2010 », dixit Kakou Guikahué.

A.D

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